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 Encore une heure avec moi, après ça Mea Culpa. [Terminé !]

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Kunisaki Tachibana
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MessageSujet: Encore une heure avec moi, après ça Mea Culpa. [Terminé !]   Jeu 16 Fév - 21:31

    Ce n’était que des gamineries. Des enfantillages ridicules d’adolescents surexcités.
    Le problème, c’est que Kunisaki était devenu adulte depuis longtemps.

    Alors pourquoi se livrait-il à de telles bagarres puériles ? Tout ça à cause d’une coupe de jus de fruit et un coup dans l’abdomen. Juste ça. Sans oublier quelques remarques acerbes, des humiliations générales, des vêtements foutus en l’air – paix aux âmes de ses pauvres costards – et des notes en constante baisse ; bref, que des conneries. De vraies conneries. Mais Kunisaki il n’y pouvait rien, c’était un grand gamin très rancunier et Hikari il la détestait. Encore plus depuis la soirée de Noël il la détestait. Pourquoi ?
    Elle n’y était pour rien, mais il lui rejetait la faute.

    Il s’était emporté devant Mélodie, il avait attiré son regard vers lui, il avait fait l’idiot, s’était retrouvé à terre à moitié tabassé par une sombre conne – oui bon, une élève, restons polis – et avait fini la soirée en compagnie d’une professeur toute de latex fort déconcertante. Et tout ça, c’était de sa faute, bien sûr ! Il avait fini bourré ? De sa faute. Il s’était pété le genou en rentrant dans sa chambre ? Sa faute. Il avait perdu son sac avec ses copies ? Sa faute, encore et toujours. Cette maudite Hikari, qu’avait-il bien pu faire pour mériter cela ?! Se moquer de son pire secret et l’utiliser contre elle ? Pouah, pas une raison différente. Hikari elle ne savait pas la chance qu’elle avait.

    Il était un peu jaloux, au fond. Juste un peu – pas assez pour qu’il s’en rende compte lui-même, en fait. Parce que lui n’était qu’un fils unique de gros richards, des oncles et des tantes insupportables et des cousins horriblement prétentieux. Il avait un caractère trop complexe et violent pour avoir de vrais amis et il ne savait qu’attirer les filles stupides qui aimaient les gros caractères. Au final, Kunisaki, il avait toujours été seul. Tout le temps, dans la vie et dans l’intimité. Malgré les gens, malgré les compagnies, malgré les copines et les abrutis de copains, il avait toujours fini seul. Abandonné ? Non, juste solitaire. Il l’enviait Hikari, avec son frère, parce qu’il supposait bien qu’elle n’avait jamais du ressentir cela. Elle l’avait toujours eu à ses côtés, une présence constante lui promettant d’être là quoi qu’il puisse se passer.
    Et en plus ils s’aimaient, c’était un comble. Elle en avait de la chance.

    Quel silence. C’est vrai que Kunisaki faisait bien solitaire.
    Allez hop, une cigarette pour se détendre – quand bien même cela était bien évidemment interdit en classe. Il avait fini les cours depuis 20 minutes et attendait l’arrivée de son élève préférée, tirant doucement sur sa clope en regardant par la fenêtre, adossé contre le bureau. Il se faisait un peu chier et pour tout dire, il n’attendait pas cette heure de colle impatiemment : c’était la première depuis les insultes proférées à la soirée de Noël. Il ne l’avait revue qu’une seule fois, en cours. Ne lui adressant ni une parole ni un regard, ne faisant pas remarquer comme sa dernière copie était sa meilleure depuis longtemps (et quand bien même il est haineux, ça lui avait brûlé la langue de ne pas le dire ; il restait un bon prof malgré tout). Il n’avait cependant pas oublié, à la fin de l’heure, de lui rappeler la retenue qui l’attendait quelques jours plus tard. Lui-même n’avait pas envie d’y assister mais s’y confortait, à chaque fois, en moyenne plus d’une heure par semaine – deux voire trois. Ça devait être la combientième ? Dans les cinquante.
    Quel temps perdu.

    Il poussa un soupire en éteignant sa cigarette dans son cendrier non officiel posé juste là – un verre de cognac brisé. Croisant les bras, il se mit à fixer l’horizon, la nuit était déjà tombée. C’était déprimant. Il n’avait pas envie de supporter son regard de blasée, ses remarques d’éternelle insatisfaite – on se demandera pourquoi – et ses insultes à peine dissimulées. Encore un soupire. Putain, mais pourquoi donc s’infliger cela ? Pourquoi la détester, cette gamine ?
    C’était lui l’adulte dans l’histoire. Alors pourquoi ne savait-il pas agir tel quel ?

    On frappa à la porte ; d’ordinaire la jeune blondinette ne se prenait pas cette peine. Allant rapidement vers la porte, il l’ouvrit sans penser à sa chemise qui sentait fortement le tabac. Mélodie. Un grand sourire, des yeux brillants, des paroles toutes timides et des joues roses : sans même se demander comment elle savait qu’il se trouvait ici, il eut une conversation bouleversante de connerie et de simplicité avec elle. Sans même s’en rendre compte, il devrait vraiment avoir l’air niais et ridicule. N’ayant pas refermé la porte, il laissa (sa) Mélodie quitter les lieux, l’accompagnement au pas de la porte, la regardant s’en aller sans pouvoir décrocher le regard.

    Il avait vraiment l’air con. Et niais.
    Quand elle disparut au détour d’un couloir, il se retourna, un sourire débile sur les lèvres.
    Hikari, et merde.

      « Qu’est-ce que tu regardes ? »

    Cracha-t-il dans sa direction.
    Ouvrant la porte avec son pied, il lui fit signe d’entrer.

      « Tu es en retard. »

    Et sans commentaire, hésita-t-il à ajouter.



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Hikari Okada
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MessageSujet: Re: Encore une heure avec moi, après ça Mea Culpa. [Terminé !]   Ven 17 Fév - 13:03


Citation :

« Et tu n'oublieras pas notre retenue de Jeudi. »

« C'est ça, va crever. » Sans adresser un regard au grand con à tête blonde, Hikari sortit de la salle. Elle voulut claquer la porte, pour montrer la puissance de son courroux qu'il devrait redouter, ou simplement lui répondre avec un geste qui aurait traduit toute son indifférence et son dédain. En tout cas, une sortie théâtrale, fière, classe, qui l'aiderait à se sentir supérieure et à apaiser la rage sans précédent qu'elle avait combattue à chaque seconde pendant ce cours de philo. Mais non. Un petit groupe de filles hystériques se pressait devant Tachibana pour lui poser des questions stupides, avec des sourires à gerber et des rires suraigus. Dont une sur le pas de la porte, qui lui interdisait tout accès à la poignée. Garces. Ce minuscule détail, qui en temps normal n'aurait dû que l'agacer vaguement, eut le don de la mettre hors d'elle. Elle ferma les poings, contracta les mâchoires, prit une profonde inspiration et partit en courant pour rejoindre la salle de chimie.

Elle n'avait séché aucun cours depuis la désastreuse fête de Noël, et certainement pas celui de Tachibana. S'il venait à apprendre qu'elle faisait l'école buissonnière, il aurait imaginé avoir remporté le premier round, l'avoir mise à terre. Non, elle n'avait certainement pas dit son dernier mot. Il pouvait être sûr qu'elle irait à son énième heure de colle de merde sans se laisser démonter. De toutes manières, elle savait qu'il n'aurait jamais le culot de dénoncer cette histoire d'inceste. Oui, il en était incapable. Elle essayait de s'en convaincre, en tout cas.


« T'avais pas colle avec Tachibana à 18h ? »

Et merde, elle avait pris de trop petits récipients. Fronçant les sourcils, Hikari jeta un coup d’œil à la recette. Tant pis, elle mettrait une couche de moins dans ses verrines.

« Il paraît que ça a chauffé, dans la Grande Salle, la dernière fois. Il s'est passé quoi, en fait ? Je comprends pas comment t'as pu faire ça à ce prof, il est tellement sympa. N'empêche, tu devrais quand même y aller, à ta colle, sinon tu vas avoir des ennuis.
- Il est où le mascarpone que j'avais posé là ?
- ... Hikari, tu m'écoutes ?
- Putain, c'est toi qui avais pris mon mascarpone !
- T'y vas ou pas à ta colle ?
- ... Tu peux finir ma verrine pour moi ?
- T'étais pas obligée de me lancer ton tablier dessus !
»

« Merde, merde ! » La blondinette partit en courant comme une dératée. Elle qui ne voulait montrer aucun signe de faiblesse, il allait croire qu'elle avait hésité à venir par crainte de se retrouver en face à face avec lui. Lâchant à mi-voix une ribambelle d'affreux jurons, elle grimpa les escaliers quatre à quatre et traversa le couloir du premier étage à toute vitesse. 18h05. Bon, en fait, ça allait. Elle ralentit l'allure, se dirigeant lentement vers la salle de philosophie qu'elle ne connaissait que trop bien - surtout le plafond, à force de le fixer. Juste à temps pour voir une longue chevelure blonde y entrer.

Une autre collée ? Intriguée, Hikari s'approcha silencieusement, jeta un coup d’œil à l'intérieur de la pièce, la porte étant restée à moitié ouverte... et faillit s'étouffer avec sa salive devant la gueule de bienheureux de Tachibana. Vraiment, le parfait ravi de la crèche, avec un sourire timide dégoulinant de niaiserie et des petites joues toutes roses. Elle n'avait jamais vu un tel éclat dans ses prunelles. On aurait dit une jeune fille amoureuse, l'héroïne de shojo qui engage une conversation avec le senpai qu'elle admire depuis la primaire. Partagée entre l'ébahissement et l'hilarité, la blondinette se mordit la lèvre inférieure pour garder le silence et se tordit le cou pour voir l'interlocutrice de l'enseignant. La prof de musique, Ravensgate, le genre qui sourit tout le temps. Hikari n'avait rien contre elle, et Tachibana non plus, apparemment.

Le mieux, c'était sans doute leur dialogue. Des propos badins, mais Hikari n'avait jamais vu l'enseignant dans un tel état de timidité. Il semblait boire chaque parole de Ravensgate ; celle-ci aurait bien pu lui parler de ses problèmes de digestion qu'il aurait eu ce même petit sourire émerveillé. C'était à mourir de rire. Au fond d'elle, la blondinette ne put s'empêcher de le trouver atrocement mignon, mais elle préféra repousser ce sentiment dans les tréfonds de son inconscient. Et puis, c'était pas comme si elle avait envie qu'il lui fasse ce sourire horrible qui n'allait pas à sa gueule de grand con. Tant qu'à faire, elle préférait ses expressions sadiques et méprisantes. Oui, elle préférait. Et puis, c'était quoi ces questions ?

Un immense sourire triomphal étira les lèvres de la jeune fille. Elle tenait sa revanche.

Des au revoir furent échangés. Hikari se dissimula derrière la porte, tandis que Tachibana raccompagnait sa douce et la regardait disparaître au bout du couloir. Il ne la lâcha pas du regard avant qu'elle soit totalement partie. L'adolescente sortit de sa cachette et attendit patiemment qu'il daigne se retourner.

« Qu’est-ce que tu regardes ? » Son attitude avait changé du tout au tout, c'en était presque effrayant. Hikari le gratifia d'un sourire radieux tandis qu'il lui ouvrait la porte d'un pied, avec tout le mépris dont il était capable. « Tu es en retard. »

Elle entra allégrement, d'un pas léger. Cette heure de colle ne serait pas comme les autres. Incapable de garder son atout pour plus tard, elle se tourna vers le professeur et, tout sourire, lui répondit :

« Je n'osais pas vraiment vous déranger pendant que vous discutiez, Monsieur. Vous aviez l'air... tout à votre conversation, si j'ose dire. » Nargue-le, fous-le en rogne, hésite pas à faire ta lourdingue. « Vous voulez peut-être l'appeler sur son téléphone ? Pour vérifier qu'elle ne s'est pas fait agresser avant d'arriver à sa chambre. Ça ne me dérange pas, faut surtout pas vous gêner. Surtout qu'elle est jolie, vous imaginez le nombre de mecs qui lui courent après ? Dans ma classe, ils sont tous à fond sur elle, vous avez pas idée. »

Oui, bon, elle pouvait bien mentir un peu, le titiller, elle avait bien le droit après tout. Et puis, c'était vrai que Ravensgate avait la cote. Pas à ce point-là mais quand même.






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Kunisaki Tachibana
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MessageSujet: Re: Encore une heure avec moi, après ça Mea Culpa. [Terminé !]   Dim 19 Fév - 14:39

    Il n'aimait pas son petit sourire au coin des lèvres.
    Sombre idiote. Ce détail le rendit d'encore plus mauvaise humeur - en supposant que cela possible -, ayant momentanément oublié la visite surprise de Mélodie qui l'avait fait couiner des phrases incohérentes et des remarques stupides à en faire mourir de niaiserie n'importe qui. Pathétique, il poussa un soupire.

      « Je n'osais pas vraiment vous déranger pendant que vous discutiez, Monsieur. Vous aviez l'air... tout à votre conversation, si j'ose dire. »

    Il releva un sourcil, perplexe, presque insensible à ce qu'elle essayait de lui faire remarquer avec la plus grande subtilité. Discuter, conversation, oui oui. Et alors ?
    Qu'elle en vienne au but, il avait déjà envie de se frapper la tête contre la table tant entendre sa voix de péteuse l'exaspérait ; en plus elle semblait si fière d'elle-même. Rah. C'était d'une inutilité grandiose, il s'assit à son bureau.

      « Vous voulez peut-être l'appeler sur son téléphone ? Pour vérifier qu'elle ne s'est pas fait agresser avant d'arriver à sa chambre. Ça ne me dérange pas, faut surtout pas vous gêner. »

    Connasse.
    Comment elle se foutait de lui, en plus, fallait pas se gêner.

      « Surtout qu'elle est jolie, vous imaginez le nombre de mecs qui lui courent après ? Dans ma classe, ils sont tous à fond sur elle, vous avez pas idée. »

      « Comme si je devais avoir peur de quelques adolescents boutonneux. »

    Dit-il, moqueur, avec un sourire narquois. Prenant quelques interminables secondes avant de s'apercevoir qu'il avait peut-être fait une grosse connerie. Ne venait-il pas de lui avouer qu'il avait clairement des vues sur elle ? Tout cela en faisant remarquer comme les jeunes d'aujourd'hui ne prenaient pas suffisamment soin de leur peau, c'était du joli. Il se racla la gorge, se sentant con. Juste un tout petit con. (pas trop quand même) Pas grave, il ferait comme si de rien n'était. ♫
    Fouillant dans son paquet de copies et de feuilles, il chercha quelque chose de suffisamment difficile, ennuyeux, long et inapproprié pour Hikari ; histoire qu'elle s'enfonce si profondément dans la philosophie qu'elle éprouve l'irrésistible envie de sécher ses prochains cours - et il ne serait pas contre, il en avait marre de la voir dormir sans arrêt. Il se creusa la tête pour trouver LE sujet le plus chiant de tout l'univers, car même pour un acharné et illuminé tel que lui en avait.
    Pouf. Trouvé.

      « Assis-toi je vais chercher quelque chose. »

    Juste en face de son bureau, comme d'habitude, histoire d'être sûr qu'elle ne faisait pas n'importe quoi sur les exercices qu'il lui donnait - un peu de respect ! Se levant (et on remarquera le soin qu'il prend à faire comme s'il n'avait fait aucune maladresse) il ouvrit l'armoire au fond de la salle, prenant de vieilles études de documents qu'il n'avait jamais osé donner à ses élèves de peur qu'ils ne haïssent à jamais ses cours - c'était déjà suffisamment le cas. Prenant quelques écrits de Freud, il eut un sourire (pervers ; ou du moins quelque chose qui y ressemblait).

    Il revint s'assoir à son bureau, posant la feuille sous le nez de la blonde.

      « Je suppose que tu connais Œdipe. »

    Oh le connard.

      « Une simple étude de document sur Freud, il a dit de grandes choses. Tu as l'heure, si tu n'as pas terminé je te laisse le soin de le faire ce soir. »

    Quel méchant connard.
    Il était certain qu'elle allait beaucoup s'amuser.

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Hikari Okada
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MessageSujet: Re: Encore une heure avec moi, après ça Mea Culpa. [Terminé !]   Dim 29 Avr - 13:30


« Comme si je devais avoir peur de quelques adolescents boutonneux. »

Ohoooh ! La bouche ouverte, Hikari haussa exagérément les sourcils et posa les mains sur chacune de ses joues. C'est qu'il y allait fort, le Tachibana ! Tout fier de son amour dégoulinant de niaiserie, il lui avouait clairement l'affection qu'il portait à Ravensgate, dans son rôle de séducteur aguerri au sourire assuré. Mais elle n'était pas dupe : elle les avait bel et bien vus, ses grands yeux scintillants de jeune fille amoureuse et ses petites joues rosies par la confusion et l'embarras causés par l'être aimé. Ricanante, la blondinette s'avança dans la salle en sautillant, le cœur léger, ayant apparemment oublié le regard qu'elle-même posait sur Kain. Cette heure de colle allait lui permettre de changer la donne, c'était certain. Il allait falloir qu'elle imagine les pires crasses à faire pour l'empêcher de filer le parfait amour et le plonger dans des situations à faire fuir n'importe quelle soupirante. Mon dieu, que de délicieuses perspectives.

« Assieds-toi je vais chercher quelque chose. »

Elle obtempéra sans mot dire, se bornant à conserver le sourire narquois qu'elle avait pendu aux lèvres depuis un bon moment. Un véritable sourire de hyène ; moqueur, cruel - et moche, aussi. Cette expression déformait son visage tout lisse, creusait des plis, plissait ses yeux bleus. L'air de se faire chier profondément, la tête calée sur sa main et coude posé sur la table, elle attendit en pianotant sur sa table que son professeur achève ses recherches - non sans une certaine appréhension qu'elle s'appliquait consciencieusement à étouffer. Qu'est-ce qu'il allait lui sortir, cette fois ? Encore un truc qui pourrait guérir n'importe quel insomniaque. Parce que bon, c'était pas super palpitant, le cul assis sur une chaise, à chercher des piques subtiles à insérer dans ses devoirs dont elle ne comprenait même pas le sujet. Sachant que Hikari n'y connaissait pas grand chose en subtilité, c'était un exercice assez difficile. Alors parfois, quand elle avait la flemme de réfléchir, elle glissait des « Je t'emmerde » dans la marge, mais elle avait vite fait le tour de toutes les insultes possibles et imaginables.

« Je suppose que tu connais Œdipe. »

Œdipe. Le nom ne lui était pas inconnu. Elle fronça les sourcils, se plongeant dans de lointains souvenirs. Pas qu'elle n'écoutait rien en cours, mais presque. Vu la satisfaction clairement affichée sur le visage de Tachibana, ce n'était pas réjouissant.

« Une simple étude de document sur Freud, il a dit de grandes choses. Tu as l'heure, si tu n'as pas terminé je te laisse le soin de le faire ce soir. »

Freud. Freud. Œdipe.

... Oh l'enculé.

Lentement, sans quitter des yeux son professeur, Hikari s'empara du document posé sur sa table, ne se décidant qu'après une longue fusillade par le regard de parcourir le texte qui lui était donné. Bordel. Un frère, c'était pas un fils et sa mère. Sa vieille haine pour la philosophie - ou psychanalyse, enfin tout ce qui y ressemblait de près ou de loin - se réveilla dès les premières lignes. Tous ces gens réfléchissaient trop, cherchaient à expliquer chaque geste, chaque sentiment. Elle était sûre que ce Freud n'avait aucune vie sociale et rien d'autre à faire. Et puis il avait l'air de fantasmer sévèrement sur sa mère. La pauvre. Ce gars était un psychopathe.

Furieuse, elle s'empara d'une main tremblante de son stylo, écrivit son nom sur sa copie et tâcha de se concentrer. Peine perdue. Elle respira profondément. Non, elle n'allait pas le laisser faire. Quitte à faire ce devoir de merde en rentrant dans sa chambre plus tard. Elle bouchonna son stylo bille, croisa les jambes, réfléchit un instant à une pique bien placée, n'en trouva aucune, décida de l'ouvrir quand même.

« Vous l'aimez bien hein ? » Un silence. Juste pour qu'il se sente mal à l'aise. Il savait très bien de qui elle parlait. « Ravensgate. C'est vrai que c'est une bonne prof. Très gentille. »

Elle posa un coude sur le dossier d'un air décontracté, joua avec son stylo, voulut le faire tourner autour de sa main mais le fit tomber lamentablement par terre. Préférant ne pas s'abaisser à le ramasser, et faisant comme si de rien n'était, elle reporta son attention sur Tachibana.

« Vous savez... » Vite, réfléchis. N'importe qui. Quelqu'un qui pourrait plaire à cette prof. Pas Hyuga, il était trop con. C'était même pas crédible. Kain, pas question - non mais oh ! Vite ! « Monsieur d'Artensec. » Elle s'excusa mentalement auprès de lui. Elle ne l'avait jamais vu, ne le connaissait même pas : elle avait juste entendu quelques rumeurs à son sujet. « Il est magnifique, un Apollon. Beaucoup de filles lui ont demandé s'il était en couple - vous savez, ce genre de groupies qui viennent vous harceler après les cours, et qui font de vous un minable total pas capable de sortir avec quelqu'un de son âge. » Hop, un ricanement. Quelle hyène. « Vous savez... Il paraît qu'il aime bien les blondes à longs cheveux. Elles lui ont demandé, pour Madame Ravensgate. Il avait l'air intéressé. Très, même. »

Quelle incroyable capacité d'improvisation. Elle ne savait pas si c'était crédible, mais l'amour rend aveugle.

« Je voulais juste que vous soyez au courant. Je fais mon devoir, maintenant. »

Hikari ramassa son stylo le plus rapidement possible - elle n'aimait pas cette situation d'infériorité - et écrivit la date. Puis, pour avoir l'air un tant soit peu intelligente, elle recopia les premières lignes du texte en citant Freud. Parce que pour l'instant, elle n'avait aucune idée de ce qu'elle pourrait bien écrire, mais elle guettait avidement la réaction de Tachibana.



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MessageSujet: Re: Encore une heure avec moi, après ça Mea Culpa. [Terminé !]   Mar 1 Mai - 17:32

    Il détestait Freud, comme il détestait la gamine blonde juste en face de lui.
    Il avait toujours détesté ses idées, ses écrits, ses théories. Il ne supportait pas tous ces prétendus philosophes qui croyaient éperdument en ce qu’il disait, qui courbaient la tête même à ses principes qu’il jugeait les plus absurdes. Le complexe d’Œdipe en était le meilleur et le plus affreux exemple. Kunisaki n’avait jamais été proche que de sa défunte mère, dans sa famille, et lire des principes d’attirances si physiques et morbides le dérangeait profondément : devoir l’étudier avait été une torture sans nom, si bien qu’à présent il ne croyait absolument plus en toutes ces théories basées sur un soi-disant subconscient pervers. Quand bien même il était censé avoir l’esprit ouvert, du fait de son métier, il se refusait à cela : et Freud, il ne le supportait.

    Devoir infliger à une demoiselle aux amours compliqués et incestueux un tel devoir devait être insupportable : il était d’ailleurs certain qu’il n’y jetterait pas un seul coup d’œil.
    Comme s’il en avait quelque chose à battre de ses petites insultes dans la marge. Déjà qu’il s’ennuyait à un point inimaginable en cet instant : la tête posée contre son poing, et l’autre occupée à écrire des commentaires idiots sur les anciennes copies d’Hikari, accompagnant cela de quelques têtes de morts blasées.

      « Vous l'aimez bien hein ? Ravensgate. C'est vrai que c'est une bonne prof. Très gentille. »

    Il releva mollement les yeux vers elle, lâchant un soupire interrogatif.
    Il eut un sourire soudain en entendant son stylo lui glisser des mains : admirant avec joie cette façon qu’elle avait de le fixer comme s’il ne s’était rien passé. Quelle classe.

      « Vous savez... Monsieur d'Artensec. Il est magnifique, un Apollon. »

    Et c’est avec bien d’humour et de patience qu’il l’écouta débiter un bon gros tas de connerie sur un prof qui venait à peine d’apparaître – il n’était pas même certain qu’elle eut déjà l’occasion de l’avoir en cours. Il ne parvenait pas à dissimuler son sourire alors qu’il se repositionnait sur sa chaise, bien face à elle, imperturbable. Il savait s’emporter avec fureur et impulsivité pour les raisons les plus connes du monde, mais il ne fallait pas le prendre de front pour un véritable abruti : comme s’il allait croire un traitre mot de cette gamine pré-pubère.

      « Elles lui ont demandé, pour Madame Ravensgate. Il avait l'air intéressé. Très, même Je voulais juste que vous soyez au courant. Je fais mon devoir, maintenant. »

      « Trop aimable, mais c’est Mademoiselle Ravensgate. »

    Pas de Ravensgate ni de Madamne.

      « Je pensais que tu trouverais mieux que ça pour me faire chier. Je ne vois pas en quoi mes relations amicales avec Mademoiselle Ravensgate devraient me gêner. »

    « In your face biatch. » ne fut absolument pas la pensée qui lui traversa l'esprit au même moment, pas du tout.

      « Arrête de te comporter comme si tu venais de découvrir que j’me tapais une élève sous mon bureau, ça suffit. Tu n’as rien sur moi. »

    Il avait un grand sourire.
    Un très grand sourire.

      « Je n’ai aucune relation louche sur le dos, ce qui n’est pas ton cas. Tu vois de qui je parle, hum. »

    Puisqu’elle voulait qu’ils en parlent.
    Il était temps. Il se rapprocha un peu vers elle.

      « Et c’est même pas la peine d’essayer de me sauter au visage : moi aussi j’ai un pouvoir et je sais m’en servir. »

    Merci Haine. (c’était bête, hein)(quelle ironie)
    Elle esquisserait le moindre geste qu’il jouerait avec ses membres comme une marionnette démembrée : il n’arriverait pas à en faire grand-chose mais il n’avait pas bien besoin de plus que de l’empêcher de l’approcher. Il n’avait pas envie que cette furie se jette encore sur lui.
    Il pouvait comprendre que ses foutus hormones lui jouent des tours mais il aimerait, cette fois-ci, qu’elle lui foute un peu la paix et qu’elle n’essaye plus de l’étouffer avec son nœud de cravate.

    Et à moins qu’elle ne soit motivée à le lyncher avec ses yeux, elle ferait encore mieux de retourner à sa copie.
    Freud et Hikari formaient un superbe duo des ennemis de Kunisaki : cela avait de quoi être une scène étrange.


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Hikari Okada
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MessageSujet: Re: Encore une heure avec moi, après ça Mea Culpa. [Terminé !]   Lun 4 Juin - 18:40


« Trop aimable, mais c’est Mademoiselle Ravensgate. »

Hikari s'obligea à ne pas relever la tête dès les premières syllabes de prononcées par le professeur, comme si elle se désintéressait de ses propos et préférait s'appliquer à écrire soigneusement sur sa feuille. Elle réprima difficilement un sourire narquois. C'est qu'il voulait défendre l'intégrité de sa douce, le brave garçon ! Et le pire, c'est qu'il insistait sur le célibat de la demoiselle. Son imagination s'envola, lui imposant la vision d'un Tachibana rouge de fureur en entendant Hikari traiter sa belle de salope - pour rester poli, car les pensées de cette affreuse adolescente allaient bien au-delà de cette insulte aussi simpliste. Cette idée lui arracha un gloussement qu'elle fit passer tant bien que mal pour une quinte de toux.

« Je pensais que tu trouverais mieux que ça pour me faire chier. Je ne vois pas en quoi mes relations amicales avec Mademoiselle Ravensgate devraient me gêner. »

Sa grimace de fouine satisfaite s'effaça, laissant place l'espace d'une micro-seconde à une expression de consternation qui devait faire peine à voir tandis qu'elle levait brutalement les yeux vers Tachibana. Puis elle reprit son habituel masque d'assurance, le gratifia d'un sourire étincelant de haine et plongea lentement la main dans son sac.

« Arrête de te comporter comme si tu venais de découvrir que j’me tapais une élève sous mon bureau, ça suffit. Tu n’as rien sur moi. »

Elle le laissa déblatérer, l'écoutant d'une oreille, ses doigts furetant dans les moindres poches de l'objet. Enfin, elle sentit un emballage en carton et s'en saisit résolument, fière du coup qui allait venir. Elle s'apprêtait à le poser sur la table lorsque Tachibana rouvrit la bouche, avec cette expression satisfaite caractéristique qu'il avait lorsqu'il avait trouvé une bonne répartie. Si prévisible, comme toujours. Ce gros lourd qui pouvait rester sur le même sujet de moquerie pendant des années sans s'en lasser une seconde, toujours aussi fier de l'effet provoqué.

« Je n’ai aucune relation louche sur le dos, ce qui n’est pas ton cas. Tu vois de qui je parle, hum. »

Le petit paquet en carton s'écrabouille entre les doigts de la blondinette, qui se recroquevillent pour former un poing minuscule. Les ongles se plantent dans la chair des paumes, et ça fait mal, ça laisse des traces, mais Hikari serre toujours plus fort, grince des dents, s'applique à respirer calmement alors que son pouls s'emballe.

« Et c’est même pas la peine d’essayer de me sauter au visage : moi aussi j’ai un pouvoir et je sais m’en servir. »

Oh pourtant, même Dieu ne savait combien elle en avait envie. Apparemment, la présence de Tachibana produisait un effet non-négligeable sur la jeune fille, puisque son imaginaire atteignit des sommets de perversité. Les images mauvaises déboulèrent dans la tête de Hikari dans un fracas assourdissant, comme une armée de souvenirs atroces venus de faits divers variés. Peut-être pouvait-elle le lapider vivant, ou alors le brûler vif, l'entendre hurler. Non, ce serait encore trop rapide. Elle se rappelait d'un film de James Bond où le héros était installé nu sur une chaise trouée, les parties génitales fouettées. C'était pas Tachibana qui serait stoïque comme ce brave James ! Ensuite elle le castrerait. Non, c'était trop affreux, elle ne voulait pas voir ce corps dégoûtant sans vêtements. Elle pourrait le couvrir d'huile et le laisser cuire dans le Sahara, il n'arriverait plus à dormir, le corps couvert de coups de soleil.

Non, le mieux restait tout de même le coup de boule ou la bonne baffe dans la gueule, et ensuite qui vivra verra. Il était trop près. A croire qu'il aimait lui souffler son haleine dans la gueule.

Il fallait se contrôler. Son idée précédente lui revint à l'esprit. Allez, va jusqu'au bout de tes plans machiavéliques. Et surtout, ça t'évitera de te briser les dents, tu les serres trop fort.

D'un geste lent, avec le plus de calme possible, Hikari baissa les yeux, sortit son paquet de chewing-gum à la fraise - on le lui avait refilé mais elle aimait pas ça -, en sortit une barre, la sortit de l'aluminium qu'elle froissa consciencieusement et posa sur un bord de la table, plaça le chewing-gum sur sa langue, puis commença à mâchouiller avec bruit, la bouche ouverte. Elle fixa l'enseignant d'un air provocant, les bras croisés sur sa poitrine. Les secondes s'écoulèrent lentement dans un silence pénible, que seuls les horribles bruits de mastication troublaient. Tachibana restait penché vers elle. Peut-être commençait-il à se méfier.

Il aurait eu raison.

« Connard. »

Sans prévenir, elle cracha, et le chewing-gum partit à vitesse grand V se coller sur le visage du professeur. Le projectile atteignit sa cible à l’œil, mais risquait de retomber - quelle adhésion minable ! Tentant le tout pour le tout, Hikari se projeta en avant, donnant par la même occasion un grand coup de pied dans sa chaise qui se renversa en arrière dans un grand fracas. Elle posa les genoux sur sa table, bras tendus en avant, et rattrapa le chewing-gum pour s'efforcer de le coller contre la narine droite de son meilleur ennemi, le tout dans un rire de démente. Pas de réelles pulsions meurtrières, juste le désir désespéré de l'humiliation de cet être tant détesté.

Les paroles de Tachibana étaient déjà loin derrière elle. Sûrement ne tarderait-il pas à la maîtriser.

Dire qu'elle comptait affronter son adversaire avec sang-froid, c'était raté : comme quoi, chassez le naturel et il revient au galop.






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MessageSujet: Re: Encore une heure avec moi, après ça Mea Culpa. [Terminé !]   Mar 10 Juil - 22:24

Il n’en revenait pas d’avoir la morve d’une grognasse pareille sur le visage ; et il fallait dire qu’il s’était bien retenu de lui enfoncer le visage sur le bureau alors qu’elle mâchait son chewing-gum en le regardant de cette façon si péteuse. Il n’y avait pas à dire : Kunisaki détestait profondément Hikari Okada, et pour ça il le lui ferait payer de sa poigne et sa rage.

Il devait admettre qu’elle l’avait réellement surpris, si bien que sa saloperie sucrée était bien collée sur son visage – et son insulte l’avait piqué bien vite aussi – alors qu’il se défendait avec plus de colère et de force qu’il n’en avait jamais eu. C’était terminé les verres renversés à l’arrière du crâne, les vestes pourries ou les tentatives de l’étrangler avec des calmants – il en avait plus qu’assez et cette saloperie devait s’arrêter, tout de suite. Il saisit ses deux bras qu’il tordit sans ménagement et qu’il plaqua contre son dos, laissant son visage tomber soudainement sur le bureau, il se pencha vers elle et usa de son poids pour lui empêcher tout mouvement avec son buste – mais il sentait jusque sous les plis de sa peau ses jambes qui s’agitaient derrière.

    « Tu m’emmerdes sérieusement. »

Et la veine qui menaçait d’exploser contre sa tempe en était l’ultime preuve.

    « Connasse. »

Voilà, une petite insulte ça fait du bien. Tellement qu’il en un petit sourire – d’enfoiré, comme toujours, mais pour cette fois il avait au moins le mérite d’être justifié. En plus il sentait cette saloperie de chewing-gum coller et glisser de façon visqueuse au bord de sa narine : il se demandait s’il pouvait se risquer à essayer de l’enlever d’une main. Ayant confiance en sa domination sur Hikari – et n’y voyons aucune chose louche, après tout il n’avait fait que la plaquer contre son bureau – et sur sa force physique (quand même, elle ne pouvait même pas l’anesthésier de là où elle était) il enleva le bonbon gluant et le mit sur une feuille de papier – qui resta amoureusement collé à sa main quelques instants, il ne savait pas d’ailleurs s’il avait tout enlevé de son visage, il s’essuya avec sa manche, n’arrivant pas à dissimuler son dégoût.

    « Il va falloir que tu apprennes à contrôler tes émotions, putain. J’ai pas l’intention de devoir faire ça à chaque fois. »

Ouais fallait admettre que ça devenait un peu gênant – il avait pas envie qu’on le croit en train d’essayer de la violer si quelqu’un rentrait, mais d’un côté il ne prendrait pas un tel risque de la lâcher. Puis de toute façon tout le monde savait, maintenant, comme Tachibana et Okada se haïssaient, on comprendrait certainement. Il attendit quelques instants qu’elle cesse de gesticuler et de se débattre (il se surprit même à avoir peur de lui faire trop ma aux bras, ils n’étaient pas spécialement dans une position confortable) pour relâcher légèrement sa prise.

    « Tu devrais te calmer un peu, des fois, je me demande bien comment tu comptes faire plus tard si déjà tu t’énerves aussi vite avec moi. »

Il était las, et cela se ressentait dans chacune de ses syllabes jetées à l’arrière de son crâne. Il avait vraiment envie que tout cela s’arrête – il sentait encore sa narine humide, c’était dégueulasse.

    « Pourquoi t’assumes pas, hein ? Si c’était le cas, quoi que je puisse te dire tu t’en foutrais littéralement. »

Avec elle il ne prenait même plus la peine de s’exprimer correctement. Il n’avait pas que ça à faire, finalement. Il ne s'en souciait pas le moins du monde - avec Hikari il n'avait aucune image de politesse à tenir.

    « Tu es une lâche, c’est tout. Si tu étais capable d’assumer tes sentiments dès le départ on n’en serait pas là. »

Il la lâcha, finalement, il commençait lui-même à avoir mal aux poings.
Protégé par son bureau il recula, butant légèrement dans son fauteuil.

    « Tu n’arriveras à rien dans la vie si tu t’enflammes au moindre pic qu’on te lance. T’es vraiment une fille qui ne sert à rien, va falloir apprendre à régler tes problèmes d'impulsivité. »

- et c'était lui qui disait ça.
Mais, oui, ils étaient bien pitoyables tous les deux.
Bien pitoyables.


- -
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MessageSujet: Re: Encore une heure avec moi, après ça Mea Culpa. [Terminé !]   Mer 11 Juil - 14:18


Elle ne savait pas vraiment à quelle réaction elle s'attendait. Ce qui était certain, c'est qu'il allait s'énerver sérieusement – rien qu'à voir sa gueule quand elle mâchait son répugnant chewing-gum chimique, elle ne pouvait que prédire une explosion de fureur quand elle le lui cracherait à la figure. Peut-être une baffe. Ou alors allait-il utiliser son pouvoir pour lui faire accomplir toutes sortes d'actions ridicules, le tout agrémenté de remarques narquoises. En fait, elle n'y avait même pas pensé en lui sautant dessus comme une furie. Elle voulait juste le faire sortir de ses gonds, le faire hurler, le mettre dans le même état de frustration enragée que celui dans lequel elle se trouvait à ce moment-même. Elle ne voulait pas qu'il garde son sang-froid. Elle voulait qu'il la frappe, qu'il la massacre, qu'il lui casse une jambe, qu'il la jette par la fenêtre. Peu importait la douleur, elle désirait ardemment sentir l'irritation de son adversaire atteindre son paroxysme, une rage que même un meurtre ne parviendrait pas à apaiser. Elle voulait lui transmettre sa colère à elle, cette colère qui la bouffait de l'intérieur, cette colère qu'elle portait comme une maladie à longueur de journée, cette colère qui la dépassait depuis des semaines, des mois, des années et peut-être même depuis son enfance. C'était une colère sourde, qui se réveillait à la manière d'un volcan en présence de ce professeur exécré ; il n'en était pas l'origine mais il soufflait sur les braises, il attisait ce feu puis se prenait l'explosion en pleine tête. Oh non, pas une explosion majestueuse, puissante et qui balayait tout sur son passage. C'était une explosion pathétique. Un fouillis de passions réprimées et de sentiments refoulés qui se rassemblaient pour prendre la forme d'insultes puériles.

Tachibana, c'était son défouloir volontaire.

« Tu m’emmerdes sérieusement. »

Il l'avait plaquée violemment contre le bureau, en lui écrasant sans ménagement la tête contre la surface rigide. Il pesait de tout son poids et ça l'oppressait, ça la faisait paniquer, ça lui faisait mal partout, aux bras, aux poignets, à la joue, au ventre et même à sa poitrine inexistante. Le haut de son corps était entièrement immobilisé, et Hikari ne pouvait qu'agiter les jambes dans un ultime effort pour acquérir une marge de manœuvre, pour maintenir une maigre illusion de liberté. Elle cherchait le regard de l'enseignant, tentant de lui envoyer une dose d'anesthésie, mais c'était peine perdue. Il la dominait entièrement, et cette soumission lui tira un grognement étouffé de révolte entre deux inspirations laborieuses.

« Connasse. »
« Mnhf-enfoiwé ! »

Bats des jambes Hikari, bats des jambes autant que tu veux, mais c'est d'une inutilité navrante.

Elle sentit que l'étau qui maintenait ses bras dans son dos se desserrait légèrement, et elle voulut profiter de cette faille pour échapper à l'étreinte du professeur. Mais elle ne parvint même pas à remuer le petit doigt. Elle sentait la puissance écrasante de Tachibana, et cette immobilisation était peut-être pire que n'importe quel coup qu'il lui aurait asséné. Elle n'avait d'autre choix que d'attendre qu'il daigne reprendre la parole, sans même savoir ce qu'il fabriquait derrière elle.

« Il va falloir que tu apprennes à contrôler tes émotions, putain. J’ai pas l’intention de devoir faire ça à chaque fois. »

En signe de protestation, elle se débattit avec une ardeur renouvelée, essayant tant bien que mal de frapper son adversaire dans le dos avec ses pieds mais parvenant tout juste à l'effleurer. Son cœur s'emballait. Cette position était à la limite de développer en elle un sentiment de claustrophobie nouveau. Elle étouffait, peinait à respirer tant il pesait sur son corps frêle et désespérément fragile. Le silence s'éternisait, et elle comprit que Tachibana attendait qu'elle se calme. Ce qui la poussa à gigoter de plus belle pendant encore une minute, avant d'enfin rendre les armes et de reposer sa tête contre le bureau, exténuée. Un filet de sueur coula le long de sa tempe tandis qu'elle reprenait difficilement son souffle.

L'étau sembla se relâcher, et ses épaules douloureuses se détendirent quelque peu. Elle se demanda vaguement s'il avait peur de lui briser le bras ou s'il était juste fatigué de la tenir immobile.

« Tu devrais te calmer un peu, des fois, je me demande bien comment tu comptes faire plus tard si déjà tu t’énerves aussi vite avec moi. »

Elle se contenta d'écouter en silence, disciplinant tant bien que mal la colère qui bouillait en elle. Elle n'aimait pas qu'on lui parle de son avenir. Ça revenait à la juger. Et c'est insupportable, de subir le jugement des autres sur soi-même. On a beau le rejeter, il nous atteint plus profondément qu'on le croit et il nous poursuit toute notre vie. Elle agissait comme si elle était sûre d'elle, mais elle avait bien trop de complexes de prépubère boutonneux pour se sentir bien dans sa peau. Sans compter qu'elle n'avait aucune idée de ce qu'elle pourrait bien faire après Aomori. Elle s'était interdit d'y penser. Mais elle, ses résultats médiocres et son manque de concentration n'iraient pas bien loin. Qui voudrait de ses peluches, hein ? Elle n'était pas non plus une cuisinière professionnelle, avait des goûts bien à elle qui lui faisaient marier des ingrédients qui n'allaient pas ensemble et elle n'avait pas envie d'en changer.

Lui, il semblait calme. Et ça l'exaspérait. Dans sa voix, juste un signe de lassitude. Comme si leurs disputes incessantes l'avaient... ennuyé. Alors que leurs chamailleries étaient allées la poursuivre dans ses nuits.

« Pourquoi t’assumes pas, hein ? Si c’était le cas, quoi que je puisse te dire tu t’en foutrais littéralement. »

Hikari se mordit l'intérieur des joues pour se contrôler. Elle ne voulait pas y penser, à tout ça. Elle qui croyait avoir fait un pas en avant avec Haine, les mots de Tachibana la ramenaient à la case départ. Elle aurait voulu lui ricaner au nez et être au-dessus de ces gamineries.

Mais elle ne pouvait pas. Il avait raison et elle le savait. Cette vérité venait de se frayer un chemin dans son esprit, et plus rien ne viendrait l'en déloger. Sa gorge se serra. Le ventre noué, elle lutta, elle pinça les lèvres.

« Tu es une lâche, c’est tout. Si tu étais capable d’assumer tes sentiments dès le départ on n’en serait pas là. »

Elle n'aimait pas qu'il analyse la situation. C'était vraiment un prof de philo, ça. Pourquoi il ne pouvait pas se montrer impulsif comme toujours ? Lui lancer une pique puérile, se moquer de sa coupe de cheveux, lui mettre un doigt dans l’œil ? Et il la faisait passer pour la fautive, en plus ! Lui qui se moquait d'elle en permanence et la rabaissait ! Comment en étaient-ils arrivés là, d'ailleurs ? Elle ne s'en souvenait même plus. Oh, il voulait danser, et pas elle. Ce différend avait pris une ampleur invraisemblable.

Il la lâcha et recula. Hikari tituba en arrière, s'accrocha au bureau, massa ses épaules, le regard fuyant. Elle se sentait affreusement mal, et elle avait envie de pleurer. C'était pitoyable.

« Tu n’arriveras à rien dans la vie si tu t’enflammes au moindre pic qu’on te lance. T’es vraiment une fille qui ne sert à rien, va falloir apprendre à régler tes problèmes d'impulsivité. »

Elle suffoquait. Elle aurait voulu lui rire au nez, mais elle n'arrivait même plus à émettre un seul son.

Une minute passa, peut-être plus. Il fallait qu'elle rassemble ses esprits. Qu'elle n'oublie pas qui il était et ce qu'il avait fait, derrière ses accusations. Enfin elle posa son regard sur lui, un regard empreint d'un dégoût qui lui était peut-être destiné autant qu'à elle-même.

« T'es vraiment un sale enfoiré. »

Elle était passée au tutoiement. Pas par familiarité, mais pour ne lui témoigner aucun respect.

« T'as pas le droit de me dire ça. On n'en serait pas là sans mon impulsivité, ah bon ? A la base, c'est pourtant Monsieur qui supportait pas de se faire refuser une danse par une élève. Toi t'as pas compris, hein ? Ou alors t'as fait exprès ? T'as pas voulu penser au pourquoi du comment et tu m'as forcée. T'as plus de 21 ans, t'es majeur et t'es pas capable de faire des concessions. T'as pas imaginé pourquoi je refusais. »

Elle avait 17 ans et elle n'était pas mieux, elle, oh que non. Sale petite égoïste juste capable de critiquer, trop complexée pour exécuter deux pas de danse.

« Et pour... » C'est comme salir son nom de le prononcer à ce moment-là. Elle déglutit. « ... mon frère, tu te sentais puissant ? Faut dire que t'as pas vraiment de quoi être fier, dans ta vie. T'es pas du genre à avoir des masses de potes, hein ? Ravensgate, c'est la seule qui supporte tes conneries sans rien dire, j'imagine. T'as voulu détruire la seule chose à laquelle je tenais vraiment. » Les sanglots viennent mais elle les repousse, même si elle se sent ridicule, et elle continue sans le lâcher des yeux. « Pourquoi ? T'as rien de mieux à foutre ? Et toutes ces colles, c'est pour te tenir compagnie parce que t'as pas de vie, ou quoi ? »

Et elle resta là, avec les lèvres pincées et les yeux embués, sans qu'une seule larme ne réussisse à couler le long de sa joue. Oh oui, elle sentait déjà la honte s'insinuer en elle, la honte d'avoir tenu des propos bien trop intimes à son goût.

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MessageSujet: Re: Encore une heure avec moi, après ça Mea Culpa. [Terminé !]   Mer 11 Juil - 15:16

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C’était difficile à avouer, qu’au fond, il avait toujours été jaloux d’Hikari. Surtout depuis qu’il comprenait que sa relation avec son frère était si fusionnelle et exclusive – les autres détails, il ne voulait pas en entendre parler si ce n’était pour s’en servir contre elle. Mais c’était difficile, au détour d’un café à réfléchir à ce qu’il avait bien pu faire de ces 27 années, qu’il était tellement envieux de ce qu’elle avait déjà et qu’il avait tant attendu d’avoir à son tour.
Elle ne s’en rendait même pas compte, et pour ça il la trouvait encore plus conne – il avait tant de raison de la détester, maintenant, cette ado pré pubère si agaçante et d’une blondeur illogique. Pour cela il la regardait avec un dédain et un agacement absolument certain, les mains dans les poches et gardant un certain recul – il n’était pas à l’abri d’une tentative pour l’égorger, l’éborgner avec un stylo ou encore de lui lancer une dose d’anesthésie en plein dans le crâne. Pourtant il la regardait, sans peur, le visage déformé par la haine qu’il éprouvait pour cette satané élève qui lui pourrissait littéralement la vie.
Et envers qui il éprouvait une jalousie immense et inavouable.

« T'es vraiment un sale enfoiré. »
Il la laisserait le tutoyer et l’insulter, il estimait presque qu’elle en avait le droit – après tout il se permettait bien aussi de telles familiarités.

« T'as pas le droit de me dire ça. On n'en serait pas là sans mon impulsivité, ah bon ? A la base, c'est pourtant Monsieur qui supportait pas de se faire refuser une danse par une élève. » Il grogna dans sa barbe, il ne se souvenait plus les raisons de son acharnement, ce soir-là, mais elle n’aurait pas dû s’énerver à ce point. Ce n’était qu’une misérable danse. « Toi t'as pas compris, hein ? Ou alors t'as fait exprès ? T'as pas voulu penser au pourquoi du comment et tu m'as forcée. T'as plus de 21 ans, t'es majeur et t'es pas capable de faire des concessions. T'as pas imaginé pourquoi je refusais. »

    « Parce que t’es qu’une espèce d’adolescente complexée, voilà pourquoi. »

Comme un crachas, celui d’un mec blasé à l’idée de se dire qu’il avait dû danser avec une gamine déguisée en Pikachu.
- se disant aussi, après quelque temps de recul, qu’une enfant ne devrait rien faire de plus.

« Et pour... mon frère, tu te sentais puissant ? Faut dire que t'as pas vraiment de quoi être fier, dans ta vie. T'es pas du genre à avoir des masses de potes, hein ? » Cette fois-ci il détourna les yeux avec colère. Quand elle évoqua le nom de Mélodie il se sentit envahi par une haine féroce, et très probablement dirigée envers lui.
Elle avait raison, Mélodie était la seule à rester avec lui, et pour ça il ne pouvait en tirer aucune fierté.
« T'as voulu détruire la seule chose à laquelle je tenais vraiment. Pourquoi ? T'as rien de mieux à foutre ? Et toutes ces colles, c'est pour te tenir compagnie parce que t'as pas de vie, ou quoi ? »

    « Espèce de. »

Mais il ne dit rien, il n’avait rien envie de dire, les yeux dirigés sur le côté et les poings si serrés dans ses poches qu’il en avait des crampes.
Il ignorait ce qu’il pouvait se permettre d’avouer, mais en même temps ce serait peut-être la seule et unique fois où il pouvait se permettre une telle chose. Il ne voyait par où commencer, ni de quelle façon il pouvait se permettre d’admettre... ça.

    « Ouais ! C’est ça ! »

Il eut un rire mauvais avant de la regarder à nouveau.

    « Tu devineras que toutes ces foutues colles c’est uniquement pour te faire chier, mais, ouais c’est ça. Ravensgate c’est… il ne voyait pas du tout de quelle manière dire ça, sa gorge lui faisait mal, la seule personne en vingt-sept ans qui ait jamais accepté de rester avec moi. Son éclat de rire se fit effrayant, et c’est sûrement parce qu’elle a pitié de moi mais je l’aime. »

Il avait insisté, sur la fin, détachant les syllabes.
C’était dit à haute voix – et il espérait bien prouver qu’il n’avait pas de honte à ça. Il se mit à pointer du doigt avec rage l’extérieur.

    « Tu vois, moi, mes seuls amis m’ont laissé venir dans ce putain d’établissement avec des cas sociaux comme toi parce qu’ils ne m’ont pas retenu. Tu vois, moi, j’ai pas de famille. Pas de frères, ma mère est morte et mon père me hait. Donc oui, je n’ai personne dans ma vie, personne, j’ai toujours été seul et je m’emmerde tellement que j’oblige des sales gamines dans ton genre à danser. »

Il avait fait tellement pire et ça devait se sentir au moindre tremblement de sa voix ; il ne voulait pourtant ne témoigner d’aucune faiblesse.
Il avait du mal à se rendre compte comme il en avait trop dit, il regretterait plus tard.
Il posa finalement ses mains sur le bureau et se pencha vers elle, une rage dans tous les traits de son visage, et une certaine tristesse aussi. Il n’avait aucune fierté à balancer des trucs pareils.

    « Alors ça me dégoûte de te voir… avec ton frère, ouais, qui est à quelques mètres de toi seulement et que tu ne vas pas lui parler parce que tu as honte. »

- c'était lors de cette fameuse soirée.
Il avait toujours un sourire sur les lèvres tant il trouvait ses propos risibles.
Il regretterait plus tard de lui avoir avoué tout ça. Beaucoup plus tard.

    « J’ai attendu si longtemps pour avoir ce que toi tu as déjà. Alors t’avises pas d’insinuer que tu vaux mieux que moi. »

Son regard se fit plus sombre, avant de se redresser.

    « On est pitoyables tous les deux, la seule différence c’est que moi j’ai une raison valable à ça. Pas toi. »

Elle avait tout. Et il était peut-être temps qu’elle le comprenne cette foutue Okada.


- -
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MessageSujet: Re: Encore une heure avec moi, après ça Mea Culpa. [Terminé !]   Mer 11 Juil - 16:23


« Parce que t’es qu’une espèce d’adolescente complexée, voilà pourquoi. »

Dire qu'elle avait cru réussir à le sous-entendre de manière subtile et mélodramatique, c'était navrant de réaliser à quel point elle était risible avec cette histoire de danse. Entendre quelqu'un le dire à haute voix, c'était déjà pénible ; mais dans la bouche de Tachibana, avec ce ton affreusement condescendant, c'était carrément une épreuve. Elle venait de lui donner sur un plateau une raison de se moquer d'elle, mais il était trop tard pour reculer. Elle en était au stade de la vérité qui éclate, et elle n'avait même pas envie de le frapper au visage, pour une fois. Alors elle continua, elle déballa ce qu'elle avait sur le cœur avec maladresse, et ça se voyait qu'elle n'était pas habituée à châtier son langage – que ce soit à l'oral ou à l'écrit, comme en témoignaient tous les devoirs de philo qu'elle avait rendus à ce maudit enseignant.

« Espèce de. »

Comme s'il n'y avait pas de mot assez fort pour définir toute la haine que sa vue lui inspirait. Hikari n'aurait su dire ce que ces deux mots présageaient pour la suite, mais Tachibana était au moins aussi tendu qu'elle et ça se voyait dans tout son corps raidi.

« Ouais ! C’est ça ! »

Il éclata de rire. Il pétait un câble. Il devenait dingue. C'en était presque effrayant.

« Tu devineras que toutes ces foutues colles c’est uniquement pour te faire chier, mais, ouais c’est ça. Ravensgate c’est… la seule personne en vingt-sept ans qui ait jamais accepté de rester avec moi. Et c’est sûrement parce qu’elle a pitié de moi mais je l’aime. »

Mais qu'est-ce qu'il lui racontait, là ? C'était quoi ce discours dégoulinant de niaiserie ? L'entendre parler d'amour, lui, Tachibana, gros tordu apparemment incapable de sentiments normaux, ça lui foutait des frissons le long du dos. Ils se fixèrent l'un l'autre ; elle lui ricana au nez, mais il était déjà en train de rire, comme si tout ce qu'elle aurait pu dire ou faire ne pouvait pas l'atteindre. Hikari eut le désagréable sentiment qu'elle venait de passer à côté de quelque chose, et qu'elle n'avait pas compris le sens véritable de la déclaration enflammée de son amour pour Ravensgate qu'il venait de lui servir. La même impression qu'a une gamine qui ne saisit pas le sous-entendu d'une blague graveleuse entre adultes et déclenchant leur hilarité ; la certitude de ne pas être assez grande pour comprendre mêlée à la frustration de ne pas en être capable.

Et voilà qu'il pointait du doigt l'extérieur et dissertait sur ses amis, sa mère morte et son père qui le haïssait. Elle était contente qu'il enchaîne, parce qu'elle n'aurait pas su quoi répondre. Elle avait beau transpirer la haine pour cet homme, elle ne savait pas si elle était capable de lui lancer qu'elle n'en avait rien à foutre. Un éclair de pitié la traversa. C'était pas de la compassion, et elle n'avait certainement pas envie de le réconforter. Non, elle s'était juste dit qu'il devait avoir eu une vraie vie de merde, et même pas celle dont on peut se plaindre et s'attirer la sympathie de son entourage en se proclamant victime du destin.

« Alors ça me dégoûte de te voir… avec ton frère, ouais, qui est à quelques mètres de toi seulement et que tu ne vas pas lui parler parce que tu as honte. »

Elle tressaillit. Dit comme ça, elle passait pour la méchante. Mais elle aurait bien aimé le voir, lui. Il était fils unique et ça se voyait. Il avait une logique détraquée. Il ne pouvait pas se douter de ce que l'on ressentait en se découvrant une attirance physique, une attirance sexuelle pour son frère jumeau. Celui avec qui on a pris des bains étant petits. Celui issu des deux mêmes parents, qui a tété le sein de la même mère, qui s'est fait bercer par le même père. C'était à la fois répugnant et irrépressible. Une passion qui l'avait rendue malade, qui lui avait donné envie de vomir. Elle s'était vue comme le pire des monstres.

Et elle aurait dû faire comme si de rien n'était, continuer à le voir le plus naturellement du monde ? Lui parler, c'était déjà sentir toute la tendresse qu'elle ressentait pour lui remonter à la surface. Elle crevait d'amour, l'affection lui sortait par tous les trous et c'était juste tellement improbable que seul Haine s'en était rendu compte. N'était-il pas normal de chercher, dans un premier temps, à réprimer cette passion inhumaine ?

Oui, elle en avait affreusement honte, ça la dévorait, et elle avait beau avoir changé d'objectif après sa conversation avec Haine, elle ne pouvait toujours pas assumer quelque chose qui défiait l'éthique.

Hikari, elle avait toujours pensé avec un égocentrisme démesuré. Elle était incapable de prendre du recul, de considérer sa vie avec un autre point de vue que celui qu'elle avait toujours adopté. Elle n'imaginait pas plus horrible crime que l'inceste, se voyait comme la pire des criminelles et la plus malheureuse des martyres, la tragique héroïne d'une pièce de théâtre. Une mère morte, un père qui vous viole dans l'enfance, c'est différent, c'est pas aussi terrible.

« J’ai attendu si longtemps pour avoir ce que toi tu as déjà. Alors t’avises pas d’insinuer que tu vaux mieux que moi. On est pitoyables tous les deux, la seule différence c’est que moi j’ai une raison valable à ça. Pas toi. »

Elle serra les poings, contracta les mâchoires.

« C'est ça, et tu vas me sortir que je me plains pour rien ? Une mère morte et hop, c'est la fête à la saucisse, toi t'as le droit de te plaindre ? » Elle venait de dire quelque chose d'affreux, mais elle se repentirait plus tard. « Tu penses que j'ai de la chance ? Tu crois que c'est super, d'être... attirée par son frère ? Et le pire c'est peut-être qu'il l'est aussi, parce que j'aurais préféré me faire jeter et me faire remettre les idées en place que me faire tenter. T'as peut-être attendu 27 ans, mais maintenant si tu veux tu peux lui rouler une pelle dans la rue, à ta Ravensgate ! Moi, je le pourrai jamais, je pourrai jamais me marier, je pourrai jamais le "présenter" à ma famille, je pourrai jamais recevoir la bénédiction de mes amis, et les gosses si j'en ai ce seront des consanguins dégénérés qui se feront maltraiter à l'école. Jamais, et ça c'est un mot que t'as pas l'air de comprendre. »

Et elle reprit - enfin - sa respiration.

Non, elle n'avait rien compris, et ça lui était largement passé au-dessus de la tête.





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Kunisaki Tachibana
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MessageSujet: Re: Encore une heure avec moi, après ça Mea Culpa. [Terminé !]   Mer 11 Juil - 17:08

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« C'est ça, et tu vas me sortir que je me plains pour rien ? Une mère morte et hop, c'est la fête à la saucisse, toi t'as le droit de te plaindre ? »
Peut-être parce qu’elle était particulièrement énervée, sa remarque ne le blessa pas plus que cela. En effet, il n’aimait pas se plaindre de cela – d’ailleurs peu de personnes dans son maigre entourage était au courant pour la mort plus si récente de sa mère ; et même si cela avait été un véritable drame dans sa vie, il l’avait accepté, doucement, et avec toute sa force, il avait accepté les choses comme elles étaient.
Sa seule famille était morte, et il ne pouvait plus rien contre cela.
Alors son cœur n’en fit qu’un bond tout contrôlé de colère, ses sourcils se froncèrent : mais ils n’avaient pas bien besoin d’évoquer des souvenirs douloureux pour cela. Décidément elle était encore plus stupide qu’il ne le croyait, pas même capable de comprendre quand il lui offrait quelques subtilités personnelles.
Elle pouvait crever, cette conne, si à ses yeux la vie avait moins de valeur qu’une histoire incestueuse – pour laquelle, finalement, il n’éprouvait qu’une véritable apathie.

« Tu penses que j'ai de la chance ? Tu crois que c'est super, d'être... attirée par son frère ? Et le pire c'est peut-être qu'il l'est aussi, parce que j'aurais préféré me faire jeter et me faire remettre les idées en place que me faire tenter. » Il soupira avec beaucoup de dédain et de lassitude, exaspéré par son incapacité à avoir du recul, et cette façon si violente qu’elle avait de se juger pour ça. « Moi, je le pourrai jamais, je pourrai jamais me marier, je pourrai jamais le "présenter" à ma famille, je pourrai jamais recevoir la bénédiction de mes amis, et les gosses si j'en ai ce seront des consanguins dégénérés qui se feront maltraiter à l'école. Jamais, et ça c'est un mot que t'as pas l'air de comprendre. »

Il tourna sa langue dans sa bouche, se demandant, encore une fois, de quelle – putain – de façon il devait lui expliquer un principe qui semblait totalement lui échapper, elle et son petit cerveau de fille en fleur et qui parlait peut-être pour la première fois d’attirance sexuelle envers quelqu’un.
Ça pouvait être son frère, pour l’agacer encore plus il n’aurait pas dû hésiter à lui dire que son histoire le dégoûtait – quand bien même ce n’était pas particulièrement le cas. Il était seulement vraiment surpris de constater comme elle se dégoûtait elle-même.
Son visage restait particulièrement agressif mais il se sentait assez calme, il en avait besoin pour, enfin, s’expliquer avec cette ahurie.

    « Moi non plus, je ne pourrai jamais la présenter à ma famille. »

Après tout, il n'en avait plus : pas besoin d'histoire d'inceste pour qu'il s'en fasse renier. Ça aussi, il l'avait accepté.
Il avait imité sa voix fluette et stupide. Comme si « présenter son conjoint à sa famille » avait la moindre importance. Il trouvait ce contexte ridicule – et peut-être ne voulait-il pas admettre qu’il était blessé, en effet, de ne jamais pouvoir présenter la femme dans son cœur à qui que ce soit.

    « Alors qu’est-ce que tu vas faire, hein ? »

Il la fixait toujours avec attention, cherchant au fond de ses prunelles ce qu’elle voulait dire, et sa façon de penser. Il aurait donné n’importe quoi pour être à sa place – quand bien même il ne pouvait comprendre les liens avec un frère ou une sœur.

    « Trouver quelqu’un. Un blond aux yeux bleus, et tu feras ta vie avec. Tu le présenteras à ta famille, et à ton frère bien entendu, il accompagna cela d’un maigre sourire, tout le monde sera heureux. Tu seras dans la norme. »

Il se pencha par-dessus son bureau.

    « Tu sais quoi, je comprends mieux, maintenant, pourquoi tu réagissais si mal quand je… jouais avec tes nerfs. Il était d’un calme olympien. Ce n’est pas par peur de dégoûter ou de déranger les autres, c’est par peur de te dégoûter toi-même. Si je dis que tu es un monstre, tu me détesteras de te dire la vérité puisqu’au fond tu te perçois comme ça. »

Il se redressa, presque impassible.

    « Ma vérité à moi c’est que je m’en tape, de tes histoires. Mais si ce n’est pas ton cas, si tu es incapable de te percevoir comme tu es vraiment – un vraie conne, mais rien de plus – alors personne ne pourra jamais rien pour toi. »

Il leva les yeux au ciel, cette affaire commençait à le souler – et il ne manquerait plus que sa cervelle réduite soit, une fois de plus, incapable de le comprendre.

    « Je n'ai plus qu'à te souhaiter d'être seule toute ta vie, puisque c'est ce que tu veux. Moi ce n'est pas mon cas. »

Ce n'était plus son cas.


- -
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MessageSujet: Re: Encore une heure avec moi, après ça Mea Culpa. [Terminé !]   Jeu 12 Juil - 9:47


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Il y eut un silence. Hikari reprenait sa respiration sans lâcher Tachibana des yeux, une lueur sauvage dans le regard. Elle aurait préféré qu'il parle tout de suite, là, maintenant, dans le feu de l'action et sans lui laisser le temps de réfléchir à cette discussion qui la dépassait depuis déjà bien trop longtemps, plutôt que de le voir comme plongé comme dans une intense méditation. Elle qui parlait avant même de penser, elle ne supportait pas que son interlocuteur prenne son temps pour trouver une réponse qui lui clouerait le bec. Parce qu'au fond d'elle, elle se doutait vaguement qu'il y parviendrait. Elle ne savait pas d'où venait ce pressentiment. Peut-être était-ce l'attitude du professeur ; une colère froide, un calme déstabilisant, une sérénité de mauvais augure qui s'opposaient clairement à sa propre fureur bouillonnante.

« Moi non plus, je ne pourrai jamais la présenter à ma famille. »

Le tout dit dans une atroce imitation de sa voix à elle. Bravo la maturité, et c'était lui qui était censé être un prof responsable.

Mais elle ouvrit la bouche. La referma. Fronça les sourcils, entrouvrit la bouche une seconde fois. Se mordit la lèvre. Baissa les yeux.

Elle n'avait rien à redire là-dessus.

Elle chercha tout de même, par principe, un argument à lui opposer. Lui, il pouvait se pavaner au bras de sa bien-aimée. Bon, certes, la blondinette venait tout juste d'affirmer qu'il n'avait pas d'amis, proches ou non, donc logiquement personne à qui la présenter. Mais... Mais c'était pas pareil. Il pouvait pas comprendre. Il n'avait pas ce poids sur la conscience en croisant son regard. Il pouvait vivre son amour sans que personne ne lui reproche quoi que ce soit. Il n'allait pas mettre au monde des enfants consanguins – et Hikari frissonnait rien qu'à entendre ce mot, sans comprendre ce qu'il signifiait vraiment et sans savoir la nature des dégâts physiques et mentaux causés sur l'enfant d'un frère et d'une sœur.

« Alors qu’est-ce que tu vas faire, hein ? »

Elle leva la tête. Tachibana la fixait dans le fond des yeux comme s'il cherchait une pièce laissée tombée au fond d'un puits, et elle leva le menton d'un air de défi. C'était inutile, de faire la fière dans un moment pareil. Dans cette pièce fermée où deux êtres pathétiques se livrent leurs secrets les plus intimes et les plus pitoyables en abandonnant toute pudeur. Elle le regardait avec orgueil, détermination et hostilité, comme si la réponse à cette question était des plus évidentes ; alors que cette sale gamine attendait fiévreusement qu'il enchaîne, parce qu'elle aurait été bien incapable de prononcer un seul mot. Sans s'en rendre compte, elle revêtait une fois de plus ce masque de confiance en soi qui n'était qu'une illusion qui avait réussi à la tromper elle-même.

Ce qu'elle voulait ? Rester avec Kain toute sa vie. Et comme une fillette de primaire, elle était persuadée que leur amour – interdit en l'occurrence – serait éternel. Elle s'était persuadée qu'elle allait réussir à s'assumer, lors du dîner de la Grande Salle ; elle s'était crue tirée d'affaire, avait même prévu un plan d'attaque avec Haine pour tester les sentiments de Kain à son égard – et à posteriori elle se disait que c'était d'une hypocrisie à gerber, elle qui prétendait avoir une confiance aveugle en son frère jumeau. L'alcool aidant, elle avait cru passer au-delà du stade où elle se considérait comme un monstre ; certes elle se sentait plus légère, mais au final elle n'arrivait pas à se défaire de ce statut de victime qui lui collait à la peau.

Ce qu'elle avait l'intention de faire ? C'était nettement plus flou. Elle n'en avait pas encore parlé avec Kain ; ils avaient comme l'accord tacite de se voir en cachette, mais cette situation ne pouvait pas durer éternellement et elle le savait. Elle n'imaginait pas une seule seconde le déclarer à tous. Mais elle n'imaginait pas non plus faire sa vie sans lui. C'était une situation sans issue.

« Trouver quelqu’un. Un blond aux yeux bleus, et tu feras ta vie avec. Tu le présenteras à ta famille, et à ton frère bien entendu, tout le monde sera heureux. Tu seras dans la norme. »

Cette hypothèse la glaça. Mais elle aurait bien aimé l'y voir, lui ! Tachibana se pencha vers elle, par-dessus le bureau, avec ce regard qui la transperçait de part en part. Un gros naze tel que lui l'avait examinée, analysé son comportement, porté un jugement sur sa personne. C'était exaspérant.

« Tu sais quoi, je comprends mieux, maintenant, pourquoi tu réagissais si mal quand je… jouais avec tes nerfs. » Jouer avec ses nerfs. Le moins qu'on puisse dire, oui. « Ce n’est pas par peur de dégoûter ou de déranger les autres, c’est par peur de te dégoûter toi-même. Si je dis que tu es un monstre, tu me détesteras de te dire la vérité puisqu’au fond tu te perçois comme ça. »

« Va te faire foutre avec tes idées philosophiques à deux balles. »

Et c'est tout ce que tu trouves à dire ? Un peu de nerf, Hikari. Montre que tu sais te défendre sur le plan intellectuel.

Mais non, elle n'a jamais été capable d'organiser ses pensées. Elle se raccroche à une idée fixe et elle la répète, elle la rabâche avec l'obstination de l'enfant pris la main dans le sac qui ne reconnaît pas ses torts, elle ne peut pas trouver d'autres arguments. Et quand elle ne peut plus frapper, mettre fin à l'échange verbal avec un bon coup de poing ou un chewing-gum dans la gueule, elle est totalement prise au dépourvu. Alors il ne lui reste plus que les insultes creuses et vides de sens pour s'échapper.

Le pire, c'est sûrement qu'il avait raison du début à la fin.

Et il continuait, avec cet air lassé qui la mettait hors d'elle. Elle avait l'impression que sa vie entière était un sujet d'étude emmerdant sur lequel il avait passé trop de temps et dont il ne pouvait plus supporter la vue. Apparemment, elle était trop conne pour comprendre ce qu'il racontait, et devoir réexpliquer ce qui lui paraissait évident avait l'air de l'ennuyer.

« Je n'ai plus qu'à te souhaiter d'être seule toute ta vie, puisque c'est ce que tu veux. Moi ce n'est pas mon cas. »

Hikari resta muette.

Elle se demandait pourquoi elle s'était confiée à un connard pareil. Elle avait sans doute voulu lui faire comprendre ce qu'elle ressentait et ce qu'il lui avait infligée, et aussi savoir pourquoi il l'avait tant haïe dès leur première rencontre. Sans se dire qu'elle était aussi fautive que lui – non ça, elle n'en était décidément pas capable.

« Je... » ... sais pas quoi dire. « ... Je t'emmerde. » Ça c'est fait. « Si tu t'en tapes de tout ça, je me demande pourquoi on est là l'un en face de l'autre et pourquoi tu me racontes que ton père peut pas te saquer ou je sais pas quoi. Moi je t'ai rien demandé, arrête de t'acharner sur ma gueule. Les colles, ça te fait chier autant que moi, sauf si t'adores lire des... des... des feuilles de n'importe quoi. »

Elle arrivait à peine à parler. Elle brassait du vent, essayait de former un discours cohérent, mais elle avait plutôt l'air de réciter une litanie d'insultes.

« Mais j'aurais bien aimé t'y voir, toi. A ma place – en supposant que t'aies mes amis, va falloir faire travailler ton imagination, ça va pas trop dur ? » Boum boum badaboum, dans les dents. Dixit celle qui n'avait pas tant de vrais amis que ça. « Tu serais allé dire à tout le monde "Hey, devinez quoi ? Je sors avec mon frère et on projette d'avoir plein de gosses consanguins, super !" Tu parles, tu parles, mais au final t'es qu'un prof de philo de merde qui sait faire que ça. Et je dis bien à ma place actuelle, parce que je me doute bien que quand on a pas d'amis à perdre, on est prêt à faire n'importe quoi pour la seule personne qui nous supporte. »

Et elle savait que s'il s'agissait de ses vrais amis, ils ne la laisseraient pas tomber si elle le leur annonçait. Mais elle ne voulait pas y penser. Elle avait beau jouer à celle qui n'a besoin de personne pour mener sa barque, elle ne supportait pas l'idée d'être rejetée par les élèves du Pensionnat dans leur ensemble. L'idée d'affronter l'adversité seule, même avec Kain – et le soutien de Haine accessoirement –, c'était trop dur. Sa routine était trop bien confortable pour qu'elle l'abandonne. Elle avait beau se conforter dans ses belles pensées, en se disant qu'elle garderait le secret pour conserver l'intégrité de Kain, elle avait peur pour elle-même.





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Dernière édition par Hikari Okada le Sam 14 Juil - 15:34, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Encore une heure avec moi, après ça Mea Culpa. [Terminé !]   Jeu 12 Juil - 19:34

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    « Et je dis bien à ma place actuelle, parce que je me doute bien que quand on a pas d'amis à perdre, on est prêt à faire n'importe quoi pour la seule personne qui nous supporte. »

    « Tu as fait ton choix »

Dit-il, platement, comme un adage, un point final à ce discours qui n’avait pas le moindre sens. Elle pouvait bien l’insulter (comme s’il allait relever quoi que ce soit, il n’était plus à ça près), mais il sentait bien dans cette voix qui se cherchait elle-même qu’elle ne savait plus comment se défendre, et également que ce qu’il lui avait balancé à la figure la dérangeait d’une certaine manière. Cette vérité-là, finalement, était bien plus forte qu’elle : et il pourrait se battre pour que toute cette histoire se termine, au fond il n’y parviendrait jamais.

Kunisaki parlait à un vent glacial, mais il n’aurait pas dû s’étonner du fait qu’elle se foute littéralement de ce qu’il lui disait – ça ne l’empêchait pas de la trouver hautement conne de réagir ainsi. D’ailleurs il s’assit, doucement, voir mollement sur sa chaise qu’il recula un peu plus près du tableau, hésitant entre lui lancer un regarde désespéré et poser sa main sur son front pour soupirer. Il fit l’entre deux, la regardant avec plus de simplicité et de calme qu’il ne l’avait jamais fait, les doigts proches de sa tempe à la masser.
Elle était si lente à comprendre, et si stupide.

    « Je dois admettre que tu marques un point, c’est vrai, moi je n’ai rien à perdre. »

Et il se mit à réfléchir, détournant le regard d’infimes secondes, à lui et à ce qu’il avait très justement perdu. Son père en n’étant pas le fils qu’il espérait, sa mère pour avoir fui sa famille pendant des années, et ses seuls amis pour des raisons qu’il ne comprenait toujours pas. Mélodie était la seule présence dans sa vie qui valait la peine, qui lui offrait un sourire et du bonheur.
Leurs situations étaient incomparables ; lui fils unique et elle amoureuse de son frère (maintenant il n’y avait plus de doute), pourtant il avait rarement croisé dans sa vie quelqu’un qui lui ressemblait autant.

Pas surprenant qu’ils n’aient jamais pu se supporter.

    « Mais d’un côté, j’ignorais que tu étais si soucieuse des apparences, de là à les faire passer avant tout le reste. Je ne sais pas si je dois trouver ça affligeant ou être compréhensif. Après tout tu ne sais pas danser, et devoir le faire devant tout le monde, quelle honte ultime. »

Il releva les yeux vers elle, feignant la réflexion.

    « C’est affligeant, et j’espère au moins que tu es d’accord. »

Il ne savait plus quoi dire, ni quoi faire, il ne pouvait plus rien pour elle – et il se surprit à cette pensée, depuis quand cherchait-il à l’aider ainsi ? Peut-être parce qu’il voulait en finir, partir de cette salle sans regret, et leur jeu à tous les deux avait assez duré.

    « Tu as tant d’énergie dès qu’il s’agit d’éviter celui-dont-on-ne-doit-pas-prononcer-le-nom, encore plus dès qu’il s’agit d’éviter de l’admettre. » Il accompagna sa parole de gestes précis dirigés vers le bureau tant sa phrase lui semblait longue. « Toi tu n’as jamais dû perdre personne. »

Et si c’était le cas il se repentirait plus tard, pour l’instant ce n’était pas le problème.

    « J’attends le jour où ton propre reflet te paraîtra si immonde que tu n’oseras plus regarder Kain en face, après tout il te le rappellerait trop – et j’ai bien cru comprendre qu’il était fautif de t’aimer tout autant, peut-être que tu le trouves dégoûtant lui aussi. »

Son ton insinuait une question mais il n’attendait aucune réponse.

    « Tu le perdras à jamais et alors tu comprendras ce que ça fait. » Il eut un sourire ironique en continuant sa phrase, vide de toute méchanceté cependant, il n’en avait plus la force. « Mais ne t’en fais pas, tes amis précieux seront là pour te soutenir tout au long de ta vie, dans les moments difficiles. Et bien entendu je ne parle pas de ceux qui se foutraient littéralement de tes affaires d’inceste – car je sais qu’il y en a – mais des autres. Les autres ont l’air de tellement compter pour toi. »

Sa chaise partit en arrière, sur le tableau, et son genou se posa contre son bureau. Une seconde, comme cela, avant de tout relâcher et de se relever. Il regardait distraitement ses copies qui reposaient là, sales – il devrait trouver une excuse pour ça.

    « Je ne sais pas, il eut un silence, il n’avait rien à perdre à en parler – à dire ce qu’il n’avait jamais dit, où se trouve sa dépouille. » Il releva les yeux vers elle. « A ma mère. » Il mit les mains dans les poches, se sentant reposé, c’était pourtant sa plus grande tristesse. « Mon père a refusé de me le dire, à moi, le fils indigne. Mais je donnerais tout, je me laisserais haïr par le monde entier, simplement pour le savoir. Mais comme tu l’as dit moi je n’ai rien à perdre. »

Son regard se fit lourd de simplicité.

    « Je me demande ce que tu as, toi, pour avoir si peur de le perdre ainsi. En pensant qu’au fond, tu n’en sais rien. Tu n’en sauras rien tant que tu n’auras pas essayé. Tu pourrais tout avoir. » Merde, il aurait presque pu être amical, c’était probablement parce qu’évoquer sa mère le rendait triste. « Ça ne tient qu’à toi de tout avoir. »


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MessageSujet: Re: Encore une heure avec moi, après ça Mea Culpa. [Terminé !]   Sam 14 Juil - 18:50


« Tu as fait ton choix. »

Non, elle n'en avait pas fait. Elle ne comptait ni passer sa vie auprès d'un autre que son frère, ni l'annoncer à tout le monde un beau matin, c'était hors de question. Il ne fallait pas lui faire dire ce qu'elle n'avait pas dit.

Hikari avait perdu tout recul par rapport à la situation. Elle n'avait plus aucune certitude, rien à asséner comme ce qu'elle considérait être une vérité absolue ; Tachibana lui retournait le cerveau, détraquait sa logique tant son point de vue différait du sien. Plus la conversation se poursuivait, plus la rage indicible se muait en incompréhension totale, en une simple irritation face à un homme dont les convictions lui étaient totalement étrangères ; elle écoutait son monologue, comprenait le sens superficiel mais ne parvenait pas à déterminer pourquoi il en était venu à penser de cette manière. Il était clairement en train de la traiter d'abrutie parce qu'elle ne voulait pas annoncer avec un mégaphone qu'elle sortait avec son frère, comme si elle accordait trop d'importance aux apparences. Est-ce qu'il connaissait au moins la signification du mot inceste ? Non, pas entre cousins, ce serait trop simple ; entre frère et sœur ? C'était le tabou dans toutes les cultures existantes, c'était répugnant, contre-nature, un truc de tordus que personne ne voulait seulement imaginer. Même si elle considérait son amour comme celui d'une pure jeune fille en fleur, la société ne serait certainement pas aussi tolérante et c'était bien normal.

Et qu'il utilise son complexe au sujet de la... danse, c'était déloyal et incomparable. Elle savait que ça, c'était affligeant. En temps normal, sûrement aurait-elle sorti une excuse bidon – du style « C'est parce que j'aime pas danser », mais elle avait abandonné toute tentative d'hypocrisie. Cette histoire devait être terminée une fois pour toutes, et il ne la lâcherait pas tant qu'elle tournerait autour du pot.

« Toi tu n’as jamais dû perdre personne. »
« Et alors, qu'est-ce que ça peut te foutre ? »

Insulte gratuite, histoire d'intervenir et de ne pas subir silencieusement le cours magistral qu'il était en train de lui servir.

Non, elle n'avait jamais perdu personne, pas même un hamster ou un cousin lointain. Elle n'était jamais allée à un enterrement, n'avait jamais pleuré la mort d'un proche, n'avait dû essuyer aucune trahison ou grande déception ; quand, dans les films, elle voyait le héros perdre sa femme, sa mère, sa sœur ou un ami et sangloter sur sa dépouille, elle trouvait ses larmes affreusement niaises. Mais elle ne s'imaginait pas. Elle avait beau prétendre le contraire, elle ne comprenait pas le sens du mot « jamais ». Avec ses parents bisounours et aussi insouciants qu'elle, elle n'avait jamais vu un de ses proches pleurer réellement. Elle qui pensait avoir tout compris à la vie,
quelle serait sa désillusion lorsque son premier malheur lui tombera sur la tête.

« J’attends le jour où ton propre reflet te paraîtra si immonde que tu n’oseras plus regarder Kain en face, après tout il te le rappellerait trop – et j’ai bien cru comprendre qu’il était fautif de t’aimer tout autant, peut-être que tu le trouves dégoûtant lui aussi. »
« J'ai jamais dit ça ! » cria-t-elle aussitôt, se retenant difficilement de le gifler.

Un dangereux malade. Tachibana était un psychopathe. Vivaient-ils dans le même monde, au moins ? L'inceste lui paraissait normal, comme si ce n'était qu'un petit problème d'adolescente. Sans prendre en compte sa remarque, il enchaîna sur des remarques ironiques à propos de son entourage, ses amis ; à mesure qu'il avançait dans son discours, la jeune fille prenait des couleurs, s'empourprait d'indignation. Il fit une pause, et elle était encore en train de rassembler ses esprits pour répliquer qu'il reprenait le fil de son discours.

« Je ne sais pas... où se trouve sa dépouille. A ma mère. »

Referme la bouche Hikari, tu vas gober des mouches.

Et voilà qu'il parlait de ses traumatismes. Pour sûr, c'était une vie de merde, elle le concédait aisément – et la sale pitié fondit sur elle une nouvelle fois, sans une once de gentillesse qui lui était mêlée. C'était bien les profs de philo, ça : toujours dans l'introspection et la psychanalyse (sans aucun cliché bien sûr). Elle attendit. De voir le rapport. De comprendre pourquoi il lui confiait ce qui devait avoir bouleversé son existence, à elle, celle qu'il exécrait sûrement le plus au monde. Elle ne saisissait plus où était l'intérêt de cette discussion. Ce qui motivait cet homme à s'acharner sur elle, à lui parler de son expérience personnelle, à s'étaler en monologues pour lui faire partager son point de vue. Était-ce l'exaspération de la voir au-delà de ses remarques, ou alors le besoin irrépressible qu'a l'homme solitaire à confier ses problèmes au premier venu ?

Hikari se souvint d'un jour, avant qu'elle arrive à Aomori, où elle avait répondu brièvement à la question d'une vieille dame perdue dans le métro. Alors qu'elle s'apprêtait à repartir après l'avoir aidée à se repérer, celle-ci s'était mise à lui expliquer qu'elle avait un cancer et qu'elle se rendait à l'hôpital. Elle avait l'impression que Tachibana lui racontait ce qu'il n'avait jamais dit à personne, juste pour se l'entendre dire à haute voix.

Oh, il fallait qu'elle arrête de réfléchir comme ça, c'était stupide. Il n'avait rien à voir avec cette femme.

« Ça ne tient qu’à toi de tout avoir. »

Ce fut comme le déclic.
Hikari comprit ce qu'il s'acharnait à lui faire comprendre depuis plus d'une demi-heure, ou tout du moins l'idée principale ; elle ouvrit grand les yeux, entrouvrit les lèvres et lâcha un "Aah !" de compréhension subite à peine audible.
Elle avait compris, mais elle ne savait quoi en penser ni quoi répondre.

« Mais... »

Mais tout un tas de choses. Blocage. Il était complètement frappé, de l'encourager dans cet amour contre-nature. Parce qu'elle ne rêvait pas, il était bien en train de lui dire de sauter dans les bras de son frère ; non seulement elle ne voyait pas pourquoi il faisait ça, mais il devait être frappé pour imaginer qu'elle ne serait pas la proie du dégoût le plus profond de tous ses camarades tout au long de sa scolarité. Elle n'était pas prête à endurer ça.

« Pourquoi ? » Elle le regarda droit dans les yeux, et son propre regard trahissait à quel point elle était perdue. « Pourquoi tu me dis ça ? Tu veux me voir souffrir, ou alors tu penses que ce sera le monde des bisounours si je fais ce que tu me dis de faire ? Soit t'es juste méchant, soit t'es complètement fou et je vois pas pourquoi tu voudrais... m'encourager. »

Hébétée, elle secoua la tête. Son ton avait perdu une bonne dose d'agressivité, remplacée par une nouvelle incompréhension.

« Rien que pour Kain. Si je le disais... » Elle marmonnait, comme si elle se parlait à elle-même. « Il perdrait tout. Tout. Moi aussi. Et on peut pas quitter le pensionnat. C'est pas une question de qu'en dira-t-on, c'est, c'est... c'est pire. »

Et pourtant, elle ne le quitterait pour rien au monde. Par pur esprit de contradiction, elle n'avait pas envie de donner raison à Tachibana. Il fallait qu'elle voit Kain. Tout de suite. Qu'elle lui en parle. Elle n'en pouvait plus de réfléchir dans son coin ; ils devaient prendre la décision tous les deux.

« Je fais ce que je veux, de toutes manières, et je vous ai pas sonné », lâcha-t-elle sèchement.

C'était la conclusion bien puérile de cet échange. Le refus catégorique de la gamine qui ne veut pas s'accorder au point de vue de son interlocuteur horripilant. Sa réponse n'avait rien à voir avec les grandes argumentations illustrées de Tachibana ; elle aurait été incapable de répliquer de la même manière.






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Kunisaki Tachibana
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MessageSujet: Re: Encore une heure avec moi, après ça Mea Culpa. [Terminé !]   Sam 14 Juil - 21:37

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    « Pourquoi ? »

Il n’en avait pas la moindre idée, il le savait si peu qu’une moue pénible vint se nicher au coin de ses lèvres. Il sentait même, contre sa tempe, s’agiter soudainement une veine un peu désagréable. Il ne savait vraiment pas pourquoi, soudainement, cette bagarre entre eux le lassait au point qu’il voulait l’arrêter simplement sur le champ. Mais peut-être, simplement, qu’il se sentait adulte pour une fois, et qu’il voulait arranger les choses – lui qui n’avait jamais su le faire.
Il se sentait différent, depuis Noël, et même s’il n’avait jamais cessé de ridiculiser Hikari en cours avec panache et cruauté, au fond il se disait sûrement qu’il fallait arrêter. Lui, il devait arrêter.
Il ne pouvait plus laisser ses histoires d’inceste l’emmerder comme ça.

    « Pourquoi tu me dis ça ? Tu veux me voir souffrir, ou alors tu penses que ce sera le monde des bisounours si je fais ce que tu me dis de faire ? Soit t'es juste méchant, soit t'es complètement fou et je vois pas pourquoi tu voudrais... m'encourager. »

Il releva un sourcil – ah oui, sur ce coup il se surprenait lui-même, surtout qu’il pouvait facilement affirmer qu'aujourd'hui il était beaucoup plus mature et réfléchi qu’elle, ce qui jusqu’à présent n’avait pas franchement été le cas. Puis il ne pouvait pas vraiment dire qu’il l’encourageait à sortir avec son frère (puis lui il n’en avait pas, c’était difficile de se rendre compte), mais seulement à arrêter de suffoquer à chaque fois qu’il évoquait son nom.
Elle était perdue, et il avait beau tout essayé de lui donner l’essentiel, elle n’avait pas l’air prête à cela – il ne pouvait plus rien. Il s’assit.

    « Je fais ce que je veux, de toutes manières, et je vous ai pas sonné. »

(bah, pour l'instant elle ne faisait rien)
Il soupira, doucement, de fatigue seulement.
Il posa ses coudes sur son bureau, relevant la tête vers elle, ne sachant plus de quelle façon il était censé lui répondre. Avec politesse, avec dédain ou seulement en l’envoyant se faire foutre avec élégance. C’était pas comme s’il avait oublié qu’il la détestait quand même.
Puis il avait pu comprendre lors de ce débat qu’elle restait une profonde abrutie, fermée à toute idée ou avis extérieur.

    « Je ne t’encourage pas à faire quoi que ce soit. »

Mais à son âge, lui, il avait seulement été seul.
Il avait toujours été seul et c’était bien sa plus grand honte. Pas un adulte qui prenait suffisamment de place dans sa vie pour s’engueuler avec lui, pas un ami pour se moquer de ses faiblesses et l’aider dans sa dérive. Non pas qu’il estimait avoir de l’importance pour cette satané blonde, mais au moins il était là – et en plus il avait su, au dernier moment, lui dire ce qu’il pensait vraiment. – toutes ses insultes en faisant parties.
Il prit son stylo entre ses doigts et commença à te taper doucement contre le bois, d’un geste instinctif. Il le fixait avec calme – à la limite du je-m’en-foutisme.

    « Mais juste à ne pas à passer à côté de ta vie, par simple peur de faire une erreur. »

Il marqua une pause, relevant les yeux vers elle.

    « Et aussi parce que tu m’emmerdes avec tes histoires, à force, alors j’aimerais bien qu’elles se taisent. »

Et il eut un sourire, sans savoir pourquoi – mais il se fut moqueur.
Il inspira un très grand coup. C'était terminé.

    « Bon, si tu n’as rien de plus intelligent à me dire – enfin c’est pas comme si tu l’avais fait jusque là – alors dégage, tout de suite. J’ai des choses à faire. »

Il prit la feuille, à moitié baveuse, où se trouvait le chewing-gum écrasé.

    « Tiens, prends-la. Par chance je l’avais corrigée, alors tu la rendras à son propriétaire en lui expliquant pourquoi tu t'es déchargée dessus, hum. »

Connard, va. En plus il souriait fort.
Il fit un dernier signe en direction de la porte, comme s’il chassait le vent, l’incitant fortement à disparaître au plus vite. Il avait vraiment des choses à faire: en fait il prit, à cet instant, la plus lourde des décisions, celle qu’il n’avait jamais osé envisager.
Il irait voir son père.

Et alors qu’Hikari commençait à disparaître derrière la porte, il lança, d’une voix forte.

    « Ça ne tient qu’à toi de tout avoir, Okada. »

Regardant ses copies et occupé à les trier, comme s’il n’avait rien dit.
Rien dit du tout ; il s’amuserait certainement d’ailleurs, lors de leur prochain cours, à décharger sa mauvaise humeur sur elle. Comme d’habitude.


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Merci à Sakura. ♥

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Hikari Okada
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MessageSujet: Re: Encore une heure avec moi, après ça Mea Culpa. [Terminé !]   Dim 15 Juil - 20:05


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Hikari la sentait venir, peu à peu. Elle s'était d'abord manifestée avec discrétion, se bornant à être désagréable. Puis elle avait pris de plus en plus de place, passant de simple inconfort à sérieuse entrave à toute réflexion. Oui, la jeune fille était aux prises avec une migraine qui gagnait en influence au fur et à mesure que Tachibana avançait dans ses propos. Elle fronçait les sourcils, se mordillait la lèvre, fermait les yeux, prenait de grandes inspirations, s'agrippait au bord du bureau. Oh, elle était bien loin de l'évanouissement ; elle ne luttait pas contre une terrible fièvre, mais menait un véritable combat pour rester concentrée et comprendre le sens des mots de son interlocuteur.

Cette conversation avait dépassé l'entendement pour entrer dans le domaine de l'irréel. La jeune fille reconnaissait avec peine l'homme qui avait utilisé son pouvoir pour que le premier venu lui mette une main au cul par pure vengeance personnelle, celui qui l'avait forcée à danser même avec sa cravate poisseuse et ses oreilles de lapin ridicules, celui qui avait ricané comme un gosse mesquin en l'entendant se confier à Haine. Elle ne s'en sentait que plus bête et puérile. Comme s'il l'avait abandonnée dans leur délire de cas sociaux et était allé jouer dans la cour des grands, la laissant s'exciter toute seule dans le bac à sable. La plaisanterie avait assez duré ; et ça, elle ne parvenait pas à l'accepter. Se complaire dans des comportements idiots et impulsifs, c'est tellement confortable. Tachibana s'était lassé de leurs gamineries communes, et à présent Hikari ne savait plus comment réagir. Tant qu'à faire, elle aurait préféré qu'il l'égorge dès l'instant où elle avait mis le pied dans la salle de colle ; l'affronter dans une discussion sérieuse, c'était trop dur, il l'embrouillait, avec ses mots compliqués de prof de philo. Plutôt mourir que se sentir aussi pitoyable.

« Bon, si tu n’as rien de plus intelligent à me dire – enfin c’est pas comme si tu l’avais fait jusque là – alors dégage, tout de suite. J’ai des choses à faire. »

Elle releva la tête pour le fixer avec une fureur renouvelée. Aussi nulle qu'elle se sentait, elle était toujours capable de singer la confiance en elle. Il lui tendit la feuille sur laquelle était écrasé le répugnant chewing-gum.

« Tiens, prends-la. Par chance je l’avais corrigée, alors tu la rendras à son propriétaire en lui expliquant pourquoi tu t'es déchargée dessus, hum. »

Le tout dit avec un sourire horriblement éclatant. Comme quoi, on ne change pas le temps en une semaine : il savourait toujours avec volupté les pouvoirs que lui accordait son statut de professeur. Hikari se raidit, serra les poings, sans esquisser un geste pour prendre la feuille. Il la congédia d'un signe de main agacé, comme il aurait chassé une mouche qui lui tournait autour et dont le bourdonnement était agaçant. Elle ne supporterait pas qu'il la traite comme une merde.

Elle n'avait plus rien à dire ; il lui fallait encore quelques insomnies pour réfléchir à tout ce qui s'était dit et essayer de prendre une décision, mais aussi pour interpréter le comportement de Tachibana qui l'avait sidérée. Non, elle ne prononça pas un seul mot, pas même pour proférer une injure ; mais elle était bien déterminée à ne pas faire oublier à ce prof horripilant la rancœur et la haine qu'elle lui vouait avec passion. Elle prit la feuille qu'il lui tendait, jeta un coup d'oeil sur le nom de son possesseur. Un certain Junpei dont l'écriture ne lui évoqua rien du tout. Il se passerait de son devoir de philo. Alors elle déchira sèchement la feuille en deux, en quatre, en huit, juste assez vite pour que le professeur ne puisse rien y faire, et elle lui lança le tout à la tête. Oh, le geste aurait pu être classe, d'une insolence symbolique ; mais le papier était trop léger et certains morceaux lui revinrent en pleine figure. Elle s'en débarrassa dans de superbes postillons et mouvements de tête frénétiques, tourna les talons, manqua de glisser sur un des bouts de papier, ouvrit la porte maladroitement et la claqua derrière elle.

« Ça ne tient qu’à toi de tout avoir, Okada. »

La voix était étouffée mais clairement intelligible. Elle serra les dents, se passa la main dans les cheveux, puis referma brutalement le poing et poussa un cri de frustration.

Décidément, ce n'est pas en une heure de colle que l'on peut changer ; Hikari avait à peine perçu l'étendue de sa gaminerie, et il lui faudrait bien plus de temps pour y remédier.






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MessageSujet: Re: Encore une heure avec moi, après ça Mea Culpa. [Terminé !]   

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Encore une heure avec moi, après ça Mea Culpa. [Terminé !]

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