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 Sleeping Beauty& Little Mermaid [Lilian ♥][Terminé ô/]

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Azil Azuro
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MessageSujet: Sleeping Beauty& Little Mermaid [Lilian ♥][Terminé ô/]   Ven 9 Mar - 18:48

J'ai tout donné au soleil. Tout. Excepté mon ombre.
Apollinaire

Azil s’étire, baille. Autour d’elle, tout est encore plus silencieux qu’à la coutume. Même les livres ne respirent plus. Elle regarde autour d’elle, de manière à apercevoir ne serait-ce qu’une personne. Rien. Elle se lève, chancelle un moment et se rattrape à une étagère. Depuis combien de temps est-elle plongée dans ce livre. Elle se souvient de l’histoire, de la fille qui voulait danser mais, faute de calcium dans les os, ne pouvait plus. Elle se souvient de son nom bizarre, encore plus que le sien. Car Plectrude, c’est tout aussi original qu’Azil. Elle prend le temps de remettre ses chaussures, petites ballerines rouges par un temps d’hiver, et remonte son pull vert sur son épaule. D’un geste lent et finement calculé, elle libère ses mèches rouges de l’emprise de l’élastique. Elle les sent dégringoler entre ses omoplates, inonder ses épaules. Elle sourit, repose le livre là où elle l’a trouvé, des heures auparavant et s’avance entre les rayonnages. Elle en oublie de regarder sa montre rouge. Elle s’en fout de l’heure qu’il peut être. Elle n’aspire qu’à rester dans ses rêves de lecture jusqu’à sa chambre. Là, elle reprendrait ses activités. Modeler un canard en fimo pour Akane, un goupix pour Shigeru, un lapinosaurus pour Hikari. Et écrire l’histoire qu’elle a en tête depuis la fin de sa lecture. Une danseuse qui souffre. Une ballerine légère, légère, légère, qui tourne, qui tourne qui tourne. Comme dans L’intrépide soldat de plomb. Dans sa poche, son portable sonne. Ce n’est pas l’une des sonneries enregistrées de son portable, pour les contacts privilégiés. Elle regarde le numéro. Inconnu. Hors de question de décrocher. Si c’était un garçon, il pouvait aller se faire voir. Elle débouche dans le couloir, face aux grandes fenêtres. Le soleil est là, lui aussi. Disque rouge.

Accoudée sur l’appui de fenêtre, Azil observe le rouge du soleil. Elle en a plein les yeux, s’aveugle de cette lumière trop vive, s’enivre de cet océan magique. Le rouge du crépuscule, il n’y a rien de plus magique. Elle aurait pu le regarder durant des heures, les yeux rivés sur l’extérieur et obstinément fixés au-dessus des arbres. Ne penser à rien. Sur le côté, son portable sonne depuis dix longues minutes. Elle s’en fout. Elle secoue la tête pour disperser la cascade rouge prenant sa source sur sa tête. Elle repousse son appui et prend la direction opposée à celle qu’elle voulait.

Dans les couloirs, il n’y a personne. Pas un chat. Ou si, quelqu’un, dans le fond, noyé dans la pénombre. Elle l’a vu grâce à la lueur de son portable. Elle continue d’avancer, son portable vibrant dans sa main. Elle le dépasse mais s’arrête quand il l’appelle. Elle se retourne, lentement et le regarde. Il se met à parler. Elle l’écoute mais met fin à la conversation en lui disant qu’elle est pressée et qu’elle n’a pas le temps de sortir avec lui. Pas le temps. Ni l’envie d’ailleurs. Oh, ça devait être un petit gars bien gentil, mignon tout plein et autre. Mais elle n’a pas envie. Elle repousse une mèche, s’excuse, lui dit qu’il n’a qu’à l’appeler dans quelque temps et s’en va. Elle rejette une mèche par-dessus son épaule alors qu’elle entend le garçon lui dire une dernière phrase. Il n’a pas intérêt à la retenir. Elle s’échappe, emprunte la porte donnant sur l’extérieur.

Depuis le ciel rouge, la nuit a continué sa lente progression. Le ciel est maintenant suffisamment sombre pour permettre à Azil de ne pas distinguer ce qu’il y avait au sol. Mais il reste quand même suffisamment clair pour lui permettre de voir ce qu’il y a, au loin. C’est d’ailleurs là qu’elle, au loin. Peut-être jusqu’à la remise du club de jardinage. Peut-être plus loin. Peut-être au mur d’enceinte. Peut-être. Oui, sans aucune certitude.

Son rêve d’évasion dans le parc aomorien s’achève quand sa joue percute la terre, quand son corps se vautre dans l’herbe, quand ses jambes touchent celles d’une autre personne. Azil prend quelques minutes à recouvrir ses esprits, se demandant encore ce qu’elle fait là et où elle est. Elle ouvre ses yeux, fermés sous le choc de la chute, et regarde les brins d’herbes en face d’elle. L’un d’eux, aventurier en herbe – haha le jeu de mots – ou prisonnier de l’emprise de la brise nocturne, s’avance pour lui chatouiller le nez. Elle se redresse avant que le végétal ne tente l’aventure. Elle frotte sa tête, regarde l’état de ses vêtements. Pose sa main à côté d’elle. Sur quelque chose de chaud, de mou. Un truc qui vibre, frémit, remue. Un machin vivant. Elle tourne les yeux. Lentement. Comme si ce qu’elle va voir pouvait être dangereux. C’est un garçon. Un garçon endormi.

« Lutin. »

Elle se dégage, retire sa main de la cuisse du gars et le regarde dormir. A quatre pattes, elle se rapproche de son visage et se demande ce qu’elle fait. Son doigt percute la joue de l’inconnu. Elle titille, tripote, triture. Elle l’agace pour le réveiller.

Uniquement parce qu’à cause de son sommeil, il a salopé son pantalon.



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Lilian R. Kurokawa
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MessageSujet: Re: Sleeping Beauty& Little Mermaid [Lilian ♥][Terminé ô/]   Ven 9 Mar - 19:48

Dans ses yeux nageaient des océans de douceur
Tandis que ses cheveux se muaient de l’amaryllis d’un soleil tombant
Aquatiques mèches sur ses épaules
Et la lueur de vie au sein de ses pupilles
Anonyme

As-tu déjà vu des mots danser sur une page ? As-tu déjà entendu le chant de ces mêmes mots résonner à tes tympans ? Ne te donnent-ils pas envie de danser ? Tu ne sens donc pas l’euphorie poignante qui enserre ton cœur dès que tu attrapes ton stylo et regardes ta page blanche ? Oh, si. Tu le connais ce sentiment. C’est ton préféré dans ceux que tu connais. Tu ne le nommes pas ; à quoi cela servirait-il ? Mais tu sais apprécier ces longs moments où ton esprit vogue au-dessus des nuages. Tu sais apprécier ces longs moments où le temps n’existe plus. Ces heures entières où ta concentration n’est que sur les lignes d’un cahier.
Tu as découvert cela, tu avais environ onze ou douze ans. Et tout de suite, ça t’a plu. Tu t’y es attaché très vite ; comme une drogue. Ce besoin irrépressible de laisser l’encre coucher les mots, les phrases sur du papier. Tu rêves dans ces moments-là… Tu rêves que tu as une plume entre les doigts ; pas un stylo ; et que l’encre est une encre noire comme la nuit ; pas bleue roy ; et que ton papier est un vélin rare au grain si doux que le mot le plus dur y trouve une rare consonance de bien-être. Tu trouves ça tout simplement magnifique. Seulement, des jours, les mots cessent de couler en même temps que le fluide bleuâtre de ta cartouche.
Alors tu attrapes un ouvrage au hasard. Qu’importe. Tant qu’il te plaît tu ne le reposes pas. Et tu lis. Tu y passes des jours… Parfois des nuits. Tu t’endors même dessus une ou deux fois. Mais tu lis. Jusqu’à ce que tes mots à toi reviennent, plus forts, et plus beaux que ce que tu pouvais t’imaginer. Parce que écrire est bonne chose, mais lire fait fondation d’un art qui se joue par la plume, le dessein des vies qui s’animent quand la pointe d’un stylographe frôle un buvard dont les lignes s’estompent à chaque passage de la main de l’écrivain.

Lilian, Lilian, Lilian… Mais tu es aussi flemmard, avoue-le. Donc aujourd’hui, quand les mots ont décidé de ne plus venir pour toi, tu n’as rien fait. Enfin si. Tu es sorti. Te changer les idées de cette manière était un bon choix d’un côté. Seulement voici des choses que tu n’as pu prévoir. Ou que tu n’as pas voulu savoir… Tu n’as aucune notion du temps, et encore moins de sens de l’orientation. Oh, mais tu n’es pas sorti du pensionnat, non plus. D’un côté, c’était une bonne chose. Mais tu as passé ta journée à vagabonder dehors, les mains dans les poches et l’air insouciant. Ah, oui ! c’était la belle vie ! Seulement cette belle vie n’allait pas durer. Au fond de toi tu le savais mais tu refusais de l’admettre. Depuis le temps que tu n’avais pas pu flâner ainsi sans te soucier de quoi que ce soit… Ce t’avait manqué !
Oui. Tu as donc passé ta journée à flâner ici et là. A flemmarder dans la joie la plus complète. Flemmarder, c’est le mot. Au bout d’un bon moment ; quelques heures ; tu es allé t’installer sur une pelouse. Allongé dans l’herbe tu n’as rien trouvé de mieux à faire que regarder le ciel et compter le coton des nuages. Ça t’a donné quelques idées. Mais sans plus. Si. Tu leur trouvais un petit intérêt, mine de rien. Oui. Après tout, ils t’avaient donné une petite idée. Que tu pourrais développer plus tard, bien évidemment. « Le perce-neige de l’océan » C’était pas si mal comme début. Bon, bien sûr, ce n’était pas encore du niveau de Baudelaire, ou d’Aragon, mais c’était un petit début. L’intérêt n’était pas de briller dès la première phrase.

Mais ça, c’était il y a des heures et des heures.

Le cours change,
Pierre au milieu de l’onde
Ruisseau apaisé d’un été
… Méfiez-vous de l’eau qui dort.

    “ C’était comme un inexorable ralenti. La poussière sèche, qui vole, le sang collant qui s’y mêle et agglutine encore plus les pauvres hères, qui se démènent pour s’en sortir. Ragnarök. Impitoyable Ragnarök. Par cent fois provoqué Löki n’aura eu que faire des supplications cachées derrière ces coups d’estoc. Pourtant, un seul se démarque du lot… Un seul. Et toujours le même. Toujours le même fou qui descend de selle et s’avance au-delà de tous les autres. Le même qui pointe la même direction avec ses yeux vairons. Le même qui tend la lame de son épée vers le nid du faucon, vers la tanière du dieu chaotique. Le même qui répète la promesse de tuer son ennemi… Le majeur et l’index dressés. Le regard défiant. Il pointe l’antre du démon de ses deux doigts, avant de les passer le long de sa gorge. Les mêmes mots.

    « Ska matris, Löki ! Meurs ! ne juge pas toi qui ne connais pas ! jamais. Je le sais ! jamais je n’abandonnerai, non ! je défendrai ma vie ! Tu ne nous tueras pas… Ta route est d’ores et déjà scellée. Tu ne peux rien contre ! l’Edda est déjà écrite… Ton avènement ne sera pas. Löki ! meurs ! meurs ! et nous nous reverrons en enfer ! »

    … Le même serment.
    Et nous nous reverrons en enfer. ”


Et pour dormir, il dormait, Lilian, en repensant malgré lui à ce petit passage sur le Ragnarök qu’il avait écrit ; grosse fixette sur la mythologie scandinave, dernièrement. Tranquillement allongé sur une des pelouses du pensionnat, la tête doucement inclinée de côté, l’air tranquille, une main sur les côtes. On aurait pu tirer un coup de feu près de lui qu’il ne se serait pas réveillé. Seulement voilà, double tranchant. Car si la plus grosse déveine n’a pas d’incidence sur son sommeil, une petite chose toute bête le fait revenir sur terre en moins de cinq minutes. Quoiqu’il ne se rendit pas compte de grand-chose.

Oh si. Il sentit bien quand quelque chose lui percute la joue. C’était assez succinct au début. Cela ne tarit pas. Au contraire, la gêne s’empresse de continuer. Elle existe, et veut se faire savoir. Lilian, lui, ne trouve rien d’autre à faire que bouger la tête en marmonnant quelque chose, très peu décidé à se réveiller… Il finit pourtant bien par ouvrir les yeux. Il lève machinalement une main pour se frotter les paupières. Un pur réflexe, paraît que ça aide pour le réveil… … C’était quoi déjà la phrase qu’il avait en tête tout à l’heure ? … Ah, oui. Le perce-neige de l’océan. Et pourtant ! les deux yeux qu’il voit… c’est tout à fait ça. Deux yeux bleus. Comme l’océan. Et un petit perce-neige, la lueur blanche de vie au milieu de la pupille. Le roux cligne des yeux. Il ne comprend rien, bien évidemment… ! Et puis il finit par tilter.
Il toise machinalement la jeune fille en face de lui, avisant le pantalon taché. Flûte. Il se mord la lèvre en détournant la tête. Ça lui apprendra à dormir n’importe où.

« … Je… désolé… »

Pas grand-chose d’autre à dire, d’un côté.
T’es tellement doué en même temps…


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Azil Azuro
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MessageSujet: Re: Sleeping Beauty& Little Mermaid [Lilian ♥][Terminé ô/]   Dim 1 Avr - 19:00

Il est grand temps de rallumer les étoiles.
Apollinaire

Azil le regarde dormir. Elle le regarder grogner, se retourner. Et le tout, sans que l’inconnu se réveille. Il doit être très fort, pour ne pas s’éveiller ainsi. Ou peut-être très fatigué. Elle, elle continue à appuyer sur son doigt sur sa joue. Elle se doute pas mal que ce geste, longuement répété, doit être agaçant pour la personne endormie. Mais comment réveiller une personne ? Crier les agacerait tous les deux. L’arroser serait une méthode vraiment sadique et inutile, puisqu’elle rendrait la personne endormie malade. C’était un garçon, elle aurait pu l’embrasser. Sauf qu’embrasser un parfait inconnu, aussi beau soit-il, ne faisait pas partie de ses projets immédiats. Parce que lui, pour être un inconnu, c’en est un. Azil est sûre de ne jamais avoir vu ce garçon, de près, comme de loin. Elle cligne des yeux quand elle voit sa main masser ses paupières alourdies par un sommeil qui aurait pu être encore plus profond s’il n’avait pas été interrompu. Alors ça y est ? Il va se réveiller ? Azil triture le bout de ses gants transparents, légèrement dorés au bout des doigts. Que va-t-elle lui dire ? Au fon, elle aurait peut-être dû le laisser dormir, là, au milieu de l’herbe sauvage, et passer son chemin. Oui mais son pantalon… N’était jamais plus qu’un pantalon, aussi orange soit-il. Il la regarde. Détourne rapidement le regard. Azil s’arrache à ses pensées quand il présente ses excuses.

« C’est pas bien grave. »

Mais alors, pourquoi l’as-tu réveillé ? Pourquoi as-tu tant insisté pour qu’il ouvre les yeux ? Tu en avais conscience, en plus, que la tâche d’herbe et de terre ne représentait pas un véritable problème. Tu le sais qu’elle partira comme elle est venue, avec de l’eau, du savon et ta force. Mais quelle force ? Et quelles mains ? Tu le sais que tu ne pourras pas frotter toi-même sans déchirer tes gants parce que tes mains brillent. Ou font briller. Tu devrais peut-être les plonger dans le Pactole, un de ces quatre. Alors, tu supplieras ta colocataire ou ton meilleur ami. Tu lui demanderas son aide en échange d’un pendentif cup cakes en pâte fimo. Parce que tu sais, Azil, dans la vie, rien n’est gratuit. Alors, tu repousses une mèche rouge, parce que tu ne sais faire que ça quand tu te perds. Et comme tu te perds souvent…

« Elle partira comme elle est venue. »

Ca s’en va et ça revient. Comme une chanson populaire.
Azil s’assied à côté de lui et enlace ses jambes contre sa poitrine de ses bras. Elle a arrêté de le fixer, préférant regarder le ciel. C’est joli, tout ce rouge, ce rose, cet orange et ce jaune. Ca se marie admirablement bien. Atrocement bien. Azil ressent un besoin vital d’incorporer du vert et du bleu électrique à ce charmant tableau. Certes c’est beau. C’est magnifique, même. Mais sa manie de désassocier les couleurs reprend toujours le dessus. Ainsi, elle favorise les tenues mélangeant le rose bonbon et le bleu ciel.

Elle noie ses yeux dans cet océan céleste jusqu’à ce que les ondulations colorées s’évaporent et que le ciel s’assombrisse. Elle avait tant cherché le rouge du soleil, cinq minutes avant. Et là, elle venait de voir disparaître ses derniers reflets. Le soleil doit avoir disparu de l’autre côté du monde. C’est triste comme fin. Elle voudrait tant qu’il revienne, qu’il caresse son corps en lui disant ‘Ah ! T’y as cru, mon Azil !’. Demain. Demain, il le lui dirait. Comme tous les matins, en somme.

A partir de ce moment, elle repose ses yeux océan sur le garçon. Elle ose lui sourire, rentrant sa tête dans ses épaules quand la brise fraîche lui caresse le visage. Elle n’a pas grand-chose à lui raconter. En fait, elle n’a même rien du tout. Ou des broutilles. Lui parler du soleil ou de la lune. Lui raconter un conte ou deux. Elle n’a rien.

« Sinon. Tu faisais quoi là, dans l’herbe ? »

A part dormir, évidemment.
Elle meuble comme elle peut, la pauvre Azil.




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Lilian R. Kurokawa
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MessageSujet: Re: Sleeping Beauty& Little Mermaid [Lilian ♥][Terminé ô/]   Dim 8 Avr - 20:21

Ce bleu rappelait l’onde
Salée, l’écume du soir,
Un clignement de paupières était une vague,
Qui venait s’abattre sur le sable
Fin et doux, qui façonnait son visage
Le feu du soir s’étalait,
Dans ces mèches sauvages,
Ondulées, comme les rayons d’un soleil timide.
Belle et insaisissable,
Comme le soleil dans les haubans,
… La muse.
Anonyme, II

Pas bien grave…

Pourquoi est-ce que ça ne te restait pas à l’esprit ? Pourquoi n’arrivais-tu pas à te concentrer sur ce qu’elle disait ? Te rendais-tu au moins compte que tu avais passé une bonne minute à fixer ses yeux… ? Sûrement que non. Tu étais plus concentré sur l’afflux massif de mots qui s’emparait de tes petites synapses. Ce n’était pas la première fois que tu connaissais ça. Et heureusement ! autrement, tu serais en train de paniquer comme un imbécile, avec une tête avoisinant celle d’un poisson rouge. Non. Ce qui te troublait c’était que ça n’arrivait que maintenant. Maintenant étant compris dans une période de grand vide ; du genre trou noir total. Plein d’idées de vers, de phrases, de mots épars ; te venaient en tête comme une évidence, tandis que tu avais tes yeux verts rivés sur les deux océans bleus qui s’étalaient devant toi. Tu notes tes idées dans un coin de ta tête. Tu regrettes de ne pas avoir un cahier et un crayon pour tout écrire ; quoique, à tout bien reconsidérer, c’est peut-être mieux ainsi, autrement, tu te serais déjà mis à écrire, et tu serais passé pour non seulement un taré, mais aussi un pur salaud. Tu pries juste pour ne pas oublier ces idées qui te viennent en tête.

    « La tour d'opale bleue sur le vélin blanc, comme la perle noire sur le ciel. Le manteau de neige fleuri du rouge de l'amaryllis. »


Tu ne faisais que t’attarder sur la partie supérieure de son visage. Chaque clignement de tes paupières était un nouveau mot qui se fixait dans ton esprit à n’en plus vouloir sortir. Tu devais avoir l’air un peu ahuri. Oh. Juste un peu. Tu n’avais pas encore l’air d’un poisson rouge. Tu gardais un semblant de dignité. Pour ton cerveau, c’était l’effervescence totale. Tes mains te démangeaient. Tu avais une furieuse envie de noter tout et n’importe quoi. Eh oui. Maintenant qu’elle t’avait réveillé, tu étais bien parti pour “composer” toute la nuit durant. Voire … Lui dire d’attendre, filer chercher ton cahier, ton crayon, ta musique, tes Mikados, et revenir pour écrire à côté d’elle, lui demander son avis, ce qu’elle préfère comme tournure de phrase. Seulement, hé !, si tu la plantes là, tu n’es pas sûr de la revoir. Pas sûr du tout. Tu restes là, donc.

Elle partira comme elle est venue…

Ah. Cette phrase, elle te marque un peu quand même. Puisque tu songeais justement à ce qui se passerait si tu lui disais d’attendre, sans plus de formalités. Eh oui. C’est le risque, Lilian ! qu’elle parte comme elle est venue ! et puis, bon. Pour une fois que tu rencontres quelqu’un qui n’essaie pas de te jeter à l’eau, ou de te subtiliser tes mikados… Autant en profiter ! non ? Enfin… Essayer de faire connaissance un maximum. Donc non, Lilian. Tu vas devoir attendre encore un peu avant de partir dans tes grands délires lettrés. Sinon, tu vas encore faire fuir quelqu’un d’autre que le prof de langues. Penses-tu donc ! peut-être qu’un jour, tu arriveras à intéresser quelqu’un d’autre qu’un prof, avec tes pages et tes pages entières de poèmes, phrases et débuts de récits jamais finis, à peine entamés. Oh si. Il y en a un que tu as vraiment très envie de continuer… Comment l’avais-tu appelé, déjà ? Ah ! oui ! Yggdrasill. Tu avais eu un gros coup de cœur pour la mythologie scandinave, trois semaines auparavant. Tu avais tenté de récolter des infos, tu t’étais bien débrouillé… ! Et maintenant, un classeur vert, avec écrit « YGGDRASILL » au marker noir, attendait sagement sur ton bureau, rempli de feuilles, d’idées éparses, de croquis des personnages, de morceaux de textes, de fiches pour lesdits personnages. Ton préféré étant le spectre herboriste et tante de deux protagonistes principaux. Tu n’as pas eu honte de mélanger scandinaves et celtes. Après tout ? Les civilisations sont proches et se sont largement influencées les unes les autres. Mais sinon, Lilian…

Elle partira comme elle est venue.

Eh ! pourquoi cette phrase te met un texte en tête, crétin ?

    « On n’aurait cru que sous ce ciel d’un azur aux semblants brisés, le rouge fragile du levant des jours du début d’été serait venu défier l’insolence des nuages, au gré de l’écume crème qui se fracasse sur les grèves dorées, pendant que les feuilles et les brins d’herbe, prennent leur teinte argent. Les chatons du bord de mer, petites plantes douces, si dorées qu’elles en deviendraient un or pur aux yeux du monde. Et que l’océan, fier au milieu de ces couleurs doux-pastel, gonfle son orgueil une seconde fois sous un ciel où le vert d’une pomme se mêlerait à l’orange du feu, pendant que se profile la ligne obsidienne de l’horizon. »


C’était assez chouette. … Non. Tu ne voulais pas qualifier ça de beau, parce que justement, tu n’avais pas l’impression que c’était “beau”. C’était joli certes. Ç’avait un certain style. Mais tu n’en étais pas encore au niveau de Baudelaire, d’Aragon, d’Apollinaire, ou que sais-tu, encore ! il y en avait eu tellement, dans le monde de la poésie. Tu avais abandonné l’art, la manière et l’idée de les compter.

Machinalement, tu t’étais mis à détailler son visage. Tes yeux, enfin ton regard, étaient passés sur ses lèvres, l’espace d’un instant. Fines, si fines. Mais pourtant bien là. Brusquement, tu as imaginé autre chose. Une autre phrase. Que tu pourrais bien caser dans une scène émouvante, dans le genre romantisme à la noix, ce genre de truc qui plaît si bien, l’air de rien, sournoisement. Eh oui, même toi tu donnes dans cette branche-là de l’écriture. A chacun son truc. Tu essaies un peu tout. Du coup, tu lis un peu tout. … Enfin presque. Certains ouvrages te restent encore totalement inconnus et surtout inintéressants.
… Et donc ? Cette citation.

    Tout doux, très aérien ; un petit air du temps façon papillon.


… HEHO ! Lilian ! on te parle, là ! Si tu sortais un peu de ta bulle de rêverie divagatrice ? … Tu serais capablde de ne rien entendre, en plus. LILIAN ! Si tu luis répondais, des fois ? T’as pas vaguement l’impression de la planter là comme une idiote ? Déjà que y’a pas grand-chose à dire pour l’instant, mais si en plus tu persistes à laisser un grand blanc ; on en verrait presque un aileron noir ; passer, ça ne va pas le faire ! du tout !

« … Ben… Bonne question… Je ne faisais rien, à la base, je crois. »

Doué, ah mais doué ! vraiment, hein ! Quoique, mentir n’était pas trop ton genre. Et c’était vrai. Tu ne faisais rien avant de t’endormir là, bêtement. Enfin si. Tu cherchais des idées. Et les idées, tu les as trouvées ! Juste que tu n’étais pas sûr de vouloir lui dire ; allait-elle comprendre ? mal le prendre ? La bonne question… !

« … Et toi ? »

Evidemment. On meuble avec ce qu’on peut. Pour l’instant, c’est vraiment pas gagné. … Et range ton envie d’écrire ! tes doigts pianotent déjà sur ton genou !


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Azil Azuro
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MessageSujet: Re: Sleeping Beauty& Little Mermaid [Lilian ♥][Terminé ô/]   Ven 13 Avr - 19:06

Mon verre s'est brisé comme un éclat de rire.
Apollinaire

Le silence qui se propage sur la nature comme la nuit, envahissante, qui dévore le jour. Et lui qui ne parle pas. Lui, à coté d’elle, allongé dans la pelouse comme elle l’a trouvé. Azil évite de trop le regarder. Et pourquoi ? Pourquoi les autres et pas lui ? Il en vaut également la peine. Il la vaut même cent fois plus. Les autres, en revanche, ne vaudraient même pas un dixième face à lui. C’est bizarre, n’est-ce pas, Azil ? D’habitude, ça ne la gêne pas plus que ça, d’observer les gens. Elle pourrait passer des heures, assise dans un coin public, à détailler les visages des gens qui passent devant elle. Elle détourne le regard après cinq minutes d’accroche. Cinq minutes durant lesquelles elle découvre qu’il a les yeux verts. Qu’il a un œil vert. L’autre, elle ne le voit pas. Elle ne peut pas le voir. Il est caché, comme ceux des Pirates, dans les livres. D’un certain côté, ça l’intéresse parce que des personne ainsi, elle en rencontre rarement. Jamais. Elle n’en rencontre jamais. En cinq minutes, elle avait remarqué ses cheveux. Du roux. Une jolie couleur qui brillait au soleil. Au fond, elle enviait cette couleur puisque la sienne, ce rouge si vif, n’était même pas naturel.

Et toi, Azil, qu’est-ce que tu fais ? Tu le regardais, il te regarde. Il te bouffe des yeux. Et ça pourrait te faire peur, tu le sais, ça, pas vrai ? Que tu as peur quand un garçon insiste trop longtemps en te regardant. Tu penses à chaque fois qu’il peut voir quelque chose, une cicatrice mal cachée, une racine noire déjà poussée. Tu deviens paranoïaque dans ces cas-là. Tu cours t’enfermer quelque part. Tu cours te regarder à ton tour dans une glace. Tu cours parce que le regard te dérange. Et lui ?

Sauf que lui, il ne ressemble pas du tout aux autres. Lui, elle n’a pas spécialement envie de le fuir. Avec lui, elle n’a pas spécialement envie de courir. Oui, juste rester là et tant pis si ses joues en deviennent rouge et tant pis si sentir ses yeux sur son visage la gêne. De toute façon, elle est fatiguée. Fatiguée de courir, d’éviter, de repousser. Fatiguée de se déguiser, de se cacher, de jouer au chat et à la souris.

Eh, Azil. Tu n’as pas vaguement l’impression d’avoir été plantée là comme une idiote ?
Parce que jusqu’à présent, tu n’as jamais obtenu autre réponse que celle du silence. Et te voilà au pied de sa tour de mutisme, à lui réclamer sa longue chevelure. Et tu n’oses pas le regarder, lui qui est enfermé dans son mutisme comme Raiponce dans sa tour.

Bonne question. Il ne faisait rien à la base. Il croit. Et ça, comme réponse, ça lui arrache un sourire. Ca lui arrache un regard dans sa direction. Elle se détourne légèrement, presque pas, pour le regarder. Azil resserre l’étreinte de ses bras autour de ses genoux, rapproche encore plus ses genoux de sa poitrine. Décidemment, il n’est pas comme les autres, comme ceux qui n’avaient que de bonnes raisons. Et toi ?

« Je fuyais. »

Pourtant, le garçon n’avait pas cherché à la récupérer. Ou peut-être avait-elle disparu trop vite ? Quoiqu’il en soit, elle avait oublié la sensation vibrante du portable qu’elle gardait dans sa poche. Elle ne sent plus rien. Non, il doit avoir laissé tomber l’idée de l’avoir pour lui seul.

« Et je cherchais le rouge solaire. »

Dis comme ça, Azil, il va avoir peur. C’est ça. Il va partir en courant. Regarde, il tape déjà son genou de ses doigts. Il a de longues mains. Tu as toujours aimé les longues mains. Juste parce que pour toi, ça protège. Mais le tapement de ses doigts contre sa rotule est bien là. Non pas que ça te dérange. Mais ça casse ton petit délire mental. Tu y as cru, toi ? Voyons Azil, ça fait longtemps que tu n’es plus naïve. Tu l’as réveillé parce que tu es tombée. Tu as insisté pour qu’il ouvre les yeux. Mais tu croyais qu’il allait être là, disponible, rien que pour toi ? Oh non, Azil. Il partira comme tu l’as trouvé. Tu n’es pas dans un conte, Midas, mets-toi ça dans la tête. Les histoires d’amour, ça n’a jamais été ton trip. Tu peux me rappeler comment tu étais tombée amoureuse, la première fois ? Tu lui étais rentré dedans. Il t’avait demandé comment tu allais. C’était comme dans un film, pas vrai ? Mais les délires de filles, Az, c’est fini. Tu es grande, maintenant, retiens-le bien.

« Ah. Je dois te déranger. Encore désolée de t’avoir réveillé. »

Au revoir ?
Azil pose ses mains au sol, prête à pousser son bassin vers l’avant. Prête à se lever.



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Lilian R. Kurokawa
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MessageSujet: Re: Sleeping Beauty& Little Mermaid [Lilian ♥][Terminé ô/]   Lun 30 Avr - 16:07

Douce, et insaisissable,
Une onde, un grain de sable ;
Image fugace et discrète,
Qui vient, s’ancre et s’entête.
Un mêle de couleurs,
Qui vont et viennent,
Unies comme sans peur,
A se faire vôtre pour se faire miennes.
Anonyme, III

Avoue, tu n’as rien écouté de ce qu’elle t’a dit. Depuis quand est-ce que tu écoutes quand on te parle, aussi ? Lilian ? Tu as ce mauvais réflexe depuis que ton père a décidé de jeter son dévolu sur toi. Depuis qu’il a décidé que tu étais la cause de ses malheurs. La cause de sa maladie. La cause de l’éloignement de la grande-famille. Ah bah, oui. Pour un peu que tu en es la cause. Et tu en as conscience. Seulement, voilà, ce n’est pas toi qui as décidé que ton père se marierait avec ta mère. Donc tu ne vois pas pourquoi tant d’acharnement. A ce que tu savais si bien, tu étais né un an après le mariage. Donc, à moins d’avoir eu une vie antérieure, ça ne pouvait pas être toi. Non, mais. Et puis quoi, encore ! ah, ça, oui. Tu considérais ton père comme le plus grand des crétins, et c’est sans doute encore vrai. Pourtant, tu l’aimes, mine de rien. Tu n’admets juste pas son comportement vis-à-vis de toi. Lilian, Lilian, Lilian… Mentalement il faudra que tu arrêtes de te buter et de n’entendre que ce que tu veux entendre. A être trop borné, on finit buté. Et, ça, tu le sais assez bien. Tu n’as encore jamais testé. Mais tes nombreuses disputes avec ton cher paternel t’ont conforté sur le sujet, cela va de soi.
Et donc. Si tu revenais sur terre pour l’écouter un peu. Il t’a semblé saisir quelque chose, en plus. Tu n’es pas sourd ; enfin si, seulement quand ça te chante ; juste aveugle d’un œil. Elle cherchait le rouge solaire ? ah, ça, tu aimes bien. La tournure de la phrase, tu aimes bien. Ça peut vouloir dire plein de chose. Le ciel rouge d’un couchant, le soleil carrément, bien sûr, ou alors la ligne d’horizon qui rougit quand le soleil descend… Tu n’as pas fini d’en chercher, sans compter qu’après les images crues, tu as toutes les figures de styles qui peuvent te venir à l’esprit concernant ce rouge solaire.

Mais, dis, juste comme ça. Tu n’as pas l’impression qu’elle est un peu spéciale pour toi ? Tu le sens pas, alors ? Parce que tu es trop occupé à la regarder. Sans doute. Elle t’intrigue. Ses cheveux… Rouges. Et puis, un rouge comme ça, ça ne doit pas être naturel. La teinture est bonne. De ce que voit ton œil valide, elle est même très bonne. Aucune racine de la couleur d’origine ne se distingue. Tu esquisses un léger sourire. Très bref, et surtout, très bête. C’était plus fort que toi. Tu n’as même pas eu le temps de passer à ses yeux. Tu détournes la tête. Avant de passer définitivement pour un cinglé. C’est vrai, ça. Pour une fois que ton cache-œil ne donne pas envie de faire une blague vaseuse et « à la r’voyure ! » autant en profiter.

Et avec ça, tu as une chanson dans la tête. Ça te change. D’habitude tu as des bouts de phrases, des morceaux de citations, pêchés au hasard dans des livres. Et là, c’est une chanson. Depuis toujours. Et pourquoi pas tout ton répertoire francophone, aussi ? Si ça continue, tu vas te mettre à chantonner. Non. On va éviter un truc de ce genre. A force de bouquiner, tu te crois presque dans un récit. Et d’ailleurs, si c’était vrai ? Après tout, qui sait si la vie n’est pas déjà écrite par on ne sait trop qui. Heureusement que tu es censé être mature, Lilian. Mais bon. On oublie que chacun a droit à ses moments de rêverie. Ses moments de « je ne fais plus rien comme tout le monde ». Parce que oui, des moments comme ça tu en as beaucoup, l’air de rien.
Tu regardes ailleurs. Tu regardes le soleil s’éloigner. Bientôt tu pourras enlever ton cache-œil et pouvoir voir les choses en entier. Et pas en demi comme maintenant. C’est pour ça que tu tournais la tête. Pour la voir en entier, elle. Eh oui ! à force, tu en as sacrément marre de ce cache-œil. Mais il faut bien te résigner. Autrement tu ne pourrais rien faire. Absolument rien. Le moindre rayon de lumière te brûlerait la rétine. Tu en as aligné, des nuits blanches, juste pour le plaisir de pouvoir garder les deux yeux ouverts comme si de rien n’était. Comme celle de la nuit dernière. Tu n’as pas l’air si fatigué que ça. Chance pour toi. Mais d’ici peu, tu vas de nouveau t’endormir, comme un idiot. Là. Au milieu de la pelouse. En attendant que quelqu’un tombe et te réveille.

Comme elle.
Comme une bande qui repasse.

Machinalement, tu tournes la tête vers cette jeune fille qui t’intrigue. Tu la vois poser ses mains au sol. Tu arques un sourcil. Elle va partir ? Loin de toi l’idée de l’en empêcher. Elle est libre de ses mouvements, après tout. C’est à elle de décider ce qu’elle veut faire. Seulement… Seulement, tu as envie qu’elle reste. Parce que tu t’ennuies. Tu étais venu là pour ne rien faire. Et tu n’avais pas prévu que tu t’endormirais. Et qu’en te réveillant tu aurais envie d’écrire. Après tout. Tes citations tu ne risques pas de les oublier. Mais tu as envie de les partager quand même. C’est vraiment plus fort que toi, tu as envie de partager ce qui comble les vides de ton temps libre.

Tu as maintenant un air ahuri. Assez vaguement certes, mais ça se voit. Tu hésites. Et tu vas encore le regretter au dernier moment. Ah ! ça non !

« Attends ! »

Est-ce que ç’a fonctionné ? bonne question. C’est comme si tu as avait arrêté de regarder.

« … Tu sais… Si tu ne m’avais pas réveillé, j’aurais probablement passé ma nuit ici. Je t’en suis plutôt reconnaissant. »

… Pâle sourire. Un peu nerveux, mais sincère. Au fond, ça te fait rire, l’idée de passer ta nuit dehors. Au réveil tu ne peux pas t’empêcher de t’imaginer des situations stupides. Et s’il avait plu ? s’il avait neigé ? Oui. A chaque fois, c’est plus fort que toi. Tu soupires légèrement. Il est peut-être temps pour les présentations, tu ne crois pas ?

« … Au fait… Moi, c’est Lilian. Enchanté. »

Si ce n’est plus, oui.


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Dernière édition par Lilian R. Kurokawa le Ven 11 Mai - 15:43, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Sleeping Beauty& Little Mermaid [Lilian ♥][Terminé ô/]   Dim 6 Mai - 17:44

Avant tout, les artistes sont des hommes qui veulent devenir inhumains.
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Au fond, tu aurais voulu qu’il te retienne. Ce n’est pas vrai ? N’ai-je pas raison ? Ca te ferait plaisir, qu’il te rattrape ? Qu’il court après ton ombre comme le prince qui court après une Cendrillon fuyante ? Qu’il te poursuive dans les couloirs comme le prince, invisible, pourchassant une Dorani voilée ? Et toi, serrée dans l’étau d’une princesse que tu n’es et ne seras pas, tu disparaitras. Comme Blanche-Neige qui s’enfonce dans la forêt. Il n’aura qu’à te retrouver, après tout. Qu’il te cherche s’il veut te revoir. Une femme, ça doit savoir se laisser désirer. Oh. Qu’il te cherche comme le prince aveugle recherchant Campanule. Ou Raiponce, selon les versions. Bon dieu, Azil. Arrête ces enfantillages. On dirait et croirait voir une gamine de treize ans qui croit encore que le prince charmant existe. Et tu vois ? Regarde où tu en es. A quinze ans, tu jouais encore à la princesse blessée. Et tu croyais que ton prince charmant, le beau gosse du coin, allait t’enlever sauvagement, par amour, sur son destrier blanc ? Pas de bol. Il t’a juste laissé en plant, en larmes, gênée comme une débile d’avoir osé lui dire que tu l’aimais. Mais oui, Azil. Comment une fille aussi moche que toi a pu espérer sortir avec un gars comme lui ? Plus tu y repenses, plus tu ne lui trouves que des défauts. Arrogance, égocentrisme, fausse modestie, manipulations diverses et variées. Et là, deux ans après ce coup porté à ton cœur, tu te remets à penser qu’au fond, ils ne sont pas tous pareil. Alors là, Midas, je ne te comprends plus. Encore un peu et on dirait presque que tu hésites à te lever. Comme s’il allait te crier…

« Attends ! »

Ca alors. C’est comme dans un rêve. Un rêve merveilleux qui se réalise. Arrête toi là, le remake de disney, ce n’est pas pour maintenant. Encore un peu, tu vas t’emballer comme une gamine pré pubère parce que ton inconnu t’a demandé d’attendre. Au fond, Azil, qu’as-tu à perdre ? Juste quelques minutes. Mais tu voudrais plutôt perdre des heures. Des heures assises dans le parc de l’école, à regarder les étoiles qui s’allument, à regarder dans le passé, comme on dit. Des heures assises dans l’herbe verte endormie, revêtue de sa couverture liquide. Des heures jusqu’à être transie par le froid. Sauf que tu n’es pas sûre de pouvoir maintenir une conversation pendant plusieurs heures. Surtout qu’il n’a pas l’air loquace, ton inconnu. Ah. Ton inconnu. Tu viens de remarquer que tu employais le possessif. Il ne t’appartient pas. Et il est certainement inconnu à Shigeru ou à Shiki. Cherry, tu n’e es pas sûre. Parce qu’elle connait beaucoup de monde. Tu penseras à le lui demander, une prochaine fois.

Elle repousse une mèche rouge derrière son oreille et se laisse tomber à nouveau sur le sol. Elle recroise ses mains sur ses genoux, comme une sage petite fille modèle et, clignant des yeux, lui lance un regard qu’elle veut interrogateur. Qu’est-ce qu’elle peut faire d’autre, en même temps ? Elle croise son regard. Vert. Emeraude. Un peu ahuri. Elle le voit. C’est un tout petit peu bizarre, n’est-ce pas ? Oh, allons, Midas ! Tu étais un roi, avant, ne fais pas ton timide ! Ursula n’a pas arraché ta voix pour l’enfermer dans un coquillage, ma sirène. Mauvaise pioche, Azil n’aime pas nager. Elle ouvre la bouche pour dire quelque chose mais le garçon la devance.

« … Tu sais… Si tu ne m’avais pas réveillé, j’aurais probablement passé ma nuit ici. Je t’en suis plutôt reconnaissant. »

Azil ose un sourire et effectue un mouvement de tête bizarre, un genre de révérence ou de salut, comme les messieurs dans la rue. Sauf qu’un morceau de phrase reste gravé dans sa tête. Il aurait passé la nuit dehors. Vraiment ? Elle ne peut s’empêcher d’imaginer toutes sortes de situations. Tout aurait pu se passer. Enormément de choses. Il y a elle, déjà. Elle qui lui tombe dessus comme une grosse débile de la vie. Il y en aurait peut-être eu d’autres. Des gars, des filles. Un surveillant, peut-être. Et il se serait fait engueuler. Au fond, elle le sauvait d’une paire d’heures de retenue.

« Passé ta nuit ici ? Mais… Et s’il avait plu ? »

Ou s’il avait neigé. Ca doit être marrant de dormir à la belle étoile. Mais Azil est bien trop frileuse pour passer la nuit loin de sa couverture. Elle l’entend soupirer. Elle pourrait partir mais c’est lui qui a voulu qu’elle reste. Elle ne sait absolument pas pourquoi.

« … Au fait… Moi, c’est Lilian. Enchanté. »

Lilian. C’est joli ça, comme prénom, Lilian. Ca change de tous les prénoms japonais qu’elle entend si souvent. Lilian, ça sonne bien, ça sonne beau.

« Moi, c’est Azil. »

Pas courant, hein ?
Dis. Est-ce que tu trouves ça joli ?

Le voir allongé dans l’herbe, ça pousse Azil à l’imiter. Elle se laisse tomber en arrière, bras contre le corps. Sa tête percute la terre dans un geste finement mesuré. De là, elle voit le ciel rosé. Le ciel qui vire au noir, au sombre. Azil tend la main vers les étoiles, vers l’infini. L’univers, on ne peut pas le toucher. Pourtant, elle, elle le peut. Et c’est une chose stupide que de le croire. Et elle, là, bras tendu, elle observe l’espace, les étoiles.

« Regarde. »

Non, Azil, pitié. Tu ne le connais pas, il ne te connait pas. Vous êtes parfaitement étrangers.
Retiens tes mots, dis-lui que ce n’est pas grave, que ce n’était qu’une connerie.

« En tendant le bras de la sorte, je peux toucher les étoiles. »

Et c’est une chose stupide que de le croire.
Mais tu me crois, non ?




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Lilian R. Kurokawa
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MessageSujet: Re: Sleeping Beauty& Little Mermaid [Lilian ♥][Terminé ô/]   Jeu 10 Mai - 19:50

Un éclat de rire. Comme l’envol de centaines d’oiseaux de mer.
Anonyme, IV

Là non plus, tu n’as pas écouté. Tu as juste senti ton cœur faire un bond quand elle s’est laissé retomber au sol, dans l’herbe. Un petit bond, succinct, très surprenant. Qu’est-ce que c’était, au juste ? Tu n’en avais pas la moindre idée. Tu t’es remis à la regarder. Tu n’attendais que ça, hein ? Avoue-le, Lilian. Tu ne sais pas vraiment pourquoi, mais tu as envie de rester là, discuter avec elle. De tout. De rien. Quand elle est retombée dans l’herbe, tu as regardé l’ondulation suivie par ses cheveux. Brève, mais lente. Comme une vague de soleil chutant sur ses épaules. Un éclat de soir. Tiens. Parlant de soir. Ce dernier tombe. Bientôt, Arsène pourra commettre son crime, son vœu le plus cher. Eh. D’ailleurs. Dans l’histoire… N’est-elle pas rousse, la comtesse de Cagliostro ? Lupin, pense plutôt à enlever ton cache-œil, quand la nuit sera là. Pour mieux voir. Non. Pour mieux la voir. Ton anonyme. Mais t’appartient-elle ? Mais mieux voir, oui. D’un côté tu attends le soir rien que pour ça. Tu attends de pouvoir voir des deux yeux. Maudit œil à moitié aveugle, et photosensible ! Si seulement tu avais pu naître … disons, “normal”. Mais non. Fallait-il que ton père y mette du sien dans ton ADN, forcément. Il ne pouvait pas te laisser faire ta vie, non. Après tout, c’est ton père, il est là pour te plomber. Hé ! Lilian ! grandis des fois. Mais tu n’écoutes toujours pas. Tu ne l’écoutes toujours pas. Tu restes là, bien sage, à attendre. A attendre que le dernier filin de jour se soit évaporé.
Tu sais que si la discussion s’entame, ce que tu espères, tu vas piquer du nez avant la fin. Si elle a une fin. Quelle discussion est jamais finie ? Celles avec ton père ? Ah non ! arrête avec ça ! Tu es au moins aussi bête que lui ! Hé ! ho ! Lilian ! si tu te mettais à l’écouter un peu plus, elle, pour de bon.
Et s’il avait plu ?

Mais cette phrase, si tu l’a entendue, tu ne t’en souviens pas. Qui s’en souviendrait ? L’herbe ? Les arbres ? Regarde ! même de là on devine que leurs feuilles sont vert sucré ! Oui. Sucré, un vert plein, vif, et printanier. Oh. Tu jalouses intérieurement et malgré toi ce vert chaleureux. Alors que tes yeux sont verts. Vert banal. Vert froid. Avec une touche de bleu-gris, au microscope. Eh ! et ta phrase ? Le vent ? Tu sais. La brise qui passe en chantonnant, comme une caresse, douce et succincte. Comme les feuilles façonnent la muse qui danse autour des genêts. Lilian, enfin ! redescends de ton nuage… !

Azil.

Son nom. Evidemment, que tu allais l’écouter ! Tu te focalises dessus. Azil. Azil. C’est beau, comme nom. C’est original. Unique. Elle est unique. Son nom, tu trouves qu’il lui va bien. Très bien, serait même plus juste. Tu ne sais pas pourquoi, mais tu trouves qu’il se marie parfaitement à la teinte amaryllis de ses cheveux ondulés. Tu ne saurais pas dire pourquoi. C’est comme une intuition. Tu souris. C’est plus fort que toi. Tout cet immuable te donne l’impression de nager sur une mer de coton. Tu voles presque pour de bon. Il suffit que tu crées un courant d’air trop fort, et c’est parti.

Tu la regardes s’allonger. Ses cheveux donnent l’air de former une étoile de mer, pourpre sur l’herbe sombre. C’est vrai que la lumière s’amenuise. Tu n’en as pas franchement besoin. On voit encore la barre pamplemousse du ciel, sur un fond citron-citron vert. C’est beau, toutes ces couleurs. C’est si peu ordinaire. Un nuage, c’est blanc, n’est-ce pas ? Mais si tu y regardes de plus près, est-ce vraiment blanc ? N’y vois-tu pas d’autres nuances ? Fais comme Grette, dans le roman de Tracy Chevalier. Regarde les nuages sous l’avisé conseil du peintre Vermeer. Avant que la perle ne luise dans le coin de ton œil. C’est beau. Comme une palette. Celle des jours nouveaux. Pourquoi… pourquoi forcément un jour neuf ? Va savoir. Tu ne cherches pas. Encore une impression.

Non, à la place, tu t’approches d’elle. Machinalement. Comme si tu voulais avoir son point de vue aussi. Son angle sur le ciel. Et el condor pasa, comme dit la chanson. Ecoute, écoute donc ! The sound of silence. Eh ! Lilian, grand rêveur ! … Regarde.
Oui. Elle t’a dit de regarder. Et toi, tu penches encore un peu la tête et tu regardes. Elle tend le bras. Elle l’a tendu et a ouvert la main, en lui disant pouvoir attraper les étoiles. Tu as un grand sourire sur le visage, et tu tends la main aussi. Oui, tu y crois. On peut toujours attraper les étoiles. C’est idiot, mais tu y crois. Grand enfant.

« … Et depuis Cassiopée, jusqu’au crabe c’est l’encre du crépuscule qui prendra le règne de ce qui fut l’orbe d’or et ses derniers fils, les rayons du rubis, et la touche verte d’une malachite éparpillée dans l’opaline bleue d’un énième soir. »

… Celle-là, tu n’as pas pu t’en empêcher. Ça te paraît absolument stupide, mais tu n’as vraiment pas pu t’en empêcher. Tu l’avais dans la tête ! Il fallait que tu dises ça. Il le fallait. Ça te brûlait presque la gorge. Tu as dessiné les constellations dans l’air, suivant les points reliés des constellations. Tu avais toujours ton grand sourire de gosse. Est-ce qu’elle t’écoutait ? Tu n’en savais rien. Et même si tu ne t’en fichais pas, tu n’y as pas pensé sur le moment. Tu ne pensais qu’aux constellations et aux yeux bleus de ton Azil. Ton ? pourquoi ton ? Ton Azil. Tu trouvais que ça sonnait bien. Et pourquoi sentais-tu ton cœur, cet imbécile, s’emballer dès que le nom de la jeune fille passait silencieusement sur tes lèvres ?

Tu as finalement tourné la tête vers elle. Il fallait bien, non.

« Tu connais les constellations ? »

Espère que oui. Espère que non.
Dans les deux cas, vous passerez peut-être un long moment à en parler.


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MessageSujet: Re: Sleeping Beauty& Little Mermaid [Lilian ♥][Terminé ô/]   Sam 26 Mai - 13:53

Je veux vivre inhumain, puissant et orgueilleux Puisque je fus créé à l'image de Dieu.
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Un mouvement dans l’herbe, juste à côté d’elle. Les cris étouffés des brins verts agonisant de douleurs. La douleur provoquée par deux corps humains qui écrasent et saccagent ce qui a mis des semaines à prendre vie. Un mouvement dans l’air qui caresse son visage, qui la fait frissonner. L’air qui joue avec ses longs cheveux rouges, créant ainsi une tempête de rubis. L’air qui voudrait qu’elle tourne la tête pour voir ce qu’il fait. Il. Lilian. Maintenant qu’elle peut mettre un nom dessus, elle en rosit presque de plaisir. Presque. Parce que même si son nom lui fait tourner la tête, elle n’est pas encore si stupide que ça. Sa main apparaît dans son champ de vision. Il a de grandes mains. De grandes mains protectrices. Arrête. D’un geste rapide des yeux, elle l’observe. Lui. Lilian. Il sourit. Comme un con. Comme un gosse. Il est adorable. Elle le trouve adorable. Et c’est une chose stupide que de le croire.

« … Et depuis Cassiopée, jusqu’au crabe, c’est l’encre du crépuscule qui prendra le règne de ce qui fut l’orbe d’or et ses derniers fils, les rayons de rubis, et la touche vert d’une malachite éparpillée dans l’opaline bleue d’un énième soir. »

Wow. Ca t’en bouche un coin, pas vrai ? Rien qu’en l’ayant vu, la première fois qu’il avait ouvert les yeux, elle avait deviné que c’était un rêveur. Qu’il était un peu perdu comme elle. Comme elle. Quand elle se réveille, quand elle se cogne, quand elle reçoit un choc. Ou quand elle sort d’une histoire, d’un film. Azil se perd. Mais a-t-elle seulement le choix ? A-t-elle vraiment une autre échappatoire pour fuir un père alcoolique ? Pour échapper à une vie qu’elle aurait souhaité ne jamais connaître. Se perdre, il n’y avait plus que ça.

« C’est joli ce que tu viens de dire. »

Oh, comme tu te trompes, Azil. Tu te trompes comme se trompe le savant quand il s’adresse au poète. Tu n’es pas la savante, Azil, mais tu te trompes. Tu ne fais pas partie de la science. Mais tu ne peux pas te prétendre poète. Tu es un rêve, un songe. Un mirage. Mais tu te trompes sur toute la ligne. Ce qu’il vient de dire, ce n’est pas joli. Tu ne peux pas dire que c’est joli. Parce que ce qu’il vient de dire, c’est magnifique. C’est innommable, même. Lilian, lui, il peut se prétendre poète. Tu peux le dire, Azil. Quand il parle, tu vois la scène, tu te représentes facilement l’or, la malachite et l’opaline. Tout devient clair dans ton esprit. C’en devient presque magique. Toi, quand tu écris, tu vois la scène mais tu ne sais jamais si les autres te comprennent. Pour cause. Personne ne touche à ton cahier. Pas même ton meilleur ami. Est-ce à cause de l’or dont tu le macules dès que tu écris ? Ou alors, c’est la confiance en toi et en les autres qui t’échappe ? Peut-être. Un nouveau déplacement d’air. A côté d’elle, tout proche. L’herbe crie à nouveau quand il tourne la tête. Elle peut presque sentir son souffle sur sa joue. Ca lui arrache un nouveau sourire. Un sourire de naïve. Azil, comme tu as l’air bête comme ça.

« Tu connais les constellations ? »

Azil tourne la tête vers lui et le dévisage, accrochant ses yeux au sien. Ca la perturbe quand même un peu, ce cache-œil. D’habitude, elle voit deux pupilles. Et là, il n’y en a qu’une. Un œil vert, qui la regarde, qui la fixe. C’est beau le vert, comme couleur. Elle l’avait déjà remarqué avant mais là, en le voyant, elle s’en rendait encore plus compte. Oui. Le vert, c’est tout aussi beau que le rouge ou le bleu. Et si, désormais, le vert devenait également l’une de ses couleurs préférées ? Pour lui. Lilian. Oh non. Ce serait débile. Ridicule. Tu rencontres un garçon et dans les dix minutes qui suivent, tu t’appropries déjà tout ce qui peut te le rappeler. D’habitude, tu ne t’y attaches pas deux fois de trop, aux garçons. Oh mais qu’est-ce qui t’arrive, Az ? Ca te change totalement de l’habitude. Mais où es-tu encore tombée ? Dans quoi t’es-tu encore fourrée ? Dix minutes que tu te sens toute chose. Dix minutes que tu as la sensation indélébile de n’être qu’une statue longuement détaillée par les yeux de centaines de personnes. Pour cause : il te regarde. Comme si tu n’avais jamais été observée, scrutée de la sorte. Et toi, tu le regardes. On dirait la petite sirène s’émerveillant béatement devant le prince inconscient. ‘Regarde comme il est beau…’ Le rose te monte aux joues. Quelle idée stupide que de t’identifier à une sirène de seize ans amoureuse d’un prince terrien. Tu ne lui ressembles pas mentalement. Toi, tu… Azil détourne les yeux à la suite d’un sourire rayonnant. Elle replonge ses yeux dans le ciel. Elle guette les étoiles. Et sinon, pour les constellations ?

« Quelques noms, souvent les plus connus. Grande ours, Petite ours. »

Au moins, tu l’avoues. Si les étoiles t’ont toujours fait rêver, tu reconnais n’avoir jamais réussi à les distinguer. Pour toi, l’étoile du Berger était juste l’Etoile du Soir. Celle qu’il faut prier avant de s’endormir afin de trouver le prince charmant. Et tu le fais, Azil. Chaque soir, un énième chapelet de prières adressées à l’Etoile. En même, l’Etoile du Berger n’est-elle pas la planète Vénus ? Vénus n’est-elle pas la déesse de l’Amour ? Vois comme chaque chose est liée, Azil.

« En fait, je crois n’avoir jamais été capable de restituer les formes… »

Mais une question te brûle cependant les lèvres. Un question que tu meurs d’envie de lui poser mais dont tu t’abstiens.
Tu m’apprends ?




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MessageSujet: Re: Sleeping Beauty& Little Mermaid [Lilian ♥][Terminé ô/]   Sam 2 Juin - 10:37

Je jure que non, c’est un serment. Mais j’admets t’aimer.
Anonyme, V

Ah, oui. Evidemment. Il fallait que tu te mettes à rêvasser. L’avantage, et pour une fois, c’est que tu l’écoutes quand même. Pour une fois, oui. Cas de le dire, Lilian ! C’est drôle, en fait. Il y avait cinq minutes encore, tu voulais rentrer pour te lover sous ta couette ; et probablement : dormir. Et là, tu n’as plus du tout envie de partir. Tant qu’elle sera là, évidemment. Bah oui. Si elle s’en va, ça ne servira à rien de rester dehors. Sauf pour fixer les étoiles, seul sous la voûte encre marine. Moui. Ça ne te tentait pas. Surtout que, bon, si un surveillant vient à passer… tu es quitte pour quelques heures de colle. Attends un peu… ! Et si un surveillant passe là, maintenant, tout de suite ? Tu te dis que quitte à être collé, autant l’être avec elle, non ? Autant ne pas l’être seul. Non ? Oh, non. Tu ne te le dis pas. C’est tellement égoïste. Tu ne te le dis pas. Mais… tu pourrais. Oui, c’est vrai. Tu pourrais. Tu attends, en fait. Ce que tu as dit, avant, c’était si étrange que ça ? Tu n’y as pas réfléchi. C’est sorti comme ça, tout seul. Tu n’as pas pensé à l’impact que ça aurait ; si tant est que c’en aurait un… Tu as peur de ce petit silence.

« C’est joli ce que tu viens de dire. »

Tu te sens rougir. Oui. Le rose te monte aux joues. Si ce n’est le rouge, carrément. La dernière fois que tu as réussi à exposer quelque chose comme ça à l’oral, c’était devant ton père. Et, comme d’habitude, celui-ci avait critiqué. Evidemment ! il n’était bon qu’à ça, te ton point de vue. Il t’avait… comment dire ? non, pas rabaissé… plutôt… houspillé. En fait. Ouais. Au final, le message résultant est le même : ça ne sert à rien, tu ne sers à rien ! … Alors, oui. Tu rougis pour un commentaire. Et tu t’en fiches, d’ailleurs. Tu n’as pas vraiment l’habitude. Tu avais peur après ta simili-tirade, malgré ton grand sourire, ton air de rien. Ton cœur fait un bond derrière tes côtes. Ça fait bizarre. Et ça te fait sourire encore plus. C’est drôle. Tu as l’impression de planer ; impression, seulement.
Oh ! Lilian ! … si tu revenais sur terre ?
Tu tournes la tête vers Azil. Elle ne connaît pas les constellations ? Pas toutes ? … Tu prends ça comme une occasion de lui apprendre. Ça tombe bien, non ? … Et d’un côté, ça va te rappeler, les cours de primaire. Quand tu harcelais presque ton professeur au sujet des étoiles. Tu as toujours été fasciné par ces choses. Bien sûr, en primaire, tu ignorais que les étoiles sont des entités gazeuses. Tu t’en moquais. Gamin que tu étais, tu y voyais plein d’autres fantaisies. Plein d’autres choses ! Mais bon. Tout curieux que tu étais, aussi, à cette époque-là, tu as vite appris ce qu’est une étoile en réalité. Dès lors tu as dissocié tes rêves, ton imaginaire, et la réalité. Un enfant un peu précoce, faut-il croire. Tu n’as jamais été normal, Lilian. Preuve en est. Après avoir appris la réalité d’une étoile, tu laissais quand même ton réel et ton irréel se mélanger un peu. Parce que c’est important, mine de rien.
Tu souris à Azil. Avant de te relever un peu.

« … Wait. »

Encore.
Eh, mais… dis ? pourquoi tu as parlé anglais ? C’est quoi ce vieux réflexe stupide ?
Tu te lèves, changes de place. Tu es juste un peu plus près d’elle. Tu cherches une constellation des yeux, enfin… de ton œil, surtout… Tu finis par en voir une. Tu esquisses un sourire. Tiens ? tu n’avais pas parlé de crabe, juste avant ? Non mais… ! regarde-moi cette coïncidence ! C’est assez étonnant, non ? Tu lèves le bras, et dessines l’ensemble des étoiles du doigt. Tu suis leur sinueux cheminement.

« Celle-là, c’est celle du Cancer. … Je ne pensais pas qu’on pouvait la voir à cette période de l’année. J’ai dû rater quelque chose… »

Ou alors rien. Ah ! tiens ! on voit Vénus aussi. Petite ourse, Grande ourse. Des classiques : des casseroles. Ça te fait sourire un peu plus. Oui. Pour un peu, tu rirais. Mais bon. Tu te remets à chercher des constellations dans le ciel, tu les dessines dans l’air. Tu as l’air de chercher Cassiopée. C’est le nom de cette “entité” qui te donne envie de la voir. Tu pointes des étoiles au hasard, tu leurs cherche un chemin, un nom, même. Arrête, avant de rire. Tu as envie de rire ! Tu vas passer pour un fou. Ah, ce serait bête. Même si le ridicule ne tue pas. Ce serait très bête. Azil existe toujours pour toi, non ? Oh, que oui. Tu veux juste partager avec elle ta fascination pour les flammèches blanches des cieux encre de chine. Tu penches la tête de côté, en fixant le ciel. Tu le fixes depuis longtemps. Cancer te turlupine. Tu ne trouves pas qu’elle a la forme d’un crabe, cette constellation. Pourquoi cancer alors ? Evitons l’humour noir. Bof. Les deux ourses sont bien des casseroles Ikea, ce n’est pas franchement mieux.
Combien de temps s’est-il passé ? Tu ne sais pas. Tu n’as pas de montre. Ton portable n’a plus de batterie. Et tu l’as oublié dans ta chambre. De toute manière, tu n’allais pas regarder l’heure avant le début de la conversation pour comptabiliser le temps. Ça fait triple. Tu te mets machinalement à triturer le fil de ton cache-œil. Il n’y a plus de lumière. Du tout. Tu peux l’enlever, là, non ? Tu hésites.

Ah, oui. Pour hésiter, tu hésites. Et pas qu’un peu. … Tu penses à Azil. Et si elle avait peur ? Ce ne serait pas vraiment le moment d’effrayer quelqu’un. Et puis… Elle n’a rien demandé, non plus. Mais d’un côté, tu en as ras-le-bol de ce cache, et de l’œil photosensible qui va de pair avec. Eh oui. Fallait que tu aies ça, c’est génial, non ? Pas moyen de t’en débarrasser, ça non. Il te faudrait un miracle. Et puis un vrai. Pas le demi-miracle… Tu n’as jamais été croyant, de toute manière. Autant prier Dieu pour que l’état de ton œil empire, tu sauras s’il existe comme ça. Tu préférerais encore un spectre comme animal de compagnie.
Tu soupires un peu.

Et puis tu te tournes vers Azil.

« … Ça te dérange si je… l’enlève ? »

Tu pointes le cache de l’index. Il est à toi. Tu n’es pas censé demander si tu peux l’enlever. Censé, c’est le mot. Tu ne veux pas non plus faire peur à ton Azil pour qu’elle ne revienne plus jamais. … Tu as envie de repasser un long moment à discuter des constellations avec elle. Emmener une carte du ciel, des Mikados, un thermos de thé, et rester des heures à regarder la voûte étoilée. Un soir d’août. Ce serait bien, non… ? … Ah ouais. Tu as oublié le couvre-feu du pensionnat. Mais tu t’en fous un peu, pour tout dire.
Et ton œil… ? Photosensible, presque aveugle. Tu as vraiment envie de retirer ce cache, d’ouvrir l’œil et de voir correctement. Mais bon.
Faut avouer, qu’on fait mieux, en matière de rencontre.

Tu approches tes doigts du fil. Tu es prêt à l’enlever. Même si tu dois garder l’œil fermé, en fait. C’est juste retirer ce… ce truc que tu as affreusement envie de faire. Le laisser là, dans l’herbe. L’oublier, même. … Tu auras juste un peu de mal à revenir dans les couloirs. Quoique. A la rigueur, tu t’en moques.

Bon. Tu l’enlèves, aussi ?


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Azil Azuro
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MessageSujet: Re: Sleeping Beauty& Little Mermaid [Lilian ♥][Terminé ô/]   Dim 24 Juin - 17:30

Et ma vie pour tes yeux lentement s'empoisonne
Apollinaire

Ca faisait quand même un peu cliché.

Les étoiles étaient un rêve inaccessible pour Azil. Les étoiles avaient été les seuls points d’ancrage auxquels elle s’était vainement accrochée durant les quinze premières années de sa vie. Chaque soir, elle avait guetté les étoiles. Chaque soir, elle avait fait des vœux divers. Faites qu’il meure. Faites qu’il m’aime. Faites qu’elle revienne. Faites qu’ils me sauvent. Azil avait espéré de toutes ses forces que les étoiles réaliseraient ces souhaits auxquels elle tenait tant. Et chaque soir, réglée comme une horloge, elle se plaçait devant sa fenêtre, à l’heure où elle était sûre de voir ces entités célestes réunies dans le ciel. Et chaque soir, elle répétait le même chapelet de souhaits. Elle demandait la mort, l’amour, le sauvetage et la renaissance du phoenix. Chaque soir, c’était pareil. Azil s’adressait également aux fées. Parce qu’elle y croyait. Elle refusait de penser qu’il n’y avait pas de fées dans ce monde. Sauf qu’elle n’en avait jamais parlé à personne. Elle savait aussi qu’on se moquerait clairement d’elle si elle l’avouait. Azil avait déjà ressenti de la jalousie envers les princesses des contes, celles pour qui les fées étaient des marraines. Azil aussi aurait voulu d’une fée pour marraine.

« … Wait. »

Attends.
Azil cligne des yeux et évapore les fées de son esprit. Devant elle, les étoiles. Etalées dans le ciel noir comme des éclaboussures pâles sur une feuille sombre. Elle entend Lilian bouger dans l’herbe. Se rapprocher. Azil ne cherche même pas à s’éloigner. Ca ne la dérange pas. Pour une fois. Il faudra qu’elle en parle à Shigeru. Elle sait qu’il ne pourra pas lui donner d’autres conseils que celui de la prudence mais elle avait besoin de lui parler. Juste pour éclaircir ses idées. Parce que là, elle venait d’ajouter, sans en avoir réellement conscience, un nouveau vœu à sa liste. Son bras revient dans son champ de vision. Des yeux, elle suit le trajet qu’il dessine dans l’air. Elle observe, point par point. Il est fort, quand même. Celle-là, c’est celle du cancer. Il en avait parlé, avant, non ? En parlant de Cassiopée et du Crabe. Cancer, en latin, ça veut dire le crabe. N’est-ce pas, Azil ?

C’est bizarre quand même, d’entendre une voix comme la sienne et d’avoir froid. C’est peut-être parce que tu es dehors, Azil. Et que tu n’as pas grand-chose sur toi. Au fond, c’est une chance qu’Azil soit sortie de la bibliothèque alors que le soleil se couchait. S’il avait déjà fait noir, elle serait probablement rentrée dans sa chambre et ne l’aurait sûrement pas rencontré. Et comment l’aurait-elle rencontré, alors ? En le percutant dans un couloir ? En s’asseyant près de lui à la cafétéria ? En connaissant un ami commun ? Peut-être ne l’aurait-elle pas rencontré, en fait. Azil quitte les étoiles des yeux et observe Lilian, à côté d’elle. Il a un sourire de gosse, quand même. Il a l’air heureux. Du doigt, il dessine dans le ciel, il recherche les étoiles. Ca fait combien de temps qu’ils sont là, dans l’herbe ? Peut-être une éternité. Azil ne sent plus le poids de son portable dans sa poche. Pourtant, elle sait qu’il est là. Il a juste arrêté de sonner. L’idée de regarder l’heure ne lui vient même pas à la tête. Regarder l’heure, ce serait se rapprocher de la fin de cette rencontre, non ? Elle continue son observation. Il a le visage fin. Et c’est fou ce qu’il est grand ! Tu te sens petite, pas vrai, Azil ? Avec ton petit mètre soixante-deux. Mais ça ne te perturbe pas plus que cela. Et d’un coup, son œil frôle les siens.

« … Ca te dérange si je… l’enlève ? »

Azil l’observe. Le cache-œil ? Qu’est-ce qu’il cache en-dessous ? Ca fait peur ? Ca fait mal ? Oh, Azil, tu es ridicule. Ce n’est pas un film. Lilian a un problème avec son œil, c’est tout. Elle hoche lentement la tête.

« Vas-y, ça ne me dérange pas. »

Pourquoi est-ce que ça la dérangerait ? A vrai dire, elle s’en fout un peu de voir ce qu’il y a en-dessous de ce cache. Chacun masque des choses. Et Azil sait ce que ça fait de vouloir cacher quelque chose. N’est-ce pas elle qui cache son dos ? Parce qu’il y a des souvenirs qu’elle ne veut pas voir revenir. D’un mouvement de la tête, Azil replonge ses yeux dans le ciel.

« En fait… Il a quoi ton œil ? »

Elle réfléchit cinq minutes. Reprends-toi, Azil. Ca ne se fait pas e demander ce genre de choses.

« … Si tu ne veux pas répondre, t’es pas obligé… »

Parce qu’elle non plus, il y a des choses qu’elle ne veut pas dire.



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Dernière édition par Azil Azuro le Sam 30 Juin - 10:00, édité 1 fois
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Lilian R. Kurokawa
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MessageSujet: Re: Sleeping Beauty& Little Mermaid [Lilian ♥][Terminé ô/]   Jeu 28 Juin - 15:39

Un navire qui m’emmènerait loin de mes souvenirs
Anonyme VI

Il attend. Il attend la réponse. La réponse qu’il n’est pourtant pas censé attendre. C’est vrai. Après tout, qui a envie de savoir s’il se trimbale un cache-œil juste pour le plaisir de s’en trimbaler un, ou si c’est parce qu’il y a vraiment un problème ? Il n’est pas censé demandé. Il aurait mieux fait de ne pas y penser du tout. Pourtant c’est à chaque fois plus fort que lui. Parce qu’il se dit qu’au final, il y en aura bien un ou deux pour demander. Sauf quand c’est en plein jour. Là, il refuse tout net. Hors de question. Se cramer la rétine ne fait pas partie de la liste des choses à faire. Loin de là. C’est pour ça qu’il préfère la nuit, Lilian. Parce que la nuit, il peut ouvrir les deux yeux. Et dans le noir, personne n’y fait attention. Sauf que lui il s’habitue vite à l’obscurité, donc il peut voir sans trop de problèmes. Et personne ne se doute de rien. C’est bien pratique, l’air de rien. Même s’il en a marre. L’air de rien. Quand ce cache ne fait pas fuir, il est le sujet de blagues vaseuses. Oh oui, il fait parfois fuir. Il suffit d’imaginer ce qu’il peut y avoir derrière. Une orbite vite. Un œil brûlé. Etc… On peut trouver tellement de solutions pour la présence de ce cache.
… Oui. C’est tellement flippant, ce truc. Même à lui des fois ça fait peur. Quand il arrive à le voir dans une glace, un reflet de fenêtre. C’est presque transparent, on verrait les nerfs que ça serait pareil. Ça le fait toujours grimacer, frissonner. Il n’aime pas les miroirs. Il a jamais aimé ça de toute manière. En secret il attend que son père devienne aveugle, et il se dit qu’il pourrait se servir de la réfraction de la lumière sur le miroir pour aider. Mais ça c’est dégueulasse. Il a jamais été en bons termes avec son père, c’est vrai. Mais c’est pas non plus une raison pour jouer les sociopathes.

En y repensant, un jour, il devrait prendre des nouvelles de sa mère. Au moins de sa mère. De toute manière, prendre des nouvelles de l’une, ça veut dire écoper des nouvelles de l’autre. Avec de la chance, il aura fini avec la cécité complète, ce pignouf. Ouais. On a plus qu’à espérer. Mais… juste prendre des nouvelles de sa mère. Oui, ça faut y penser à tout prix.
Dis, Lilian ? Tu m’écoutes un peu quand je te parle ?

Non, bien sûr.

Tu te contentes de soupirer un peu. La réponse, tu l’attends encore. Ça passe interminable, ces secondes. Ou alors, tu n’as tout simplement pas écouté. Ça, c’est encore la solution la plus probable. Même les profs tu ne les écoutes pas. Ta mère, tu l’écoutes. Un peu, c’est déjà limite. Ton père c’est même pas la peine d’y penser. Alors les profs…. Faut pas rêver, non plus ! Seulement voilà, tu t’es promis d’écouter Azil. Alors tu vas devoir refaire attention au temps qui passe et te concentrer sur elle. Histoire de savoir si elle dit quelque chose ou pas. Parce que si tu attends trois plombes avant de réagir, ça va pas le faire. Tu n’es pas un escargot ; pas encore. T’es juste un peu beaucoup flemmard, donc bouge-toi les synapses ! C’est encore ce que tu sais faire de mieux, mobiliser tes neurones pour réfléchir. Bah tiens, oui. Réfléchis. Si t’avais tant que ça su faire fonctionner tes neurones, pourquoi tu t’es endormi là ?
Eh oui. Ça ne rime pas à grand-chose, mais on fait avec ce qu’on a. Toi-même tu fais avec ce que tu as. Même quand tu t’ennuies tu cherches quelque chose de nouveau dans cette sensation d’ennui. L’envie de faire quelque chose. L’envie de ne rien faire, de rester à te morfondre. En dehors de tes cahiers et des fois où quelqu’un daigne te traîner dehors, tu ne vis pas beaucoup. Enfin. Façon de parler. Mais t’es plutôt casanier. T’aurais mieux fait de pas quitter Londres en fin de compte. Et pourtant si tu l’as fait.

Et te voilà à parler avec Azil. Enfin. A guetter une réponse. D’ailleurs, elle est venue, cette réponse. Allez, on remet les synapses en état de fonctionner, Lilian ! On redescend sur terre. Tu tournes la tête vers elle, comme un réflexe.

« Vas-y, ça ne me dérange pas. »

Alors ça ! c’est une première. C’est la première fois qu’on te dit que tu peux l’enlever. T’as bien fait de demander, au final, non ? Tu trouves pas ? Si, un peu, quand même. Tu vas pouvoir le retirer en étant sûr de ne pas lui donner envie de se lever pour s’en aller en courant. Tu te rassieds dans l’herbe et lève les mains pour détacher le fil. C’est qu’un élastique, mais bon. Faut bien le retirer un jour ou l’autre. Tu fais glisser l’élastique de derrière ton oreille, tu te retrouves avec la boucle de nylon noir entre les doigts. Comme d’habitude, presque enroulée autour du majeur et de l’index. C’est toujours comme ça. Un tic. Tu l’enlèves toujours comme ça. Il tombe toujours de la même manière. Tu le gardes dans ta main, quand même.

« En fait… Il a quoi ton œil ? »

Tiens, c’est vrai ça. Il a quoi ton œil, Lilian ? Tu lui dis ? Ah non. Tu hésites, te mords un peu la lèvre. Comment lui annoncer la chose ? Tu as encore l’œil fermé. Un réflex un peu con. Tu finis par cligner des yeux, et ouvrir la seule chose qui te donne parfois envie d’enlever le cache en plein soleil. La douleur, c’est juste pas du tout ton truc. Mais alors vraiment pas. Il s’habitue vite à la noirceur, ce crétin. Il est bleu pâle, presque blanc. Il est pas aveugle, ni rien, mais photosensible. Il cramerait si un petit brin de lumière venait à l’effleurer. Même une paire de lunettes de soleil n’y ferait rien. La seule solution, c’est le cache.
Une minute passe. Peut-être deux. Tu ne sais toujours pas comment annoncer ça à ton Azil. Elle vient même de te dire que tu n’étais pas obligé de répondre. Seulement voilà. Pour une fois que quelqu’un te le demande gentiment… tu n’as pas envie de la rembarrer. Tu as pu retirer le cache-œil. Et si elle regarde, elle va se douter d’un truc : y a eu un énorme bug génétique.

Tu respires doucement, en silence, puis hausses les épaules. Tu risques quoi ? Lui dire qu’il est photosensible, c’est pas comme lui décrire une des scènes de meurtre de Jack the Reaper. Ca, c’est glauque, gore carrément horrible. La photosensibilité, c’est que dalle. Juste une histoire de lumière qui a décidé d’empapaouter les circuits nerveux. Tes paupières papillotent. Ça fait du bien quand même, de cligner de l’œil après une journée avec l’œil fermé. C’est important que tu enlèves ce cache.
Ta paupière droite ne doit pas finir paralysée.

Tu tournes la tête vers Azil. Ton œil est à moitié caché par une de tes mèches rousses. C’est pas plus mal… ? T’en sais rien. Là, tout de suite, t’as pas du tout envie de réfléchir.

« … Il est photosensible. La moindre exposition à la lumière et… fini. Je suis quitte pour les urgences et être vraiment borgne. … »

Tu détournes la tête et soupire longuement.

« C’est pas génial… »

Non. C’est vraiment pas génial… Mais on fait avec ce qu’on a.


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MessageSujet: Re: Sleeping Beauty& Little Mermaid [Lilian ♥][Terminé ô/]   Sam 30 Juin - 10:08

Elle comprit tout à coup que l’amour était l’instant où le cœur est sur le point d’éclater.
Stieg Larsson

Elle aussi, elle avait des choses qu’elle ne disait pas. Alors, elle comprendrait parfaitement le fait qu’il ne souhaite pas lui répondre. Si une quelconque personne, même Shigeru, lui avait demandé pourquoi son dos était strié de zébrures rouges, elle n’aurait assurément pas répondu. Ou alors, elle serait obligée de tuer la personne par la suite. Parce qu’il y avait clairement des choses qu’elle n’aurait jamais avouées. Parler de son passé, de manière extrêmement floue, ça ne la dérange pas. Faux. Ca la gênait quand même un peu. Bien sûr, parfois, sans le vouloir, elle lâchait des références. Quand elle disait qu’elle n’avait pas mal. Quand elle disait que plus jamais elle ne tomberait amoureuse. Heureusement qu’elle ne s’écoutait pas. Parce que sinon, elle ne serait jamais…

Arrête. Tu es stupide.

Du coin de l’œil, elle l’avait observé s’asseoir. Il était fin, quand même, non ? Qu’est-ce qu’il y a, Azil ? C’est vrai qu’il est vachement fin. C’est à peine si tu ne peux pas apercevoir ses côtes sous son t-shirt. Cela te fascine, pas vrai ? Oh mais qu’est-ce qu’il t’arrive ? Tu restes là, plantée comme une idiote, suivant des yeux le trajet de ses doigts vers ses cheveux. Elle aimerait bien prendre sa main dans la sienne, en comparer les tailles. Son cœur remonte dans sa gorge. Elle comprit tout à coup que l’amour était l’instant où le cœur est sur le point d’éclater. Stieg Larsson avait tout compris en écrivant le livre. Lisbeth Salander avait tout appris par cette phrase. C’est vrai qu’elle avait mal, Azil. Et pourtant, elle s’était promis.

Arrête. Tu es bête.

Le blanc persiste. Une tâche de javel sur un t-shirt noir. Il ne te regarde même plus. Est-ce qu’elle te manque, la sensation de son regard dévorant ton visage ? A le voir, comme ça, plongé dans son mutisme, on dirait qu’il est triste. Azil se redresse et s’assied dans l’herbe. Elle remonte ses genoux vers sa poitrine et les enlace de ses deux bras maigres. Elle est encore là à attendre une réponse. Et petit à petit, la probabilité d’une réponse qu’il ne lui donnerait pas s’infiltre dans son esprit. Et soudain, ce n’est plus un œil qu’elle voit. Mais deux. Quoique l’autre soit caché par des mèches rousses. Tu as du mal à voir. Toi, tu ne vois rien, la nuit.

« … Il est photosensible. La moindre exposition à la lumière et… fini. Je suis quitte pour les urgences et être vraiment borgne. … »

Azil le regarde. Elle le regarde juste avant qu’il détourne la tête une nouvelle fois. Qu’il soupire une nouvelle fois. C’est vrai que c’est triste. Toi, au fond, Azil, tu n’as rien de tout ça. Tu es juste brisée et durant quinze ans, tu n’as rien été d’autre qu’une enveloppe dépourvue d’intérieur. Maintenant, tu es pleine. Remplie de nouveaux souvenirs, d’amis, d’amourettes. Ta nouvelle vie ne ressemble plus à l’ancienne. Heureusement.

« C’est pas génial… »

C’est vrai. C’est pas génial. Ca doit quand même être embêtant de vivre avec ce problème. Soudainement, elle a envie d’en savoir plus. Est-ce que quelqu’un dans sa faille a ce problème ? Sa mère ? Son père ? Peut-être un frère ou une sœur ? Mais elle ne demande rien. Elle sait qu’une question posée est souvent retournée. Et elle a peur de pleurer à la pensée d’une mère qui l’aurait aimée et protégée. Une mère qui aurait tout fait pour la rendre jolie, une mère qui l’aurait choyée et embrassée chaque soir. Peut-être même que sa mère l’aurait emmenée avec elle, loin de ce monstre qui était son père. Azil aurait alors connu ses grands-parents qui l’avaient niée quand son père était venu leur rendre le fardeau que représentait la petite. Est-ce que cette vie aurait été meilleure ? A vrai dire, elle ne voulait plus y penser. Elle repousse une mèche rouge derrière son oreille. Et elle avance sur ses genoux déjà sales, faisant attention à ce que son décolleté aurait pu laisser entrevoir de compromettant. Elle s’assied devant lui et le regarde.

Arrête. Tu es idiote.

Elle le regarde calmement. Qu’est-ce qu’elle peut faire d’autre ? Azil n’est pas une furie. Au milieu de son ventre, elle sent une boule. Une énorme boule prête à exploser. Son bras la démange. De ses yeux bleus, elle fixe le vert des siens. Et aussi sérieuse qu’elle est, elle lève sa main avec hésitation pour la porter à hauteur des yeux de Lilian. Azil n’a jamais fait ça de sa vie. Ca lui fait quand même un peu peur. Et s’il la frappait pour se défendre ? Et puis, c’est peut-être dangereux pour lui, non ? Et s’il se renfermait sur lui-même et décidait de la laisser en plan. Elle non plus, elle n’apprécierait pas. C’est le contact de sa peau sous ses doigts qui la ramène à la réalité. Il a la peau douce et chaude. Mais ça la brûle. Azil laisse sa main retomber mollement sur ses genoux avant de détourner les yeux.

Je t’avais dit d’arrêter. Tu es passée pour une sotte.

« Désolée. Je… Je n’aurais pas dû et… »

Regarde-toi, maintenant. Une faible et petite créature qui ne sait rien faire d’autre que balbutier des excuses absolument bidon. Azil, tu es nulle. Mais qu’est-ce qui a bien pu te passer par la tête ? Tu connais ce garçon depuis une heure, même pas. Et là, tout à coup, tu ressens l’envie de voir ce qu’il cache. S’il le veut, il te montrera. Maintenant, elle regarde ailleurs, ses dents plantées dans sa lèvre inférieure et ses joues qui piquent sous la rougeur. Elle se demande ce qu’il va penser d’elle maintenant. Depuis quad se soucie-t-elle de ce genre de détails ? Si elle se teint les cheveux en rouge, c’est justement parce qu’elle se moque pas mal du jugement des autres. Azil recule, salissant possiblement un peu plu son pantalon mais s’éloignant un peu plus de Lilian. Elle rit un peu, nerveusement, les yeux toujours tournés.

« … Je suis ridicule. »

Et pourtant, malgré la petite distance qu’elle inflige entre elle et lui, elle est presque certaine que les battements de son cœur résonnent assez fort pour être entendus.




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Lilian R. Kurokawa
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MessageSujet: Re: Sleeping Beauty& Little Mermaid [Lilian ♥][Terminé ô/]   Sam 30 Juin - 13:09

Et ce fut comme une vague, immense et amoureuse
Anonyme, VII

L’herbe. Elle était noire. Pourtant, tu la voyais plutôt verte. Bon. Avouons. Vert très, très, très foncé. Mais ce n’est pas la question, hein Lilian ? Tu le sais, ça. La question c’est que tu viens pour la première fois de dévoiler à quelqu’un que tu as un œil photosensible. Le gros bug génétique. Le vrai, énorme. Celui bien casse-pieds, qui fait de toi un lève-tôt. Qui te ruine tes grasses matinées. Mais c’est pas encore non plus vraiment la question. Parce que des bugs signés la génétique, t’en as pas qu’un. Hélas. A qui as-tu déjà avoué le plus gros bug génétique chez toi ? Le vrai plantage au niveau des cellules.
Bon. L’avantage, c’est que ce deuxième bug, tu le tiens de ton grand-père maternel. Et lui… Ben… A vrai dire, il a jamais aimé ton père. C’est pas pour autant qu’il t’a totalement renié. Il a été plutôt cool. Il t’emmenait avec lui, en Ecosse. C’était sympa, les balades sur le Loch Ness. Il t’a même laissé ramer, quand tu as eu douze ou treize ans. Tu adores l’Ecosse. Parce que ta mère y est née. Et parce que c’est beau. C’est un pêle-mêle de couleurs. Du bleu, du gris, du vert, du brun, du rose, du rouge, du blanc, du noir… Et tout ça avec de la pluie dix mois par an ! Arrête, Lilian. Tu divagues. Tu repenses à l’Ecosse à cause d’une erreur d’appréciation de tes cellules alors que tu n’étais même pas né. Allez. Osera ? osera pas ? Vas-tu lui dire à elle que tu n’es vraiment pas foutu comme tout le monde ?

Tu ne l’as pas vue s’approcher. Perdu dans tes pensées, un peu triste, tu ne l’as pas vue. Pas même entendue. Elle est discrète, ou alors c’est toi qui déraille. Tu tournes légèrement la tête vers elle, du coup. Tu la vois enfin des deux yeux. Tu réprimes un sourire. C’est pas le moment. Ton cache est encore dans ta main. Tu n’oses pas bouger, c’est ridicule. Comme si tu savais ce qui allait se passer. D’un côté, c’est un peu le cas. N’importe qui serait tenté de voir à quoi ressemble vraiment ton œil. A un œil. Où l’iris se confond presque avec le blanc. Où la pupille n’est pas noire mais grisée. Pourtant elle voit. Elle voit très bien, cette pupille. Elle est juste un peu plus terne. Elle manque de lumière. Mais ne peut pas en recevoir sous peine de brûler. C’est paradoxal.
Tu vois sa main qui se rapproche d ton front. Elle veut éloigner les mèches pour voir ton œil ? … Si elle veut. Maintenant que tu lui as dit, c’est normal qu’elle veuille voir. La curiosité l’emporte toujours. C’est pas à elle que tu vas en vouloir. C’est même toi qui as commencé. A lui demander si tu pouvais retirer le cache. Elle a dit oui. Tu l’as retiré. Maintenant elle veut voir. Normal.

Ses doigts t’effleurent à peine. Pourtant, tu as du mal à réprimer un frisson tiède. Tu le sens remonter le long de ta colonne vertébrale, et venir s’étendre sur tes omoplates, comme une couverture, une chape rassurante. C’est la première fois que tu ressens ça. Avec quelqu’un d’autre que ta mère. Le contact d’une mère est essentiel. L’amour d’une mère. Une sensation dure à décrire.
Pourtant, ce frisson, il est là. Il est bien là, et il ne va pas te quitter tout de suite. Tu ressens encore la tiédeur qu’il a laissée sur ton dos. Et ton cœur fait un bond, à droite de ta poitrine. Oui, à droite. C’est ça, ton deuxième bug génétique. T’es situs inversus. Même toi, parfois, tu l’oublies. Tu vis avec, c’est pas gênant, qu’est-ce que tu en aurais à foutre d’avoir le cœur placé à droite ? Juste le cœur, en plus. C’est drôle. C’est tout le temps quand tu t’en souviens que tu trouves ça bizarre. Sinon, non. Que dirait Azil si tu la prévenais ? Elle se mettrait à rire ? Elle te poserait des questions ? Tu n’en sais rien. Tu sais juste que ton cœur, cet abruti, continue de battre chaque seconde un peu plus fort.
Elle écarte les mèches. Seulement, il fait noir. Et si toi tu vois bien le bleu de ses yeux, elle ne doit pas sûrement bien voir le vert de ton œil gauche et la pâleur quasi translucide de l’œil droit. Tu clignes des yeux, machinalement. Elle retire sa main. Non ! tu voulais que ce contact dure.

Tu es un crétin.

« Désolée. Je… Je n’aurais pas dû et… »

Ce n’est pas grave. Tu as envie de lui dire ça. Ce n’est pas grave. Tu t’en fiches. Elle a le droit de vouloir voir, de vouloir savoir. C’est pas une honte, non plus. Bon. Elle a pu penser que ça le dérangerait. Mais non. Loin de lui l’idée d’être dérangé d’une chose aussi futile. C’était son idée, retirer le cache-œil. Elle aurait pu lui demander de lui montrer, il l’aurait fait. Il soupire un peu. Lilian, enfin… réfléchis… ! Tu as presque le réflexe de porter une main à ton cœur en espérant qu’il se calme. Presque. Tu résistes, ne le fais pas. Même si cette sensation de battement brûle un peu. C’est bizarre, c’est très bizarre. Tu n’avais jamais connu ça, avant. Mais tu as vraiment envie de dire quelque chose.

Oui. Il faut que tu dises quelque chose pour la rassurer. C’est important. Tu as envie de continuer de discuter avec elle. Tu ne sais pas pourquoi. Mais tu veux que ça dure encore un peu. C’est vraiment étrange, comme sensation. C’est la première personne pour qui tu ressens ça. Tu t’es vite attaché. C’est pas bizarre, ça. Mais c’est la tournure que ça prend, qui est étrange.

Regarde. Elle s’est même éloignée…

« … Je… Tu n’es pas ridicule, Azil. Je veux dire… c’est normal, que tu aies eu envie de voir. Tout le monde essaie. Ce n’est pas ça qui me dérange, au contraire. Je serai même surpris que quelqu’un ne veuille pas voir. Et puis… c’était mon idée, de retirer le cache… Donc c’est ma faute, aussi. Tu as le droit d’être curieuse. Ce n’est pas un crime. »

T’as jamais été très doué pour parler. Mais alors, vraiment jamais. C’est pas ton fort. On fait avec, hein. Tu as d’autres moyens d’expression. L’écriture. Mais là, tu vas pas jouer les muets. Autant continuer, donc ?

« Un œil photosensible, ce n’est pas non plus la dernière des horreurs… Il est juste blanc. … Enfin. Bleu pâle. Et presque translucide… Je crois même que la pupille est grise. … Je peux juste rien voir avec de jour. Pas d’exposition à la lumière. Rien… »

Petit soupir. Bref. Allez ! hop ! on reprend un brin de sourire.

« Mais bon ! on fait avec ce qu’on a. Je ne suis pas non plus à l’article de la mort. »

Tu souris. C’est bon. Tu as repris ton sourire, c’est bien parti pour durer. Tu regardes Azil. Allez. Dis quelque chose qui te donnera une bonne raison de rester là encore un peu.

« … Tu viens souvent par-ici ? »

… Alors là non. Vraiment pas doué pour parler. Et encore moins pour trouver des questions !


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MessageSujet: Re: Sleeping Beauty& Little Mermaid [Lilian ♥][Terminé ô/]   Jeu 5 Juil - 17:15

L'Amour est au coeur du Mal
Les Complaintes des Landes Perdues

Au début, c’était flou. Parce qu’Azil était bien trop concentrée sur le contact de sa peau sous ses doigts. C’était chaud et doux à la fois. D’un mouvement à peine perceptible, elle avait touché ses cheveux. Eux aussi, ils respiraient la santé. Et la menthe, aussi. Ca l’avait fait frissonner. Et son cœur, correctement placé à gauche dans sa poitrine, avait fait un bond énorme. Elle le sentait, menaçant, prêt à exploser à la moindre émotion trop forte. C’était atroce. Et insoutenable. Elle était attirée par l’envie de se rouler en boule pour évacuer la douleur et ce sentiment contradictoire qui prenait racine dans son ventre. Elle voulait envoyer des messages à Shigeru. Pour tout évacuer. Et la douleur, et la sensation de sa peau contre la sienne.

Ca remontait à deux ans, peut-être même trois, la dernière fois qu’elle avait ressenti ça. Et la dernière fois, on lui avait clairement fait comprendre qu’elle était indésirable et moche. D’ailleurs, c’était les mots qu’il avait employé. Keiro. Comment une fille aussi moche que toi peut-elle encore espérer sortir avec un gars comme moi ? Elle avait pleuré. Et son père l’avait frappé à nouveau parce qu’elle pleurait. En y repensant bien, elle voulait revoir Keiro. Pour voir ce qui avait fait qu’elle était tombée amoureuse de lui. Peut-être ses yeux. Ou son sourire. Elle ne savait pas trop. Plus trop. Maintenant, tout ça prenait une autre forme. C’était bizarre. Si elle devait décrire ce que ça faisait, elle dirait sûrement que c’est pareil à de la fumée. C’est flou et vaporeux, ça ne prend pas de forme. C’était juste stupide et flou. Mais Azil avait vu ce qu’il y avait à voir sous le cache. C’était blanc. Enfin, bleu pâle. Translucide, quoi. L’œil reste dans sa mémoire et pendant qu’elle observe l’horizon, trop gênée pour reporter son attention sur Lilian, c’est l’œil blanc qu’elle voit. Elle s’était excusée. Mais pour elle, ce n’était pas suffisant. Elle se tait, du coup. Son silence, il est comme une punition pour elle. Parce qu’elle a vraiment envie de continuer à lui parler.
Tu n’es pas ridicule, Azil.

C’est la première fois qu’il prononce ton nom. Ca fait bizarre. Il a une manière spéciale de le dire. Ou alors, c’est juste elle qui déraille. Il n’empêche rien au fait qu’elle aime ça, l’entendre dire son nom. Elle voudrait qu’il le dise encore. Qu’il le dise toujours, quitte à en oublier les autres mots et les autres personnes. C’est égoïste, Azil. Tu es égoïste. Mais a-t-on seulement vu une seule personne au monde qui ne soit pas égoïste ? Laisse-le. Depuis Keiro, tu avais promis de ne plus jamais retomber amoureuse. Mais est-ce que tu l’es ? Non. Il est évident que non. Les gens succombent vite à l’illusion. Tu es tombée sur la tête, tout à l’heure. Maintenant, tu dérailles. Demain ça ira mieux. Tu ne crois pas ? Moi, je crois que si.
Tu as le droit d’être curieuse. Ce n’est pas un crime.

« C’est juste que moi… J’aimerai pas qu’on regarde ce que je cache. »

Chose vraie. Mais Azil ne cachait pas de problèmes génétiques. Azil cachait un passé rempli de douleurs qu’elle cherchait à tout prix à fuir. Dévoiler ce que son dos cachait reviendrait à devoir expliquer et se souvenir. Il n’en était pas question. Personne ne saurait. Arrête, Azil. Ecoute-le. Tu entends sa voix ? Tu sens les papillons dans ton ventre ? Pourquoi faut-il que tu t’obstines à te refermer sur un passé qui devrait t’échapper. Tu tiens de beaux discours dans lesquels tu proclames que tu ne te laisseras pas envahir par des souvenirs qui te font souffrir mais tu es la première à replonger dedans, tête la première. C’est stupide. Tu es stupide. Ecoute Lilian plutôt.
Je ne suis pas non plus à l’article de la mort.

Doucement, Azil tourne la tête dans sa direction et d’un geste habile, détourne tout son corps. A peine si elle ne s’avance pas. Elle le regarde sourire. Il est beau quand il sourit. Ca lui donne presque envie de le faire sourire tout le temps. Mais ça reviendrait à lui parler en permanence, à lui envoyer des messages ou à le chercher dans les couloirs. C’est stupide, encore une fois.

« … Tu viens souvent par ici ? »

La question frappa Azil au niveau du front. Si elle venait souvent par ici ? Qu’est-ce qu’elle pouvait répondre à ç ? A vrai dire, comme il faisait déjà sombre quand elle était sortie et puisqu’elle avait les yeux braqués sur le disque solaire, elle n’avait pas vraiment fait attention à l’endroit où elle se rendait. Et en percutant le sol suite à sa chute, elle avait perdu beaucoup de notions géographiques. La question la fait rire et elle en profite pour se rapprocher de lui. Au pire, elle espère qu’il n’aura rien vu. Elle passe une main dans ses cheveux et repousse une avalanche de mèches rouges.

« Eh bien… Etant donné que j’habite ici et que j’étudie ici… Je pense que oui, je dois passer assez souvent dans les parages. »

Aucune question n’est stupide. Elles ont chacune un sens pour la personne qui la pose. Azil ne se contente pas de l’habituel renvoi des questions. Elle cherche autre chose.

« Dis. Ca fait combien de temps que tu es ici, à Aomori ? »

Aucune question n’est stupide.
Sauf peut-être la tienne, Azil.



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Lilian R. Kurokawa
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MessageSujet: Re: Sleeping Beauty& Little Mermaid [Lilian ♥][Terminé ô/]   Dim 8 Juil - 16:57

La flamme vacille, vacille, mais jamais ne se tait
Anonyme, VIII
Ecoute. Tu entends ? c’est ton cœur, qui bat. Inlassablement, de plus en plus vite. Tu te sens mal. Mal à l’aise. Tu n’as pas l’habitude de ce genre de situation. C’est la première fois. Tu le sens, n’est-ce pas ? Cette sourde pulsation, derrière tes côtes. Sur la droite, Lilian. Oui, sur la droite. Ecoute, écoute bien. C’est sourd. Rapide, mais régulier. Et c’est étrange. Tu entends ? Boum. Boum. Boum. De plus en plus vite à chaque respiration. Ton souffle commencerait presque à se saccader. Concentre-toi. Que fais ton cœur ? il s’affole. Ne cherche pas pourquoi. Ecoute plutôt. C’est rassurant, non ? de l’entendre battre. C’est toujours plus fort. Comme ce sentiment qui s’est immiscé dans ta tête, qui te comprime le ventre. Toujours plus fort. Pourtant, au fond, ce n’est pas si désagréable. Juste… tu n’as pas l’habitude. Tu as l’impression qu’il va décaler tes côtes, se déloger de sa place, entre tes poumons. Une autre pulsation. Calme-toi, Lilian. Respire doucement.
Tu sens ton cœur se calmer, n’est-ce pas ? Il pulse toujours fort, toujours vite, mais déjà moins qu’avant. Au fond de toi, tu sais que ça ne va pas se calmer tout de suite. Voire jamais. Tu ne sais juste pas pourquoi. Que s’est-il passé entre temps ? Rien, bien sûr. Rien de bien neuf.
Elle n’aimerait pas qu’on voie ce qu’elle cache.

Tu es d’accord. C’est toujours un peu dérangeant. Mais bon. Toi, tu n’étais pas contre, tu ne vas pas t’en plaindre. C’était ton idée, après tout. Parfois, la curiosité est mal placée. C’est vrai que quand tu y repenses, tu étais tout de même gêné qu’elle écarte cette mèche pour regarder ton œil. A part ça, tu n’étais pas vraiment contre le fait qu’elle regarde. Pourquoi elle ? Tu n’en sais rien. Tu sais juste que c’est elle et pas un autre. Pas Cherry. Ce qu’elle peut t’énerver, celle-là. A vouloir te l’arracher en plein soleil. Tu as souvent imaginé ce qui se passerait si elle parvenait à ses fins. Tu en as grimacé rien qu’à l’évocation de la lumière. Non. Très peu pour toi. Mais passons cette folle. Reviens à Azil.
Que fait-elle ?

Elle a l’air gênée. Elle s’est détournée. Pourtant, toi, tu souris. Et finalement, elle se tourne vers toi, pour répondre à ta question. … Et là, tu te sens bête. Attends ! pourquoi tu n’y as pas pensé ? Si elle est là, en face de toi, à ton avis ? C’est qu’elle est où ? … Autre que en face de toi, Lilian. A Aomori. Et quand on est à Aomori, on a du mal à aller voir ailleurs. Et surtout, on ne peut pas passer dans Aomori, à moins d’y être. Tu te mords un peu la lèvre, en baissant la tête. Tes doigts serrent machinalement le cache. Tu te sens bête.
Elle n’a pas encore répondu. Mais tu te doutes d’un truc.
C’est idiot, comme question. Mais alors idiot… Quelle idée as-tu eu de poser pareille question ? Tu aurais dû t’en douter, non ? … Il faut croire que non. Tu as un don pour te douter des trucs qu’il ne faut pas. Doué que tu es ! avec tes synapses en grève.

Eh ! Azil s’est rapprochée. Tu la regardes. Ca te fait encore bizarre de voir des deux yeux. Tu la détailles, machinalement. Encore, et encore. Elle repousse sa cascade ponceau en arrière. Un geste qui lui va bien. Enfin, tu trouves. Ton cœur s’affole encore un peu. Tu aimerais bien qu’elle recommence ce geste. Juste pour voir ses doigts fins repousser la mer des mèches rouges faire vague arrière.
Je pense que je dois souvent passer dans les parages.

Tu ris nerveusement. Vaguement. Et tu baisses un peu plus la tête. Tu te sens encore plus que stupide. Tu restes là, à fixer le sol, en méditant un peu la chose.

« … Oui, aussi… C’est vrai… … C’est… logique… »

Tu te retiens tout juste de rajouter un « j’aurais dû y penser ». Tu as envie de le dire, mais… non. C’est déjà assez évident comme ça. Tu ne crois pas ? Moi si. Alors chut. Tu soupires, doucement. Et relèves la tête. C’est pas si grave que ça, après tout, hm ? C’est qu’une question. Ca s’oublie vite, une question. Mais tu es gêné quand même. D’habitude, tu retournes le problème dans tous les sens, avant de l’exposer. Et là, non. Pourquoi oublies-tu si vite que tu es capable d’analyser une situation rapidement ? … Oh, Lilian. Tu n’es pas conscient que quelque chose te rend totalement idiot. Tu es perdu. Gêné. Tu ne sais plus trop ce que tu fais là. Mais une chose est sûre, tu y es. E tu n’y changeras pas grand-chose. C’est comme ça, et puis c’est tout.

Alors ne réfléchis plus.
Mais pense bien que…
Où que tu ailles…
Un jour, ou l’autre, ce sentiment
Restera où il est pour de bon.

Parce que oui. Ce que tu ressens maintenant va rester là longtemps. Toujours, même. Et tu souhaiteras qu’il reste encore plus longtemps quand tu te seras rendu compte de ce que c’est. Tu n’y échapperas pas. Peu de personnes y échappent. On a tous connu ça un jour où l’autre. Même le pire des monstres peut l’être. Il faut que tu te mettes bien ça dans le crâne.

« Dis. Ca fait combien de temps que tu es ici, à Aomori ? »

Alors, euh. Réfléchissons. La dernière fois que tu as adressé un mot à ton père ? Y a trois ans. Ta mère, idem. Et tu ne les as pas appelés depuis ton arrivée ici. Ça tient donc la route. Tu ne comptes même plus tes années passées ici ? T’es arrivé y a un sacré bout de temps, l’air de rien. Hop hop hop ! … Il serait temps de lui répondre, tu ne crois pas, Lilian ? Oh que si. Tu ne pas vas pas la planter là.

« … Depuis trois ans… A peu près. »

Oui. Tu fais de l’à peu près. Bon, allez. Retour de karma ?

« … Et toi ? »


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MessageSujet: Re: Sleeping Beauty& Little Mermaid [Lilian ♥][Terminé ô/]   Sam 25 Aoû - 19:12

Je vois la vie en rose
Edith Piaf

A-t-on seulement déjà remarqué que les lieux qui nous paraissent familiers le jour pouvaient être différents la nuit ? Ainsi, Azil ne savait pas dans quelle partie de l’allée extérieure elle avait atterri. C’était déjà bien, elle savait qu’elle était dans l’allée extérieure. Mais où ? A droite, à gauche, au centre ? Au début, au milieu, à la fin ? Elle était près des bâtiments. Ca se voyait aux quelques fenêtres allumées. Elle aurait du faire plus attention. Mais plus attention à quoi ? Au chemin qu’elle empruntait ? Et pourquoi ? Si elle avait pris un chemin différent, où cela l’aurait-il mené ? Si elle avait changé de chemin, elle serait dans sa chambre, à l’heure qu’il est. Dans sa chambre, à parler avec Haku en lui brossant les cheveux. Dans sa chambre, plantée comme une conne devant la bibliothèque de Manami en se demandant quel livre lui emprunter. Ou encore ferait-elle de la fimo sous les yeux attentifs de Midori. Si elle avait fait attention, elle serait avec des filles qu’elle connaissait et non avec un garçon qu’elle voulait connaître. Et pourquoi ? Pour te faire un nouvel ami ? Des amis, elle en a beaucoup. Des amis qui la font rire. Des personnes exceptionnelles, filles comme garçons. Pourquoi alors ? Il ne t’évoque aucun souvenir en particulier et ne te rappelle personne. Il est unique. Unique, tu comprends ?

« … Depuis trois ans… A peu près. »

Azil envie ses trois ans. Trois, ça fait un an en plus qu’elle. Ca aurait fait un an en moins aux côtés de son père. Un an en plus pour maîtriser son pouvoir. Un an en moins de coups pour un pouvoir qui ne durait pas, pour de l’or qui ne s’imprégnait pas éternellement aux objets. Un an en plus de connaissance avec ses amis. Un an en moins dans sa vie de ratée. Un an en plus de bonheur. Un an en moins de malheur. Un an, pour elle, c’était énorme. Même plus que ça.

« … Et toi ? »

Une question en entraîne souvent une autre. C’est ce qu’Azil redoute. Les questions qui s’apparentent au passé. Elle espère qu’il n’est pas curieux ni friand de questions sur le passé des gens. Il n’a pas l’air ainsi. Sinon, elle s’inventerait une vie. Une vi en rose bonbon, avec de l’amour, de l’eau de source, une mère et un jardin. Et beaucoup, beaucoup de lumière. Une vie à l’inverse de ce qu’elle a connu. Comme ça. Par précaution. Dans sa nouvelle vie, elle aurait peut-être eu un petit frère ou une petite sœur qu’elle aurait aimé de tout son cœur. Dans une autre vie, elle n’aurait peut-être pas eu les cheveux rouges. Et ça, ça lui aurait manqué, cette couler qui la différencie des autres. Depuis combien de temps ?

« Deux ans. »

Un souvenir lui remonte à l’esprit. Et le souvenir la fait sourire. Ce n’était pas réellement marrant sur le moment mais maintenant, ça la faisait rire. Et sans réfléchir, elle se lance dans la confidence. C’est une histoire de rien du tout mais elle était la fille d’une histoire plus tragique, plus grosse et mieux cachée qui, elle, ne la faisait pas rire du tout.

« Je me souviens, quand je suis arrivée. Il pleuvait tellement fort que j’ai vite fini par être trempée. »

Enfin. Elle avait juste marché quelques bornes avant pour ne pas indiquer à l’automobiliste qui l’avait pris en stop qu’elle se dirigeait vers Aomori. Elle avait bien trop peur d’une séquestration à cause de son pouvoir qui plaisait à tous, riches comme pauvres.

« Une fille, qui est arrivée exactement en même temps que moi mais en voiture, m’a finalement invitée à partager son parapluie. »

Ikaru. Mais tu donnes des détails, Azil. Tu dis déjà que tu n’es pas arrivée en voiture. Peut-être ne comprendra-t-il pas. Ou alors, il ne fera tout simplement pas attention.

« Je devais faire peine avec mes vêtements de couleurs qui me collaient à la peau et mes cheveux rouges plaqués contre la peau de mon cou et mon visage… »

Surtout qu’à cet instant, tu te détachais fameusement du ciel gris.
Tu dois être ridicule, à rire, là, dans l’herbe. Mais ça t’a fait du bien, de parler un peu. Même si l’histoire n’était pas un secret d’Etat. Pas un secret tout court.



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MessageSujet: Re: Sleeping Beauty& Little Mermaid [Lilian ♥][Terminé ô/]   Mar 18 Sep - 18:02

Un soleil pastel sur un ciel aquarelle
Anonyme, IX

Tu as dit ce que tu avais à dire. Alors maintenant tu regardes ailleurs. Tu regardes ailleurs sans faire attention à quoi que ce soit, parce que tu aimes regarder ailleurs. C’est comme si tu te mettais à rêver. Non. C’est comme quand tu te mets à rêver. Tu t’échappes de ce monde, celui où tu vis. Tu t’échappes de toutes ces réalités qui font parfois mal. Pourtant, tu n’as pas la pire vie au monde. T’as même une vie vachement sympa. Tu es typé européen alors que ton père est japonais. Tu ressembles à ta mère en tout et pour tout. Son portrait, masculin, en plus jeune. Et avec un cache-œil. Et ça, c’est le seul truc que tu dois à ton père. Ça fait une belle répétition, non ? Depuis le temps, tu le sais. Donc tu promènes ton regard un peu partout. C’est vachement différent la nuit tu ne trouves pas ? Oh, si. C’est différent. Y a plus d’ombres. Y a moins de lumière du coup aussi. Toute la perception est changée. Le paysage pastel devient un paysage gouache. Des couleurs qui font des à-plats ; très peu de nuances. Pas comme tôt le matin, quand le soleil se lève à peine. Pas comme le soir commence à tomber, que ce panel de couleurs s’étale, s’étale, encore, et encore !
Tu sais ? C’est même celui que tu préfères. C’est le soir. Parce que tu te dis que dans quelques heures à peine tu pourras retirer ce putain de cache et regarder des deux yeux. Y a eu toute une histoire à propos de ça, dans ta famille. Et toi, bah tu t’en foutais un peu, en fait.

Tu repenses aux couleurs. A toutes ces couleurs qui émanaient devant tes yeux, comme une palette sur laquelle on peinturlurerait à l’aquarelle en créant des formes, des courbes, des déliés, toute cette histoire de points, de taches qui feraient un film, une espèce de flip-book — photo par photo. Tu devrais essayer, un jour. Tu sais, c’est de la chronophotographie. Une photo par seconde, voire moins que par seconde. Par milliseconde ! Et au final, ça fait un super truc. Des taches colorées. Un tableau fait de taches de couleurs diverses.
Pamplemousse. Jaune-orangé. Vert — pomme, pistache, nature, herbe, militaire, base de ciel, olive. Bleu — azur, ciel clair, pâle, outremer, lapis-lazuli, denim. Rouge — carmin, magenta, profond, tomate, rubis. Du jaune tout court — citron, pâle, presque blanc, vif, un peu vert. Blanc — pur, un peu gris, un peu bleu, un peu vert, un peu jaune, un peu orange, un peu rose. Des gris chauds, des gris froids, des gris qui se colorent. Et du noir au bout d’un temps.
Tu aimes ces histoires de couleurs, tu aimes les décrire et leur chercher un sens, à associer. Tu verrais la vue décrite en bleu. Tu ne sais pas pourquoi, c’est quelque chose comme ça, qui te vient à l’esprit. Un truc spontané, qui ne demande pas à être réfléchi. Tu prends une couleur et tu la colles sur un de ces cinq sens. Des fois la couleur change ; des fois non. Ça dépend, ça dépend de ce que tu veux. Ça dépend de ton humeur. Parfois tu t’amuses simplement à faire pleuvoir, ou neiger près de la fenêtre. Tu refroidis l’atmosphère, ou tu la réchauffes.

Parfois tu fais même percer un rayon de soleil à travers les nuages. Tu t’endors un peu après, c’est tout. Ah, c’est vrai que ton pouvoir, on en parle moins. Beaucoup moins. Tellement moins. C’est comme quelque chose de tabou, non ? Pourtant, ça ne l’est pas. En partant de chez toi tu en étais tellement fier. Un truc qui pouvait faire rager ce cher paternel autant que tu le désirais. Le froid s’installait dans son bureau sans qu’il ne sache pourquoi, et l’électricien revenait souvent pour vérifier les conduites et les fils. Sans succès. Aucune anomalie. Juste la température qui jouait au yoyo. Les vitres pouvaient se couvrir de buée et de givre en plein été. Et ton père ne constatait jamais qu’il se passait quelque chose avec toi. Il prenait ça pour un dérèglement de la climatisation, ou quelque chose dans ce goût-là.
Parfois, ta mère te surprenait. Tu la voyais sourire. Tu avais l’impression qu’elle pouvait tout dire. Ou demander le divorce dès le soir tombé. C’était dérangeant. Tu n’as jamais su lequel des deux serait le choix. Tu avais peur. Et tu te demandais pourquoi ta mère voudrait divorcer de ton père. Ce n’était pas le meilleur mari du monde, mais pas le pire non plus. Peut-être en avait-elle marre de devoir le supporter. Avec son handicap il se faisait de plus en plus imbuvable. Parfois même à claquer. Dans ces moments-là, tu te disais : « moi au moins, je râle en silence. »

Bon. Si on revenait au moment présent, hein ? Tu sais. Avec Azil. Dans le parc du pensionnat. Ou une des allées extérieures. Tu sais. Tu lui avais répondu après quelle t’ait demandé depuis combien de temps tu étais ici. Tu avais dû réfléchir, fatalement, eh ! … Trois ans. Trois ans que tu lisais les mails de ta mère sans y répondre. Enfin si. Tu avais fini par lui téléphoner, un jour. Et tu avais même entendu ton père râler.

Hého ! On avait dit : retour au moment présent. Tu sais qu’elle te répond, là ?

« Deux ans. »

Un an après toi, donc. C’est bizarre que tu ne l’aies pas croisé avant, tu ne trouves pas ? Bah si, évidemment. Mais tu ne soulèves pas le détail directement. Ça ne te servirait pas à grand’chose. Tu médites la chose, tout de même. Oh, attends. Elle se met à raconter ce qui lui est arrivé quand elle a débarqué ici.

Ça te fait sourire. C’est un peu idiot, mais elle sourit aussi. C’est sûr que c’est toujours rétrospectivement qu’on se met à rire de ce qui nous est arrivé tel ou tel jour. Tu écoutes attentivement. Elle est arrivée un jour de pluie. Tu attends qu’elle ait fini son récit pour entamer le tien. Enfin, tu laisses un joli petit blanc avant de t’y mettre. Le temps que les souvenirs reviennent.

« Moi il neigeait. Et j’avais laissé mon manteau dans ma valise, comme un crétin. En prime de ça, je m’étais perdu. En cherchant ma chambre j’avais atterri sur les toits. »

Ça te fait rire. Un petit rire bref, tu finis par garder un grand sourire, et regarder Azil. Ton Azil.

« J’avais commencé à faire de l’hypothermie ou un truc du genre quand quelqu’un est arrivé. Dit comme ça, c’est vraiment que j’aurais pu y rester, mais bon. Au pire, j’aurais été malade une bonne semaine. Pour le début des cours, c’est certes un peu idiot. Puis ça m’aurait appris à sortir mon manteau de ma valise la prochaine fois. »

Tu viens de passer pour un suicidaire. Tu le sais, ça ? Un suicidaire de première qui se dit que l’hypothermie, c’est cool. T’es déjà à 36,7°C en temps normal. Alors si en plus tu descends en dessous de 33, t’es mal barré. Enfin. T’es encore en hypothermie légère. Mais tu finis par être mal barré.

Donc, t’es suicidaire au final ?

« … Enfin bon. Ça fait un peu suicidaire au final. »

Ah ! tu t’en rends compte, finalement.

« … Du coup. On n’a plus grand’chose à se dire… »

… Et ça aussi tu t’en rends compte.


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Azil Azuro
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MessageSujet: Re: Sleeping Beauty& Little Mermaid [Lilian ♥][Terminé ô/]   Sam 22 Sep - 9:37


Et maintenant, il y a un blanc. Un blanc, ce n’est rien. Un blanc, ça se comble, ça s’efface. Ca se colorie, un blanc et finalement, il n’en reste plus qu’une trace, minuscule. Tellement faible qu’on ne la voit pas. Le blanc devient alors un vague souvenir qui fait rire les vieux couples mariés quand ils se souviennent de leur jeunesse, de leur rencontre. Mais un blanc, ça inquiète, ça affole, ça rend fou. Quand il y a un blanc, il est comblé, mais par les questions. Savoir si ce que l’on a dit intéresse l’autre personne, savoir si l’autre personne n’est pas en train de se moquer de nous intérieurement. Savoir s’il a compris, s’il faut répéter ou mieux encore, changer de sujet. Un blanc, c’est vaste, c’est large, c’est immense. Le blanc, c’est l’infini. Le blanc, c’est la mort, c’est la vie, la lumière mais les ténèbres. Le blanc, c’est contradictoire. Le blanc te fait perdre la tête, tu ne sais plus où tu vas, d’où tu viens, par où tu es déjà passé. Et pourtant, le blanc reste là, plane au-dessus des têtes, du monde, de la nuit jusqu’à ce que quelqu’un se décide à ouvrir la bouche.

Le blanc la rend malade. Ce blanc si présent depuis le début, le tout début. Début qui remonte à une heure, peut-être moins. Le début qui remonte à un coucher de soleil, à une chute et à du rouge. Et depuis, il est là. Le blanc. Comme une présence invisible, un Horla, qui reste là, derrière eux, devant eux, au-dessus d’eux, qui les englobe dans une bulle, à l’écart du monde, des activités des élèves. Des lumières s’allument s’éteignent, des gens apparaissent et disparaissent aux fenêtres mais rien ne les touchent. Le blanc les enveloppe, les protège mais assure l’absence de conversation de deux inconnus qui ne savent pas quoi dire. Qui ne savent pas ce qu’ils peuvent dire. Azil n’ose pas s’aventurer trop loin, parce que son passé est tabou, que toute question envoyée revient en boomerang. Et Lilian, elle ne sait pas. Il est ailleurs, regarde ailleurs. Son ventre se comprime quand elle imagine qu’il ne l’écoute pas, qu’il s’en fout. Elle se raisonne, ce n’est tout simplement pas possible. Elle pense ça à cause du blanc qui lui oppresse le cerveau. Elle déraille parce que dans sa tête, c’est une page blanche. Une page qui refuse d’absorber l’encre du stylo, la pression du bic. Une page qui se reforme quoiqu’il arrive.

Et soudain, il parle. Il colorie le blanc, la page mentale d’Azil. Avec des couleurs. Il lui parle de neige. La neige, c’est blanc mais Azil la voit bleu clair. Trop clair. Tellement clair qu’il en deviendrait invisible. Azil voit la valise, le voit. Perdu sous la neige, dans le froid, sur le terrain d’Aomori. Elle voit les couloirs défilés et le toit. La dernière fois qu’elle est montée là-haut, c’était en compagnie de Cherry, qui voulait lui montrer le plus bel endroit du monde. C’est vrai que d’une certaine manière, le toit est le plus bel endroit du monde, parce qu’il permet d’accéder à l’horizon et à ce qu’il y a au-delà. Elle se souvient que Cherry avait écarté les mains, les doigts, qu’elle s’était hissée sur la pointe des pieds. Et qu’elle ressemblait à un oiseau prêt à l’envol final, l’envol qui le mènera loin. Elle écoute Lilian lui peindre la scène, lui décrire le froid, l’hypothermie et le sauvetage d’une personne. Qui ? Azil glisse ses doigts au travers de ses mèches rouges, en attrape une et l’enroule autour de son doigt. Quand son doigt glisse de la mèche qui se déroule, les cheveux ont pris une forme bouclée. De toute manière, elle a déjà les cheveux bouclés.

« … Enfin bon. Ça fait un peu suicidaire au final. »

Azil éclate de rire sous la remarque. Elle ne devrait pas rire. Un suicidaire, ce n’est jamais marrant. C’est même dangereux, pour soi comme pour son entourage. Son sourire étire ses lèvres. Elle croise les yeux de la lune, qui lui arrache des battements de cils pour en chasser la lumière blafarde.

« … Du coup. On n’a plus grand’chose à se dire… »

Le sourire disparait et Azil pince ses lèvres, baissant légèrement les yeux. D’un coup, elle se redresse en position assise, secoue ses cheveux pour en faire partir les brins d’herbe. Elle sort son portable de sa poche, juste pour regarder l’heure. Pas pour lire les cinq messages envoyés. Pas pour voir les deux appels en absence laissés. Juste pour regarder l’heure et découvrir qu’il sera minutes dans une quinzaine de minutes.

« Je crois que je vais rentrer. »

Comme ça, subitement, sans préparation de terrain et sans préparation mentale. Pas parce qu’elle a sommeil. Pas parce qu’elle a froid. Pas parce qu’elle veut revoir ses colocataires. Parce qu’elle doit parler de ce malaise à Shigeru, de sa peur du blanc, du vide auditif. Et de lui. Elle doit lui parler de lui, de la rencontre et de tout ce qui s’en suit. Même s’il n’y a rien eu. D’un geste souple, Azil se remet debout, repousse ses cheveux vers l’arrière. Et attend que Lilian imite son mouvement.




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Lilian R. Kurokawa
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MessageSujet: Re: Sleeping Beauty& Little Mermaid [Lilian ♥][Terminé ô/]   Mer 3 Oct - 15:16

listen up ; do you hear the sound of silence ?
Tu as jeté un blanc. Tu le sais, ça Lilian ? Mais le blanc, ça s’efface. Ca se colore avec du noir, pour le cacher. Ou ça se mélange. Ca éclaircit d’autres couleurs, ça les change. Parfois. Ça ne dure pas, le blanc. C’est éphémère. Le blanc, c’est ce qu’on met sur une phrase mal écrite pour ne pas la raturer d’un trait noir et moche avec son stylo. Le blanc c’est pur, c’est un peu froid. Tu sais, comme la neige. Ce manteau blanc qui recouvre la terre en hiver, la laissant renaître au printemps. Tu sais, c’est doux aussi. Comme une plume. Elle tourbillonne, cette plume. Elle décrit un cercle en descendant. Un peu lentement, et elle grandit au fur et à mesure qu’elle se rapproche du sol. Elle grandit, et comme elle grandit, elle devient un peu plus transparente à chaque fois. Et au final, elle s’installe. Elle tombe doucement, sur l’herbe. C’est ça, le blanc. C’est comme une plume, c’est blanc transparent. On ne le voit pas, on le sent seulement. Il est là. Il est là et il ne bougera pas. Et on n’a pas de musique pour l’atténuer. On n’a pas de mots pour le rayer. On n’a pas de chanson pour en faire des éclats de blanc. On n’a rien pour le chasser, comme quand on souffle sur la plume.
Mais ça, on n’y peut rien. Tu n’y peux rien. Parce que tu ne sais absolument pas quoi dire après ça. Tu as dû passer pour un givré notoire. Mais, à vrai dire, t’en as rien à faire. C’est juste un peu… dérangeant, comme sentiment. Ce blanc, il est casse-pieds. Parce qu’il prend du temps pour rien. Parce qu’il pèse sur tes épaules. Que tu ne sais vraiment pas quoi dire et que c’est encore plus énervant comme ça que si tu savais quoi dire, mais que tu hésitais. Parce que, quand on a fini d’hésiter, on a comblé, ce blanc. On l’a couvert de bleu, de rouge, ou de orange. De vert à la limite. Mais là ; rien. C’est aussi noir dans ta tête que c’est blanc autour de vous. Pas le moindre mot à l’horizon.

Même pas pour tes mains, pour ton cahier qui doit t’attendre sur le bureau de ta chambre. Basil doit déjà être en train de dormir. Ou pas. Ça dépend, t’as pas envie de savoir. Tu verras bien en rentrant. Pour l’instant, c’est pas ce qui te chiffonne l’esprit. C’est autre chose qui te prend la tête d’un soudain quasi nonchalant. Oh, c’est contradictoire mais c’est le cas.

Dis, il est quelle heure ?

Ah, ça, tu te le demandes. Peut-être qu’à la réflexion, tu aurais dû prendre ton portable avec toi. Ou ta montre. Attends. Quelle montre ? Oui, tu devrais investir là-dedans un jour. Tu stresserais moins aux examens, à vouloir savoir l’heure. Quoique. Si tu pouvais regarder l’heure, tu ne remplirais sûrement pas ta copie. C’est à voir. Faudra tester pour le savoir. Mais en attendant, il est quelle heure ? Tôt ? tard ? plus tôt qu’on ne le pense ? ou plus tard ? Ah ! si seulement tu savais. Alors, machinalement, tu as tourné la tête vers Azil. Eh, Lilian, elle regarde son portable.
A ton avis, pourquoi ?

Pour regarder l’heure ?

Dis… il est quelle heure ?

La question te brûle les lèvres. Tu as vraiment envie de demander. Mais… et si ça signait la fin de votre petite rencontre ? Tu imagines ? Il se peut que tu ne la recroises jamais après. Quoique. Tu ne veux pas. Tu veux la revoir. Parler des étoiles. Tu oserais lui demander son numéro ? Ca ferait un peu idiot, non ? Tu n’oserais pas. Trop gêné. Trop peur d’avoir l’air bête. Comme toujours. C’est le stéréotype, le grand classique. Mais pourquoi tu hésites ? Tu lui demandes juste l’heure, ce n’est quand même pas la mer à boire. Si ? Ça ne va quand même pas te tuer ?
Vingt-deux heures ? Vingt-et-une ? … Ou alors, vingt-trois ? Minuit ? Plus ou moins ? Si oui, combien de minutes ? Non, tu n’oses pas demander. Tu as peur de briser un morceau de nuit en posant la question.

Et puis soudain, tu la vois se lever. Tu as raté quelque chose, non ? Oui. Elle a dit quelque chose. Elle a dit « je crois que je vais rentrer ».

Tu te mordilles la lèvre, et renfile ton cache. Comme ça, d’un simple geste. Qui traduit une longue habitude. Tu t’en fous. C’est pas ce cache qui va te gâcher la vie. Tu te lèves, après, en rajustant machinalement la manche de ton t-shirt.

« Je te raccompagne. »

Non. Ce n’est même pas une question. Enfin. Ni une obligation. Elle peut dire « non » si elle veut. C’est juste que, voilà. Tu trouves qu’elle devrait pas rentrer seule. Tu sais pas pourquoi. C’est juste un sentiment comme ça.
Alors nerveusement, tu cales tes mains dans tes poches, en attendant. Tu ne sais pas quoi. Quelque chose comme une réponse.


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MessageSujet: Re: Sleeping Beauty& Little Mermaid [Lilian ♥][Terminé ô/]   Mer 26 Déc - 16:55

Never saying goodbye because saying goodbye means going away and going away means forgetting
Peter Pan

« Je te raccompagne. »

Azil regarde Lilian comme s’il venait de lui mettre une gifle. Ce qu’il n’a évidemment pas fait. Elle ne s’attendait tout simplement pas à cette proposition. Enfin, cela dit, c’est vrai qu’il était assez tard et qu’il n’avait aucune raison de rester dehors une fois qu’elle serait rentrée. Comme si ! Qu’est-ce que tu crois, Azil ? Que tu es importante ? Avant toi, il était seul et après toi, il aurait continué à faire ce qu’il faisait avant. Regarder les étoiles ou même se rendormir. Et s’il avait plu, il aurait été mouillé et s’il y avait eu du vent, il aurait eu la crève. De toute manière, ce n’était pas Azil qui allait changer la météo. Elle, elle était tout juste bonne à changer des babioles en or. Ce qui était assez énervant en fin de compte. Le pouvoir tirait plus vers la malédiction que vers l’utile. Azil, elle devait certainement être classée useless. Parce que l’aurification, à part pour vivre toute sa vie dans la richesse, elle ne servait pas à grand-chose. Elle ne pouvait se défendre qu’en payant ses ennemis. Elle ne pouvait qu’acheter ses ennemis en fin de compte. Elle les arnaquait, les trompait, les humiliait. C’est de cette manière qu’elle était arrivée à Aomori, teinte en rouge et avec des fringues. Sinon, elle serait restée moche. Avec ses cheveux noirs et sales, ses vêtements de garçon trop grands et dont des tâches indélébiles persistaient. Elle serait restée seule jusqu’à la fin de ses jours. Quand on est jolie, ça posait moins de problème. Peut-être que si elle avait été moche, Lilian ne lui aurait pas adressé la parole.

Finalement, Azil offre un large sourire à Lilian. Un sourire heureux et reconnaissant. Elle ne savait pas pourquoi mais c’était ainsi.

« On y va ? »

Attendre une réponse n’aurait servi à rien puisqu’il était d’accord. Azil plonge ses mains dans les poches arrière de son pantalon et se met en route, frigorifiée par la caresse du vent. Quelque chose à lui dire ? Même quelque chose de ça passerait. Ce serait juste histoire de combler le blanc. Tu n’aimes pas les blancs. Qui aime les blancs ? Personne. Elle repousse une mèche derrière son oreille. Arrête de faire ça. Mais c’est plus fort qu’elle, elle ne peut pas s’en empêcher. C’est un geste systématique qui revient dans n’importe quelle situation. Quand elle parle, quand elle écoute, que elle joue avec de la fimo, quand elle lit, quand elle chante. Les gens la laissent faire, la regardent faire et bientôt, ils attrapent cette manie. Niito en était la preuve.

Il avait raison en fin de compte. Elle n’avait plus grand-chose à lui dire. Bien sûr, elle aurait pu lui demander s’il avait beaucoup d’amis, ce qu’il aimait faire, quel était son pouvoir. Ca voulait dire qu’ils avaient encore des choses à se dire, finalement… Mais non. Elle garde la bouche obstinément close. Et Lilian, il fait pareil, à côté d’elle. Il marche lentement. Pour l’attendre ? Ou peut-être parce qu’il marche comme ça d’habitude. C’est elle qui marche vite quand elle est seule. Paranoïa, peut-être. Elle pense parfois être suivie et elle marche vite. Mais ça, c’est quand il fait noir et qu’elle est seule. Là, maintenant, tout de suite, il faisait noir. D’accord. Mais elle n’était pas seule. Il y avait Lilian, à côté d’elle.

Ils finissent par atteindre les bâtiments – elle ne pensait pas avoir erré aussi longtemps dans le parc. Prendre les escaliers, les monter jusqu’au deuxième étage, longer les couloirs. Tout s’enchaîne plus rapidement qu’avant, désormais. C’est un peu triste. Ne vas pas me dire que tu es déçue de le quitter ! Sinon, il fallait lui parler. Lui parler des bulles de savon que tu adorerais faire dans le parc, lui parler de fimo – juste pour avoir quelque chose à dire, au fond. Lui parler tout court. Même si ce que tu racontes, c’est n’importe quoi. Elle s’arrête devant la porte du dortoir des filles. Derrière, l’éternel alignement des portes menant dans la chambre de quatre filles à chaque fois. Elle fait face à Lilian.

« Bon, bah… Je m’arrête ici… »

C’est plus difficile de le quitter qu’elle ne le pensait. Ne fais pas l’idiote. Tu as juste à lui dire au revoir, sans te soucier de ce que Peter Pan disait. Dire au revoir, ce n’est pas si terrible.

« Merci de m’avoir raccompagné… »

C’est bien ça, de le remercier. Ca montre que tu es gentille. En repoussant encore une mèche derrière ton oreille, tu hésites entre poser tes lèvres sur sa joue ou juste lui faire un signe de main. Finalement, elle pose la main sur la poignée de la grosse porte, pousse un peu pour l’ouvrir et lui adresse un dernier sourire.

« Bon… Bah. Au revoir. »

Tu crois qu’il est resté planté derrière la porte après que tu aies été avalée par celle-ci ? En attendant, Haku ne t’a pas manqué. Pour elle, rentrer à cette heure, c’est suspect. C’est juste en l’écoutant ronronner qu’Azil repense à une phrase qu’elle a lue dans un manga, un jour.

Tu sais, quand on raccompagne quelqu’un, ce n’est jamais innocent… C’est pour prolonger les instants passés ensemble.





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MessageSujet: Re: Sleeping Beauty& Little Mermaid [Lilian ♥][Terminé ô/]   Mer 26 Déc - 16:56

Fini ! C'est fini !
wouuuuuuuuuuuuuuwouuuuuuuuuuuuh !



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MessageSujet: Re: Sleeping Beauty& Little Mermaid [Lilian ♥][Terminé ô/]   

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Sleeping Beauty& Little Mermaid [Lilian ♥][Terminé ô/]

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